Autoroutes rabotées, contrats écoles et densification: ce qu’il faut retenir de la déclaration de politique générale de Rudi Vervoort

Autoroutes rabotées, contrats écoles et densification: ce qu’il faut retenir de la déclaration de politique générale de Rudi Vervoort

Vervoort estime que Bruxelles va devoir répondre au défi de la densification. BELGA (archive 2015)

Rudi Vervoort a présenté ce 20 octobre la déclaration de politique générale de son Gouvernement. Marqué par les attentats, ce discours de mi-mandat est aussi axé vers le futur avec le Plan de Régional de Développement Durable (PRDD).

Les débats ont d’abord piétiné suite à une interpellation de l’écolo Zoé Genot, souhaitant ajouter les discussions sur le CETA à l’ordre du jour. Mais Charles Picqué (PS), Président du Parlement bruxellois, est resté ferme et a gentiment remballé l’élue verte. Vervoort a répété la position du Gouvernement en la matière qui est de ne pas se prononcer avant d’avoir reçu l’avis du Parlement. Le socialiste Philippe Close a pour sa part accusé Genot de «petit coup de pub devant les caméras» avant que De Wolf (MR) renvoie le débat à lundi.

Rudi Vervoort a ensuite pris longuement (plus de 2h) possession du micro pour aligner les réalisations et objectifs de son Gouvernement. Ce qu’il qualifie d’une «déclaration de politique générale de mi-mandat». Il a alterné entre budget et mesures à très court terme et prospectives balayant les décennies jusqu’en 2040 à travers le PRDD, arrivé à maturité.

On inverse l’ordre de ses petites notes pour se projeter dans le lointain futur.

 

Le PRDD: «un ambitieux texte bâtisseur»

Rudi Vervoort est arrivé à la tribune du Parlement bruxellois avec un document tout beau tout chaud qui laisse entrevoir «ce que notre Région pourrait devenir à long terme»: le Plan Régional de développement Durable (PRDD). Ce chantier est destiné à baliser la politique régionale jusqu’en 2025 et 2040. «De quoi relever des défis», selon le Ministre-Président, dont celui principalement de la «densification», pour répondre au «boom démographique». Quelques mesures y figurant sont spectaculaires.

Voici les 4 axes développés dans cette stratégie à long terme

Densification

Vervoort plaide pour «utiliser au mieux les nouveaux territoires et y identifier le potentiel foncier et de densification du bâti». Il ne faut pas selon lui «fixer à l’aveugle des objectifs quantitatifs de logements mais mener des enquêtes sur les lieux». Aussi Vervoort reprend-il sa carte des 10 zones qui seront développées, dont le canal est le premier jet: Heysel, Josaphat, Reyers (et sa cité des médias), Schaerbeek Formation, Otan, Quartier européen, Delta Sud, Gare de l’Ouest (un parc et un centre des métiers du rail sont prévus), Casernes d’Ixelles et Etterbeek, Prisons de Saint-Gilles et Forest.

«On est victimes des limites du territoire», constate le socialiste. «Il n’y a pas 36 solutions: soit on comble les dents creuses, soit on monte raisonnablement, soit on densifie les axes structurants». Le tout, «sans brutaliser la ville» mais en revoyant le principe urbanistique bruxellois qui veut «qu’on ne construise pas plus haut que le voisin».

Cadre de vie

Le 2e axe du PRDD vise à créer un «cadre de vie durable» dans une «ville de proximité organisée autour d’un réseau dense de transport public». Aucun quartier ne doit être délaissé par les équipements et les lieux publics, même s’il faut les créer. Le but est avoué: «maintenir toutes les catégories sociales en ville». Et surtout cette classe moyenne qui s’évade pour les jardins wallons et flamands.

Économie

Rayon économie, le PRDD veut identifier «des zones prioritaires de développement qui favorisent chacune les entreprises en fonction des activités développées». Le document planche aussi sur les activités qui «favorisent le rayonnement international» de Bruxelles: «les grands événements, les congrès, la recherche et innovation, le tourisme, l’exportation». Vervoort en profite pour lever un doute: «c’est dans cette optique que Neo sera poursuivi».

Mobilité

Le dernier chemin qu’emprunte le PRDD est celui d’une «mobilité comme facteur de développement durable». Le Ministre-Président insiste ici sur la volonté de «réduire la portion routière entrante et sortante de 20%». En gros, Vervoort vise les autoroutes urbaines qui pénètrent jusqu’entre les maisons et souhaite les transformer en boulevards urbains sur le modèle du boulevard Léopold III, à Schaerbeek, avec sites propres de tram et espace partagés entre les modes.

Le plan va aussi «prendre ses responsabilités puisque les autres ne le font pas» en matière de parking de dissuasion: le PRDD annonce 25.000 places de parking pour «inciter aux alternatives» de mobilité.

Vervoort insiste: «le shift modal est déjà en cours à Bruxelles» où 40% des ménages n’ont plus de voiture. Ce sont donc bien les navetteurs qui sont visés par ces deux mesures spectaculaires. L’objectif est de réduire l’usage de la voiture de 15% en 2025. Une voie creusée: «développer le potentiel de croissance du vélo à Bruxelles, sérieux atout des Bruxellois». Autre voie à suivre: l’autopartage».

 

Plus concrètement, Vervoort avait ouvert sa déclaration de politique générale par les perspectives de son Gouvernement pour l’année législative à venir. En voici les grandes lignes.

Attentats

Vervoort a rappelé «l’épouvantable drame dont l’écho est toujours présent, une plaie portée dans l’intime de la ville». 50 millions ont été débloqués. À court terme, 30 millions sont allés aux secteurs les plus touchés: horeca, restauration, tourisme. 100 agents ont été engagés pour les stations de métro et le SIAMU et la Croix Rouge ont reçu des formations destinées aux situations de catastrophe «comme les attentats». Des caméras intelligentes trufferont aussi les rues.

À l’étranger, Vervoort assure que «le lobbying a été renforcé» via le soutien à l’export et des campagnes de com’ via Visit.brussels, «qui seront relancées début 2017». L’année thématique 2017, Mixity, doit redorer le blason car «le nom de Bruxelles a suscité la crainte».

Mobilité

Vervoort ne se voile pas à la face et parle d’une année «inédite» avec la fermeture des tunnels. «Un investissement est consenti» pour rénover «tous» les tunnels bruxellois. Porte de Hal et Reyers seront rénovés en 2017 et le très vétuste Léopold II en 2018.

Il faut aussi «lutter contre la congestion automobile», plaide Vervoort, qui annonce un investissement «inédit» de 5,2 milliards d’euros sur 10 ans. Extension et rénovation du métro nord-sud, extension du tram, rénovation des stations Bourse et De Brouckère, bus hybrides sont au programme.

Enfin, le Ministre-Président insiste sur l’importance de la promotion des modes alternatifs que sont la voiture partagée «et non plus la possession» et le vélo avec une extension du réseau cyclable «qualitative».

École

Vervoort annonce des «contrats écoles» sur le modèle des contrats de quartiers. Ils doivent «renforcer l’attractivité des écoles délaissées» en améliorants leurs abords, leurs espaces verts, leurs locaux et leurs infrastructures. Cela repose sur «une synergie région-communes-communautés» et sur une équipe d’intervention régionale qui pourra intervenir ponctuellement dans les établissements visés.

Logement

«Le logement constitue toujours un défi majeur pour les ménages à faibles revenus» tance Vervoort qui annonce un «soutien aux publics fragilisés». Les vacances immobilières sont dans le viseur, les AIS seront renforcées. Le Gouvernement vise «la reconversion des logements vides au-dessus des commerces, des immeubles et bureaux vides». Autres projets: 500 logements moyens finalisés par la SLRB, 300 logements à acquérir, des zones à loyers majorés de 10% pour les AIS (au sud), des premiers logements étudiants via une AISE (comme «étudiante») et la création de logements «là où ils manquent» en cartographiant le territoire.

Économie et emploi

La stratégie 20-25 est le socle du Gouvernement pour s’attaquer aux défis de l’emploi et de l’économie. 52 chantiers sont réalisés, 39 sont en cours et 80 priorités sont listées pour les années à venir. Vervoort cite les plus emblématiques.

Il y a d’abord le contrat d’insertion: «200 millions d’euros sont alloués pour les demandeurs d’emploi bruxellois avec un accent sur les jeunes de moins de 30 ans, les peu qualifiés et les plus âgés». Les dispositifs d’activation doivent être «diminués en nombre, plus visibles et recentrés sur les Bruxellois». Le contrat d’insertion sera renforcé, comme le Small Buisness Act (77 mesures pour les PME et les starters) et le Plan Innovation (la recherche à fort potentiel économique).

Budget

Vervoort parle d’une «situation complexe» due à la réforme de l’IPP. Il liste quelques moyens nouveaux dégagés. Dont 30 millions d’euros dès 2017 pour les communes, des droits d’enregistrement à 0 pour les habitations de moins de 500.000€, des primes aux propriétaires dont il promet le versement dès 2016 et en 2017 et qui sera déduite du précompte dès 2018, 100 millions jusqu’en 2018 pour le Fonds régional bruxellois de refinancement des trésoreries communales, au rayon sécurité 28 millions pour les zones de police et les centres de crise dès 2017, le passage de 120 à 50€ pour le premier abonnement STIB de la famille...

Question réforme fiscale, Vervoort annonce «une neutralité budgétaire absolue, plus égalitaire, plus stable, plus juste». Il souhaite que la fiscalité sur les Bruxellois soit allégée et renforcera les charges sur les propriétaires non-bruxellois. Les acquisitions d’habitations propres à moins de 500.000 bénéficieront d’un droit d’enregistrement abaissé de 21.875 euros dans l’espoir de «maintenir à Bruxelles cette classe moyenne dont le départ fragilise le financement de la réforme de l’état via l’IPP». Celui-ci baissera d’ailleurs de 0,5% en 2016 et 1,5% en 2017.

Autres

Vervoort annonce aussi 300 personnes en plus pour la propreté, une réforme des collectes (avec les sacs bleus et jaunes chaque semaine), une réforme des administrations, le renforcement de la stratégie Good Food, la création des zones basse émission et «une lutte par tous les moyens possibles contre le survol intensif de Bruxelles».

Santé et aide aux personnes

Vervoort a enfin passé en revue certains objectifs de la Commission Communautaire Commune (CoCom), principalement liées à la Santé. La santé mentale surtout sera un objectif fort avec la construction de nouvelles unités de soin dans les zones nord-ouest et sud-ouest «insuffisamment couvertes». La lutte contre les assuétudes trouvera une concrétisation dans une «salle de consommation à moindre risque». Pour les personnes âgées, un moratoire sera édicté pour ne pas ouvrir de nouveaux lits d’ici 2020 car «le vieillissement à Bruxelles est stable».

Citons encore une «réelle programmation de soin» aux personnes âgées, une meilleure inspection, une meilleure offre à domicile pour les patients les plus dépendants et, «en plus de la prime de 25.000€», davantage d’incitants aux généralistes pour qu’ils s’installent dans les quartiers cibles.

Le modèle d’allocations familiales «doit être réinventé» dans le cadre de la réforme de l’état, les crèches sans autorisation seront fermées, les CPAS réformés et l’aide aux personnes âgées passera en 2018 par les mutualités. Enfin, citons la création de 2 centres pour les SDF.