BELGIQUE

«Sourd mais pas muet!»: utilisons les mots exacts

«Sourd mais pas muet!»: utilisons les mots exacts

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La surdité et le mutisme sont deux handicaps bien distincts. Pourtant, l’expression «sourd-muet» est tenace dans le langage courant. L’ASBL APEDAF nous explique pourquoi il faut arrêter avec cet amalgame.

Trop souvent, nous utilisons l’expression «sourd-muet» pour désigner une personne sourde. Que ce soit dans les médias, entre nous, ou même dans nos textes de loi. Pour l’ASBL APEDAF (Association des Parents d’Enfants Déficients Auditifs Francophones), il est temps d’en finir avec cet amalgame. «Être muet et être sourd sont deux handicaps totalement différents. Souffrir des deux est extrêmement rare», explique la chargée de projets Élodie Jimenez.

Depuis début octobre, l’association mène une campagne de sensibilisation et d’information contre cette forme de désinformation involontaire dont nous sommes coupables en utilisant les mauvais mots. L’occasion, également, de faire la lumière sur un handicap dont on n’entend pas beaucoup parler. «C’est un handicap invisible. Ce n’est pas comme l’aveugle que l’on voit avec sa canne blanche. Comme on ne voit pas la surdité, on n’en parle pas. Et comme on n’en parle pas, on a beaucoup d’idées préconçues sur ce handicap», avance la chargée de projets Marie Heylbroeck.

Frein à la communication

Rien n’entrave mieux la communication que de penser son interlocuteur incapable d’échanger avec nous. Les sourds oralistes (qui ont appris à parler oralement) et les bilingues (langage oral et langue des signes) se passeraient bien de cet amalgame, qui réduit à néant leurs efforts pour parler aux entendants de vive voix. «Ceux qui utilisent la langue des signes, non plus, ne sont pas muets. C’est juste que leur langue est différente de la nôtre», rapporte Marie Heylbroeck.

Le «politiquement correct» n’arrange pas les choses, selon Élodie Jimenez: «On peut vouloir utiliser le mot malentendant, mais non: un sourd est sourd, et il préférera être appelé ainsi. Oui il y a des malentendants, mais il ne faut pas avoir peur du mot sourd (quand c’est le mot exact) en croyant qu’il va vexer.»

«Les gens sont souvent étonnés qu’un sourd sache parler», regrette Marie Heylbroeck. «Et comme on ne parle pas assez de la surdité, le premier contact avec un sourd est souvent difficile, car on ignore comment communiquer avec lui, ce qui provoque un blocage.»

«Sourd mais pas muet!»: utilisons les mots exacts
L’APEDAF distribue des sacs en tissu pour dénoncer l’amalgame inconscient dont sont victimes les sourds. EdA

Une campagne à trois niveaux

Les équipes de l’APEDAF mènent campagne auprès du grand public, et pourraient vous interpeller à propos de cette erreur de langage ancrée dans nos habitudes. Mais avant cela, l’ASBL a visé en amont ceux qui «valident» cette expression en l’utilisant: les médias et les responsables politiques. Les dépliants distribués aux médias et aux dirigeants sont alors agrémentés des articles (trouvés avec une simple recherche sur Google Actualités) et des textes de loi fautifs. «Si c’est dit à la radio ou à la télé, ou écrit dans un journal, une expression est comme validée. Dans les textes légaux, n’en parlons pas…», expliquent les chargées de projet. «J’ai même vu un article sur un rappeur sourd-muet», soupire Marie Heylbroeck.

Les flyers et les sacs sur lesquels s’appuie la campagne circulent donc jusqu’à épuisement des stocks, et circulent sur Facebook au bras d’une personnalité politique et médiatique belge différente chaque jour du mois d’octobre.

En plus de relayer sa campagne, la rédaction de lavenir.net la soutient et veillera à utiliser la bonne terminologie pour le bon handicap.

Plus d’informations à propos de la campagne sur le site et la page Facebook de l’APEDAF.

Même dans nos textes légaux

L’amalgame se fait également dans nos lois et décrets. Par exemple, la redevance télé est exonérée pour les «aveugles, sourds-muets et laryngectomisés» dans le texte.

En interpellant les politiques dans le cadre de sa campagne, l’APEDAF a gagné plus qu’un porte-voix, se sont félicitées les responsables de la campagne. Laurette Onkelinx a dit à l’ASBL qu’elle allait déposer une proposition de loi pour changer cela. Isabelle Simonis, en tant que ministre de l’Égalité des chances en Fédération Wallonie-Bruxelles, a demandé le listing des textes légaux pour voir si elle pouvait y faire quelque chose. Cette campagne grand public a aussi attiré l’attention des politiques sur la cause des sourds en général.