BELGIQUE

Organiser une journée sans voiture en semaine?

Organiser une journée sans voiture en semaine?

Selon plusieurs élus bruxellois, les badauds du Dimanche sans Voiture ont perdu le souvenir de sa raison d’être: peser sur les mentalités pour changer la mobilité. BELGA

Deux députés verts proposent d’ajouter une journée sans voiture, mais cette fois durant la semaine. C’est aussi l’avis du PS. Dont se méfient MR et cdH.

Deux jours après le nouveau succès enregistré par le Dimanche sans voiture, les députés bruxellois écologistes Arnaud Pinxteren et Annemie Maes ont plaidé, mardi pour l’organisation d’une telle journée, en semaine, à savoir le jour de l’European Car Free Day, le 22 septembre, dans les trois Régions du pays, en plus de la grande fête familiale qu’est devenu le dimanche.

Pour les deux parlementaires il s’agit d’en revenir avec les fondements du concept, l’intérêt d’une telle journée étant également de prendre conscience du fléau que représentent la pollution de l’air et le bruit en ville.

«La Belgique a aujourd’hui l’air le plus pollué d’Europe occidentale. Il faut aller plus loin qu’un jour sans voiture», a commenté à ce sujet, Annemie Maes (Groen).

Pour Arnaud Pinxteren (Écolo), «il faut maintenir le dimanche sans voiture, devenu une fête familiale et citoyenne très attendue, tout en continuant à promouvoir les alternatives à la voiture dans les conditions les plus réelles possibles».

L’impact serait démultiplié en semaine

Selon les Verts, la circulation automobile en Belgique est responsable de 25% des particules fines. À Bruxelles, ce chiffre s’élève à 50%. En ce qui concerne le dioxyde d’azote, la situation est encore pire avec 67% des émissions qui ont pour origine le trafic automobile. Lors de la journée sans voiture le dimanche – qui représente 60% du trafic en semaine -, la quantité des émissions diesel chute immédiatement de 50%. L’effet d’une telle mesure durant un jour de semaine serait démultiplié.

Les écologistes plaident également pour que des mesures d’encadrement soient mises en place afin que des alternatives à l’auto-solisme, réalistes et efficaces, soient proposées aux navetteurs ce jour-là, comme les autres jours de l’année.

Une offre particulière de transports publics, de transports partagés, mais aussi des rangs cyclistes, devrait également permettre d’accéder aux entreprises et aux écoles.

Le PS y verrait l’occasion de prévoir la STIB de demain

Organiser une journée sans voiture en semaine?
Les socialistes voient l’idée d’un bon œil mais le MR notamment estime qu’un jour sans voiture en semaine coûterait encore plus cher à la police. BELGA

L’avis des verts est partagé par certains députés PS. C’est le cas de l’Everois Ridouane Chahid, qui s’en est confié au Soir. Selon lui, le Dimanche sans Voiture est devenu «une gigantesque animation» qui aurait perdu de sa raison d’être.

«Il faut aller plus loin dans la conscientisation», explique-t-il. «Plus grand monde ne sait pourquoi existe le Dimanche sans Voiture. Pourtant, son objectif reste de changer la façon de penser la mobilité en ville et de trouver des alternatives à la voiture. Si on se réveille le lundi et qu’on remonte dans sa voiture comme le vendredi avant, ça n’a pas de sens».

C’est pourquoi Chahid rejoint l’idée d’Ecolo-Groen d’aller un pas plus loin. Le socialiste évoque cependant des mesures plus souples que pour un dimanche, soit des dérogations pour les livreurs.

Il parie aussi que la gratuité de la STIB ce jour de semaine servirait de baromètre. «Ça nous donnerait des statistiques de l’utilisation des transports en commun et permettrait de programmer à long terme les capacités dont nous aurons besoin, demain, pour convaincre les automobilistes de passer à un autre mode de transport».

MR et cdH plus méfiants

Du côté du MR et du cdH, on se montre nettement plus frileux.

Si les libéraux estiment qu’une journée sans voiture de semaine permettrait aux travailleurs de s’interroger sur les alternatives pour les emmener bosser, ils estiment qu’il faudrait «énormément communiquer» sur celles-ci. Dans la DH, l’Ucclois Boris Dilliès se méfie aussi du coût qu’une telle journée pourrait engendrer, pour la police notamment.

Les humanistes enfin se montrent catégoriques. «Je ne pense pas le réseau de transport en commun assez développé pour absorber le flux de semaine», appuie Benoît Cerexhe dans la DH. Le Bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre juge aussi qu’il faut rester prudent «vu le nombre d’entreprises qui envisagent une relocalisation».