Tournai

La pico-brasserie va faire mousser les quais de Tournai

La pico-brasserie va faire mousser les quais de Tournai

Ce mercredi soir, le «Bierodrome» accueillait ses coopérateurs. Le magasin ouvrira ses portes ce jeudi. EdA - 301396052140

Au «Bierodrome», on brassera la bière, on apprendra à la fabriquer, on la dégustera, on l’achètera… Ouverture ce jeudi, sur le quai du Marché au Poisson qui d’un coup prend un bon coup de vitalité.

Le «Bierodrome», c’est un vieux rêve réalisé par une figure du quartier: Dominique Broutin. À quelques mètres à peine de son «Bouchon» ouvert voici 22 ans à l’angle du quai du Marché au Poisson et de la minuscule rue de la Tête de Veau. Après de longues semaines de travaux intérieurs, le magasin sera ouvert au public ce jeudi dans le bâtiment de l’ancien grossiste en fruits et légumes «Lanssens». On peut y acheter du matériel et des matières premières nécessaires pour le brassage amateur, mais surtout une sélection de bières artisanales. À côté des grands classiques de la région et de bières belges, la sélection internationale est déjà exceptionnelle même si elle est appelée à monter en puissance: beaucoup de bières anglo-saxonnes, mais aussi des produits plus uniques issus du Sri Lanka, de Norvège ou d’ailleurs.

Les cuves de la brasserie arriveront dans quelques semaines seulement; il restera à obtenir quelques feux verts administratifs pour démarrer la pico-brasserie urbaine. Car, au «Bierodrome», on aura de multiples occasions d’émoustiller les papilles: en suivant des ateliers (brassage, dégustation, biérologie), en apprenant à brasser sa propre bière, en dégustant sur place des bières, dont celles fabriquées sur place, etc. Un lieu dans l’esprit des brew pubs qui aux États-Unis brassent leurs propres bières et les mettent en vente sur place.

La pico-brasserie va faire mousser les quais de Tournai
La rénovation extérieure du bâtiment est superbe. EdA
Le maître des lieux, Dominique Broutin, a suivi des cours à Braine-l’Alleud, avant de parfaire ses connaissances en suivant une formation professionnelle à la Foclam. Ses brassins se feront dans une cuve de cinq hectolitres, que les visiteurs pourront voir derrière une porte/cloison vitrée encadrée par de belles pièces de ferronnerie. La déco est soignée: des réalisations d’artisans locaux côtoient des pièces à l’allure plus design. Une grande porte en bois soigneusement rafraîchie témoigne du passé de l’ancien mûrissoir à bananes devenu temple de la bière. «On fera ici des tas de bières différentes, avec l’eau d’ici; on adaptera donc les recettes en fonction d’une forte teneur en calcaire. Les bières seront vendues ici bien sûr, mais aussi au Bouchon et dans d’autres bistrots intéressés». Ceux qui le souhaitent pourront aussi faire leurs propres petits brassins, de cent litres minimum; les chambres de fermentation ont été conçues de manière à pouvoir en réaliser plusieurs simultanément. «Avec toutes ces activités, je pense qu’on remet l’artisanat urbain au goût du jour. On dit que la bière c’est notre culture, eh bien je dis à ceux qui souhaitent se lancer: allez-y, faites votre bière».

Le projet représente un investissement important. À un certain moment avait germé l’idée de lancer un dossier de crowfounding (financement participatif). Mais finalement des amis et proches se sont impliqués au travers d’une coopérative. « C’est une formule assez souple. Outre le financement, des adhérents ont participé très concrètement à l’aménagement des lieux en donnant un coup de main». Attention, on n’est pas actionnaire du Biérodrome comme on est actionnaire d’InBev. «Je leur ai annoncé qu’ils devraient tous se former à la fabrication de la bière. Je trouve qu’ils doivent savoir de quoi ils parlent s’ils veulent être de bons ambassadeurs».

 

 

Brasser en ville, un retour aux sources

 

Les «Ets Lanssens Frères» (négoce de fruits et légumes) ont quitté le quai du Marché au Poisson il y a une vingtaine d’années pour aller s’installer dans le zoning d’Orcq-Marquain. Le bâtiment imposant, situé entre le quai du Marché au Poisson, la rue Poissonnière et la rue du Pot d’Étain, est en train de sortir de sa torpeur grâce à une rénovation de qualité menée par le propriétaire des lieux, Jean-François Barbery.

À l’étage sont aménagés de beaux appartements avec terrasses. Au rez-de-chaussée, cette semaine, est venu le moment d’accrocher une branche de houblon frais à la crémaillère.

La pico-brasserie va faire mousser les quais de Tournai
Un lieu entièrement dédié à la bière. EdA
Le Bierodrome donne une nouvelle attractivité bienvenue au quartier. Au départ, se souvient Dominique Broutin, il pensait juste ouvrir un magasin à quelques mètres de son café, occuper au rez-de-chaussée du bâtiment une cellule parmi quelques autres. «Je trouvais qu’il y avait moyen de créer un esprit galerie, avec ouvertures à l’avant et à l’arrière du bâtiment, où on aurait pu retrouver des artisans locaux». Mais il fallait du parking pour les occupants des appartements, à l’arrière du bâtiment; le rez-de-chaussée était donc trop petit pour envisager tel projet. «Et comme c’était quand même un espace trop vaste juste pour un magasin, je me suis dit que c’était le moment où jamais, à 58 ans, de lancer à Tournai, en plein centre-ville, un lieu complètement dédié à la bière».

En face, c’était la brasserie Dubuisson, nous montre-t-il en pointant l’autre berge de l’Escaut. Et là où se trouve actuellement le Corto Malté, il y avait une malterie. «J’aime beaucoup ce retour aux sources. On dit souvent que la Belgique est le pays de la bière. Moi je trouve que c’est encore trop souvent le pays de la Jupiler.

Alors ça m’enthousiasme cette idée de recommencer à brasser de la bière en ville, de remettre l’artisanat sur les quais. On dit que Tournai devient une ville-dortoir, qu’on n’y fait plus que la fête? Eh bien à ma petite échelle, à ma manière, c’est-à-dire avec la bière qui m’amuse beaucoup, je mets ma pierre à l’édifice en faisant vivre le centre-ville et en y créant de l’emploi».