SANTÉ

Explosion du nombre de décès par cancers chez les femmes

Explosion du nombre de décès par cancers chez les femmes

Désagréable mais nécessaire, le mammostest est trop souvent oublié selon François Duhoux, oncologue aux cliniques universitaires Saint Luc (UCL) à Bruxelles. Reporters

En 2030, les cancers pourraient tuer 5,5 millions de femmes chaque année contre 3,5 millions aujourd’hui. Les principales causes sont l’augmentation et le vieillissement de la population. Le point en Belgique avec François Duhoux, oncologue aux cliniques universitaires Saint Luc (UCL) à Bruxelles.

Deux études, l’une menée par l’ACS (Société américaine du cancer), l’autre publiée dans la revue médicale The Lancet mettent en garde contre l’explosion de décès par cancer chez les femmes. Le cancer, qui tue déjà une femme sur sept (14%) chaque année dans le monde, est la deuxième cause de décès féminins, après les maladies cardiovasculaires, selon le rapport de l’ACS.

Les chiffres

Le cancer du sein, le plus fréquent, est la principale cause de décès par cancer chez les femmes dans le monde (521 900 décès en 2012) devant le cancer du poumon (491 200 décès).

Le cancer du col de l’utérus est responsable pour sa part de près de 266 000 morts chaque année. Pour ce cancer, «près de 90% des décès dans le monde surviennent dans les pays en développement, l’Inde à elle seule comptant pour 25% du total des cas», souligne le rapport. D’après la revue scientifique médicale The Lancet, le nombre de diagnostics pourrait augmenter d’au moins 25%, à plus de 700 000 d’ici à 2030, «principalement dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire»,

L’Afrique sub-saharienne, l’Amérique Centrale et du Sud, ainsi que l’Asie du Sud-Est et l’Europe de l’Est ont les taux d’incidence (nouveaux cas) et de mortalité les plus élevés pour ce cancer.

Explosion du nombre de décès par cancers chez les femmes
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Les causes

L’accès aux traitements et au dépistage reste largement problématique pour le cancer du sein dans les pays en développement.

Le rapport relève des «pénuries» en matériel de radiothérapie en Afrique et en Asie du Sud-Est où environ 30 pays n’ont pas de services de radiothérapie. Les pays à faibles et moyens revenus, où sont concentrés 60% des cas de cancers, ne possèdent que 32% des appareils de radiothérapie disponibles.

Les médicaments antidouleurs opiacés, comme la morphine, sont sous-utilisés dans ces pays qui en consomment moins de 5%. Des patients meurent ainsi sans être soulagés de leurs souffrances.

Les solutions

Le rapport de l’ACS souligne que la vaccination protégeant contre les papillomavirus 16 et 18 pourrait éviter la majorité des cas de cancer du col de l’utérus.

Le dépistage des lésions précancéreuses ou de cancers à un stade précoce fait également partie de la lutte contre cette maladie, mais elle est encore loin d’être optimale dans le monde, tout comme pour la vaccination, selon les auteurs.

Des efforts accrus en matière d’éducation et de prévention sont essentiels pour endiguer ce fléau grandissant, responsable de la mort de 3,5 millions de femmes en 2012 (sur plus de 8 millions de morts au total), majoritairement dans les pays en développement, souligne ce document.

Mais des centaines de milliers de ces décès pourraient être évités: bon nombre des plus de 700 000 décès annuels par cancers du poumon et du col de l’utérus pourraient en effet être prévenus grâce à une lutte efficace contre le tabagisme, à la vaccination et au dépistage, rappelle l’ACS.

«Chez nous, on n’est malheureusement pas très bon dans le dépistage du cancer du sein»

François Duhoux, oncologue spécialisé dans le cancer du sein aux cliniques universitaires Saint Luc (UCL) à Bruxelles fait le point sur le cancer chez la femme en Belgique.

En Belgique, les chiffres sont-ils comparables?

Au niveau belge, on s’attend également à une augmentation du nombre de cas de cancers chez les femmes et malheureusement également au nombre de décès. Chez nous, on n’est malheureusement pas très bon dans le dépisatge du cancer du sein car beaucoup de femmes ne font pas le dépistage recommandé par les pouvoirs publics. Il faut encourager les femmes à faire le mammotest tous les deux ans entre 50 et 69 ans, c’est un message important. Le dépistage ne permet pas d’éviter les cas de cancer du sein. Cela ne diminuera donc pas le nombre de nouveaux diagnostics mais ça peut diminuer la mortalité par cancer du sein.

À quoi est due cette augmentation?

La hausse du nombre de cancer du sein est liée à plusieurs facteurs. L’augmentation de la population: au plus il y a d’habitants, au plus il y a de cas de cancers. Le deuxième principal facteur est le vieillissement de la population. Après, il y a également des facteurs liés à notre mode de vie: l’alimentation, l’absence d’exercice physique, le fait d’avoir son enfant plus tard ou d’avoir moins d’enfants au cours de sa vie.

En ce qui concerne le nombre de cancers du col de l’utérus, on s’attend à ce qu’il baisse en Belgique grâce à la vaccination des filles à l’école.

Les rapports soulignent également une différence entre pays en voie de développement et chez nous?

Clairement, alors que chez nous on parle de prévention via la vaccination contre le cancer du col de l’utérus. Dans les pays envoie de développement, ils n’ont pas accès aux vaccins mais n‘ont souvent pas accès au frottis de dépistage qui est pourtant la première mesure à mettre en œuvre. Des études ont montré que les campagnes pour encourager les femmes aller faire un frottis diminue le taux de mortalité dû au cancer du col de l’utérus.

Des conseils à donner aux femmes belges?

– Ne pas fumer

– Faire leur mammographie de dépistage

– Faire le frottis pour le cancer du col de l’utérus

– Avoir une vie saine: manger équilibré sans oublier les fruits et légumes

– Faire du sport