JUDICIAIRE

Tabassé à mort pour une dette de 50€: 15 ans requis pour un dealer de Matonge

Tabassé à mort pour une dette de 50€: 15 ans requis pour un dealer de Matonge

La bagarre s’était déroulée devant le café Casa Latina, chaussée de Wavre à Matonge. Google Street View

Un meurtre pour une dette de... 50€? C’est ce qui coûte un réquisitoire de 15 ans de prison à l’encontre d’un dealer qui a tabassé son rival à mort à Matonge. L’épisode relève d’une guerre des gangs dans un quartier où règne l’omerta.

Le ministère public a requis lundi en fin d’après-midi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, une peine de 15 ans de prison à l’encontre de Philippe Kizeyidioko pour le meurtre de Daddy Lubeta Lombe, commis en août 2014 dans le quartier Matonge à Ixelles. Selon le ministère public, la victime a été tuée pour une dette de 50 euros dans le cadre d’une rivalité entre dealers de cannabis. La procureure comme la partie civile ont dénoncé l’omerta qui a régné pendant plusieurs mois au début de l’enquête avant que certains témoins n’osent enfin témoigner.

La procureure a requis une peine de 15 ans de prison à l’encontre de Philippe Kizeyidioko pour avoir tabassé à mort Daddy Lubeta Lome, devant le café Casa Latina, chaussée de Wavre à Ixelles, la nuit du 9 au 10 août 2014.

Elle a également requis la même peine à l’encontre de Nickey Mbambo Inkoma pour avoir été coauteur du crime.

Règlement de comptes

Les faits se sont inscrits dans un contexte de rivalité entre dealers de drogue, Philippe Kizeyidioko, surnommé «John», et la victime, un Nivellois de 40 ans connu à Matonge par son prénom «Daddy». Les deux hommes s’étaient déjà battus une semaine auparavant.

La procureure a soutenu que «John» s’était rendu, la nuit du 9 au 10 août 2014, au café Casa Latina pour régler des comptes avec «Daddy». Ceux-ci se disputaient un territoire de vente de cannabis à Matonge et «John» estimait que la victime lui devait une somme de 50 euros.

Le soir des faits, «John» avait tabassé la victime devant le café à coups de pied et de poings. Celle-ci avait pu monter dans un taxi mais Nickey Mbambo Inkoma était intervenu et l’avait tirée hors du véhicule. Les deux prévenus avaient alors continué à la frapper ensemble, selon la procureure. La victime, père de deux enfants, était décédée d’une hémorragie interne.

Le principal prévenu, Philippe Kizeyidioko, a affirmé lundi qu’il n’avait pas voulu tuer son rival et qu’il s’était défendu dans un contexte de bagarre.

Le second prévenu, Nickey Mbambo Inkoma, a lui déclaré qu’il avait voulu protéger la victime et qu’il ne l’avait pas tirée hors du taxi, comme déclaré par des témoins.

«C’était l’omerta!»

La procureure n’a pas cru à leurs versions des faits. Elle a par ailleurs, tout comme l’avocat de la partie civile Me Emmanuel Petermann, souligné le contexte très particulier dans lequel s’est déroulée l’enquête.

«C’était l’omerta! Nous sommes dans un milieu, à Matonge, où tout le monde se connaît et où règne la peur. Certaines personnes ont finalement parlé mais beaucoup d’entre elles ont demandé à être entendues sous couvert de l’anonymat. Elles ont évoqué ce climat de peur général qui régnait dans ce quartier et la difficulté de plus en plus grande pour elles de raconter ce qu’il s’y passait», a-t-elle dit.

«Les policiers ont aussi dressé des rapports affirmant que Philippe Kizeyidioko avait tenté d’intimider Nickey Mbambo Inkoma au cours de leur confrontation dans les locaux de la police. Également, il ressort de certains témoignages que Monsieur Kizeyidioko a demandé à plusieurs habitants du quartier de témoigner en sa faveur. C’est un homme qui est entouré de toute une bande et qui menace de représailles», a-t-elle précisé.

Les avocats de la défense plaideront mardi.