SAINT-GILLES

Planter des chicons dans votre appart’? «C’est hyper facile!»

Une cave, une armoire ou un placard bien sombre: voilà le terreau idéal pour faire pousser votre kilo de chicons «pleine terre» dans votre petit appartement. Car la ville peut aussi se cultiver l’hiver. La pépinière saint-gilloise de La Pousse qui Pousse vous montre le bon exemple.

La saison n’est plus au basilic, au persil ou aux tomates-cerises. Les balcons bruxellois entrent tout doucement en léthargie: on croise peu de poiriers grimpant sur les façades de la capitale.

Ne soyez pas amer: l’automne, puis l’hiver, ne vous empêchent pas de cultiver à la maison. Car l’une des spécialités gastronomiques de Bruxelles préfère la pâleur des princesses d’autrefois au bronzage de celles d’aujourd’hui. Ce drôle d’oiseau nocturne, c’est le chicon. Pour lui, pas question de bronzette en terrasse: il se tient à l’abri à la cave, bien planqué entre la machine à laver et le vélo remisé jusqu’au printemps.

Planter des chicons dans votre appart’? «C’est hyper facile!»
L’échevin Cathy Marcus est repartie avec son seau de racines pour cultiver ses chicons chez elle. EdA - J. R.
La pépinière de La Pousse qui Pousse plante les premières racines pour vous ce samedi 5 novembre à l’initiative de l’échevine des contrats de quartier Cathy Marcus (photo). Jean-François Gheysen, végétaliseur public à la commune de Saint-Gilles, vous guide pas à pas si vous voulez blanchir quelques feuilles dans votre cave ou votre placard. «Ils seront jaunes. Leur goût sera amer, celui d’un chicon de pleine terre».

+ VIDÉO (2014) | Tomates-basilic dans le quartier le plus dense de Belgique

 

+ Atelier chicons ce samedi 5/11 à la pépinière de la Pousse qui Pousse, 4 square Van Caulaert à 1060 Saint-Gilles, de 14h à 19h (jusqu’à épuisement des stocks), 8€ par seau (avec explications et atelier). Inscription (conseillée) et infos via info@lapoussequipousse.be

 

Le chicon, c’est quoi?

Planter des chicons dans votre appart’? «C’est hyper facile!»
Le chicon pousse de la racine de chicorée. EdA - J. R.
«Le chicon, c’est une plante sauvage. À l’origine, c’est de la chicorée. La chicorée sert dans l’alimentation, humaine comme animale. Elle fait de jolies fleurs bleues le long des chemins. Quand on a coupé les grands champs, en octobre, il reste la “ griffe ”, cette racine qui ressemble à une carotte. C’est de cette griffe que va naître le chicon, par la technique du forçage. Cette transformation prouve qu’on peut utiliser une plante sous toutes ses facettes».

La méthode

Planter des chicons dans votre appart’? «C’est hyper facile!»
On voit presque le chicon déjà se dessiner sur cette «griffe». EdA - J. R.
«Il faut d’abord se procurer les griffes. Les nôtres viennent de la ferme Destexhe, sur les hauteurs de Liège. Je prépare un grand seau. Je le remplis d’un mélange bien riche de terre agricole et de terreau. Il faut ensuite nettoyer la racine des petites feuilles cassées au collet. Puis il suffit de les enfoncer dans la terre jusqu’au collet, bien serré. C’est super facile».

La conservation

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Vous devez placer le seau dans un endroit «noir de noir». EdA - J. R.
«L’endroit de conservation est capital: à l’abri total de la lumière. La cave, c’est l’idéal, car la température y est constante. Mais vous pouvez aussi conserver le seau dans votre appartement. Ça devrait pousser plus vite parce qu’il y fait plus chaud. L’important, c’est d’empêcher toute lumière de l’atteindre. Pour en être sûr, placez un drap noir au-dessus du récipient et attachez-le avec une ficelle. Sinon, le chicon devient vert et immangeable».

Le temps de culture

Planter des chicons dans votre appart’? «C’est hyper facile!»
Y a pas si longtemps, «tous les Bruxellois cultivaient le chicon dans leur cave au sol de terre battue». EdA - J. R.
«Le chicon demande zéro soin ou presque. Vous versez un litre et demi ou deux litres d’eau dans la terre, une seule fois et c’est tout. Puis vous attendez. Après trois semaines, ils devraient arriver à maturité. Vous le jugez à l’œil. À ce moment-là, il faut couper la première récolte et on peut compter sur une seconde. Mais celle-ci sera quand même moins belle. Après, je composte la terre et les racines et les réutilise dans les bacs à fleurs».

Pourquoi le chicon est-il si typique de Bruxelles?

«Je dirais qu’il provient davantage des villages alentour, dans l’ancienne banlieue bruxelloise. Il remonte à l’époque où tous les Bruxellois cultivaient, avaient quelques poules et des pigeons. Toutes les maisons avaient des caves en terre battue. Je me souviens de mon grand-père qui faisait du chicon pleine terre dans sa cave. Mais planter de la chicorée à Bruxelles en 2016, c’est plus compliqué. C’est le boulot des agriculteurs, à la campagne. Et nous, en ville, on se reconnecte à ça par ces petites techniques».

 

«Toutes les plantes qui poussent ici peuvent grandir sur vos balcons»

Planter des chicons dans votre appart’? «C’est hyper facile!»
L’échevin des contrats de quartier Cathy Marcus l’assure: «la commune de Saint-Gilles tient au projet de la pépinière La Pousse qui Pousse». EdA - J. R.

Enclave verte entre les murs de briques au fond du square Van Caulaert, la pépinière La Pousse qui Pousse vise depuis ses débuts à «développer l’alimentation durable dans un quartier densément peuplé».

Ce n’est pas un vœu pieux. Après les 4 ans d’existence dans le cadre du Contrat de Quartier Bosnie, le potager et la serre ont produit 18.000 plantes alimentaires de 250 variétés dans cette saison qui s’achève avec l’empotage des chicons. Le plant de salade coûte une broutille. Vous en avez 10 pour 2,50€. «Et quand elles arrivent toutes ensemble sur votre balcon, vous devez partager», rit Maxime, qui termine les derniers travaux avant que le potager passe à l’hibernation.

Planter des chicons dans votre appart’? «C’est hyper facile!»
«On n’est plus dans l’utopie, ici», plaide Jean-François Ghysen. «18.000 plants sont sortis d’ici en 2016». EdA - J. R.
«On n’est plus dans l’utopie»

«On n’est plus dans l’utopie, ici», martèle Jean-François Ghysen, végétaliseur public à la commune de Saint-Gilles, qui côtoie sur cette minuscule parcelle les jardiniers hyperactifs du Début des Haricots. «La Pousse qui Pousse, c’est du réel. En 2016, on a produit 14 variétés de basilic, 12 variétés de menthe, 25 variétés de tomates et 5 de piments. C’est exceptionnel», s’enthousiasme l’homme en jetant un œil sur les poires et pommes «anciennes variétés» qui jaunissent les clôtures, au pied des maisons. «On les réserve aux locataires du foyer, juste derrière».

«L’alimentation durable, son apprentissage, c’est un engagement du contrat de quartier durable Bosnie», appuie l’échevine Cathy Marcus (PS). Les subsides régionaux liés à ce développement urbanistique du bas de Saint-Gilles arrivent à échéance en décembre. «Après 4 ans, il faudra donc que la pépinière tourne sur les fonds communaux. Le but, c’est que ça soit une opération neutre».

Aujourd’hui, le potager du square Van Caulaert peut difficilement payer lui-même le temps plein nécessaire à sa culture, ainsi qu’aux formations, animations et ateliers qu’il organise. Mais pas question de le laisser tomber: la Commune y croit vraiment.

Abeilles et papillons

Il faut donc que «ça tourne» sans transformer le jardinet en supermarché pour les 19 communes. «On va renforcer la communication envers les Saint-Gillois: c’est un défi», estime Marcus. «Mais on s’arrangera aussi pour ne pas devenir la pépinière de tout Bruxelles, car on a déjà beaucoup de demande et on doit rester accessible aux riverains». Le tissu associatif local est un bon relais auprès des habitants. Même si le supermarché reste le reflex pour beaucoup.

Les abeilles, les papillons et les insectes n’ont pas attendu la com de la Commune. Ils habitent désormais la Pousse qui Pousse. La biodiversité y reprend ses droits. Vous pouvez créer la même chose chez vous: «toutes les plantes qui naissent ici peuvent grandir sur les balcons».

Planter des chicons dans votre appart’? «C’est hyper facile!»
La Pousse qui Pousse est un écrin de verdure réellement étonnant dans ce quartier excessivement dense près de la gare du Midi. EdA - J. R.