POLITIQUE-PORTRAIT

Ministre modèle ou notaire du budget : qui est Sophie Wilmès ?

Ministre modèle ou notaire du budget : qui est Sophie Wilmès ?

«Je n’ai pas un goût pour les chiffres. J’ai un goût pour les projets, pour ce qui est derrière les chiffres », explique Sophie Wilmès. Photo News

C’est à pas feutrés qu’elle est arrivée, voici un an, comme ministre du budget. La voici sous les feux de la rampe alors que l’incendie budgétaire couve dans les finances fédérales. Qui est Sophie Wilmès?

On pourrait la croire toute droite sortie d’un roman de la Comtesse de Ségur. Les aventures de Sophie en politique sont un modèle du genre. Une leçon d’élégance sans le moindre faux pas. Jusqu’ici. Son prénom, Sophie, signifie «la sagesse ». Il lui colle à la peau.

Mardi, en commission des Finances, avant toute autre considération budgétaire, elle a repris de vitesse le député PTB qui a eu un langage fort peu châtié pour accabler son collègue ministre des Finances, Johan Van Overtveltd. «Vos erreurs à répétition mettent tous les départements de l’État dans la merde », avait clamé l’élu d’extrême-gauche. Le terme a fait sursauter Sophie Wilmès.

Petite, elle était déléguée de classe, appliquée, brillante. «J’ai toujours été très active. Mon job a toujours été de réussir. Mes parents m’ont transmis la volonté de toujours bien faire », dit-elle. Licenciée en communication appliquée, section publicité (IHECS), elle a aussi décroché une licence en gestion financière à Saint-Louis. Elle a été conseillère économique et financière au sein d’un cabinet d’avocats d’affaires.

Elle est la fille de feu Philippe Wilmès, professeur d’économie à l’UCL, régent de la Banque nationale Belge et administrateur de nombreuses sociétés privées et publiques. Son père a toujours oscillé entre deux partis, le MR et le PSC-cdH. Sophie ressemble à son père, jusque dans ses traits physiques. On le lui rappelle très souvent. «On était très proches », confie-t-elle sobrement.

Elle est arrivée en politique, et au MR, un peu comme cette déléguée de classe qu’elle est restée. Elle est tombée sous le charme du maître d’école. Elle était à la tête de son comité de quartier pour résoudre des problèmes dans sa rue. Elle a rencontré alors feu Éric André, alors secrétaire d’État bruxellois. Elle s’est lancée dans la politique locale. Puis, elle a grimpé.

Libérale jusqu’au bout des ongles, elle avoue un penchant immodéré pour l’excellence. Impossible de savoir si son cœur balance plutôt pour Charles Michel ou Didier Reynders. Elle dit être proche des deux sans préférence et avec admiration, ce qui serait une rareté au mouvement réformateur.

Pétillante et dynamique, elle explique que son carburant en politique comme dans la vie, ce sont les projets. «Mon mari me dit toujours “ tu as deux vitesses: on et off ” ». Le mode «on » est allumé en quasi-permanence, au point que des cours de yoga «qui me feraient sans doute du bien, m’énervent d’avance », confie-t-elle au magazine «Elle ».

Entre ses quatre enfants et son job de ministre, il reste peu de temps pour les loisirs. Elle les consacre à des sorties avec sa bande de copines et copains. L’amitié au masculin est importante dans sa vie. Ses amis ne sont pas tellement en politique. Elle les a croisés ailleurs, à la commission européenne où elle a travaillé entre autres.

Son mari est Australien et indépendant. Elle l’a rencontré dans un bar, pile à côté de la commission. Ensemble, ils élèvent quatre enfants, et un grand garçon de 20 ans né d’une précédente union de son mari. Jonathan, Victoria, Charlotte et Élizabeth parlent anglais et français à la maison et vont à l’école en néerlandais.

Avant d’être ministre fédérale, elle a été (brièvement) députée fédérale et (surtout) échevine à Rhode-Saint-Genèse. Un point sensible dans une majorité où la N-VA siège en force et où elle doit collaborer avec un ministre des finances N-VA, Johan Van Overveldt. Dans l’opposition, on murmure qu’elle n’est jamais d’ailleurs que «le notaire du budget » à côté du véritable décideur que serait Van Overtveldt.

Ultra-organisée, elle a imposé un nouveau rythme de travail après le départ d’Hervé Jamar qu’elle a remplacé. « J’ai besoin que les choses soient ordonnées et expliquées ». Bosseuse, elle a pris le temps d’étudier avec minutie tous les dossiers. Un an après son arrivée, elle est attendue au tournant sur sa capacité à gérer le trou budgétaire qui s’élève à 4,2 milliards.

Un boulier compteur à la place comme cerveau pour la ministre? Pas vraiment. «Je n’ai pas un goût pour les chiffres. J’ai un goût pour les projets, pour ce qui est derrière les chiffres », répond-elle. Et puis, «un budget, c’est beaucoup de subtilités, la vie aussi d’ailleurs ».