ANALYSE

Un document qui va moins loin : le problème, c’est l’Europe

Un document qui va moins loin : le problème, c’est l’Europe

Paul Magnette joue un gros coup politique. Mais malgré les menaces du monde des affaires, il dit ne pas craindre de conséquences pour la Wallonie. BELGA PHOTO BRUNO FAHY BELGA

Depuis le début de la crise du CETA et des crispations entre Wallonie, Europe et Canada, il y a toujours eu une constante: Magnette négocie, discute, téléphone, entend, écoute, lis, rediscute.

Puis, la Commission européenne, qui sue des gouttes épaisses comme du sirop d’érable, renvoie un document avec généralement des «avancées substantielles». Paul Magnette les analyse, en cause avec son gouvernement. Et revient devant le Parlement, expliquant que ça avance, que la voix de la Wallonie commence à être entendue. Mais qu’il reste des difficultés, qu’il faut du temps pour continuer à négocier. Les députés socialistes vont dans le même sens, soulignent le grand sens des responsabilités de leur super ministre-Président. Le cdH fait pareil, en grinçant des temps parce que Magnette récolte actuellement toutes les louanges pour «son» combat alors que les humanistes sont peut-être parfois plus durs en affaires que le patron du gouvernement.

Et Magnette retourne alors renégocier. Donne l’une ou l’autre interview. Et renégocie. Calmement en apparence.

Vendredi dernier, lorsqu’il est resté des heures enfermés avec Chrystia Freeman, la ministre canadienne du commerce et le haut négociateur de la Commission européenne, il pensait sincèrement que des avancées plus que significatives avaient été faites. Et il n’a pas paniqué quand la ministre est sortie de l’Élysette en faisant semblant de claquer la porte en pleurant comme les chutes du Niagara comme si la 3e Guerre mondiale avait été déclarée par la Wallonie. Une attitude qui lui a d’ailleurs valu une volée de bois vert de la part de l’opposition canadienne.

Magnette savait que c’était du bluff. La preuve: samedi matin, Freeman avait radicalement changé de discours, même si elle a fait semblant de ne pas voir le ministre président wallon à l’entrée du Parlement européen où elle venait de discuter avec le président de l’assemblée, Martin Schulz.

Puis Schulz a discuté avec Magnette. Là encore, comme la veille, on engrange des avancées. ça progresse. L’espoir est nettement de retour.

Et puis dimanche, la douche froide. Non seulement le Conseil européen et la Commission adresse un ultimatum à la Belgique pour dire «oui» pour lundi soir.

Mais le pire, c’est que la Wallonie va devoir se positionner sur un document envoyé dans la matinée… qui contient bien moins que ce qui avait été négocié oralement vendredi et samedi. Particulièrement sur la question des arbitrages et de la protection des investissements. Bref, pour la première fois, le dossier CETA a bel et bien régressé. Comment, dans ces conditions, Magnette va-t-il pouvoir ce lundi revenir devant le Parlement en demandant son aval? Impossible. Et là, ce qu’ont laissé entendre les Canadiens à Magnette vendredi résonne: le problème du CETA n’est plus wallon, ni canadien. C’est devenu un problème intra-européen. Oui, Freeman avait visiblement raison entre deux sanglots: l’Union européenne semble incapable de forger un accord.