DIABLES ROUGES

Premières esquisses d’une ère nouvelle : comment Martinez peut transformer les Diables

Face à Chypre mardi soir, Roberto Martinez a insufflé aux Diables les premiers éléments tactiques d’une approche nouvelle qui doit permettre à la Belgique de briller au prochain Mondial. Analyse.

En football, tout va toujours très vite. Comme le passage d’une immense déception infligée au public par les Diables vendredi soir face à l’Espagneà l’excitation que le premier match officiel de l’ère Martinez a suscité mardi soir auprès des (de certains) analystes.

Bien sûr, il ne s’agissait que de la modeste équipe de Chypre. Et si les Chypriotes ne sont plus le Petit Poucet qu’ils étaient voici dix ans, ils n’en restent pas moins une modeste équipe européenne qu’un candidat à la victoire finale lors du prochain mondial se doit de battre et, pour bien faire, avec plus d’un goal d’écart.

Mais sans évoquer le résultat d’hier soir, ni l’adversaire, ni même le degré de qualité de la prestation des Diables, ce match face à Chypre s’est révélé très intéressant à suivre dans la mesure où il a laissé transparaître les premiers coups de griffes du nouveau sélectionneur fédéral, dans un système de jeu qui manquait souvent d’idées ces derniers mois et qui avait bien besoin de ce petit coup de neuf…

Un plan de jeu innovant qui crée des espaces

Fini le 4-3-3 de l’ère Wilmots? En disposant son équipe différemment sur le terrain, Roberto Martinez a innové et, surtout, bousculé les habitudes de Diables obligés ainsi de sortir de leur zone de confort.

Réclamée à grands cris par plusieurs spécialistes depuis un certain temps, la défense à trois mise en place par le tacticien espagnol a eu le don de libérer des espaces un peu partout sur le terrain, offrant un terrain de jeu davantage propice aux accélérations et ruptures par les petits formats techniciens que sont Hazard, De Bruyne et autre Carrasco.

 

Une base arrière solide et des flancs libérés

 

Cette défense à trois a vu un Toby Alderweireld plus à son aise que jamais, soigner sa relance comme il le fait souvent bien à Tottenham, aux côtés d’un Jan Vertonghen qui s’est cette fois concentré sur un travail défensif, ne gaspillant plus son énergie dans de longs déboulés sur le flanc qui lui ont par le passé coûté plus d’une approximation défensive due au manque de lucidité dans l’effort. À leur côté, Thomas Vermaelen a montré une nouvelle fois qu’à son meilleur niveau il reste indéboulonnable dans l’axe de la défense des Diables.

Offrant une solide base défensive, ce système en 3-4-2-1 a permis notamment à Thomas Meunier, à droite, et Yannick Carrasco, à gauche, de montrer toute l’étendue de leur talent offensif. Finis ces arrières qui apportent à certains moments une solution supplémentaire offensivement, place désormais à deux véritables ailiers de débordement qui se retrouvent souvent en un contre un où leurs qualités techniques et physiques individuelles doivent leur permettre de prendre le dessus. Après un démarrage en mode diesel, Carrasco a enflammé son flanc gauche en seconde période tandis que Meunier s’est montré époustouflant en arpentant son flanc 90 minutes durant, avec le geste du match à la clé.

 

Witsel et Fellaini garants de l’équilibre

 

Pour laisser un maximum de liberté à ses ailiers, Roberto Martinez a fait le choix d’opter dans l’axe de son milieu de terrain pour deux défensifs apportant un maximum d’équilibre à son collectif. Witsel et Fellaini, confinés dans ce double rôle de récupération et de transition, ont également donné satisfaction même si «Blondie Felli » a par moment commis quelques imprudences. Nainggolan, qui est davantage un infiltreur, a-t-il du souci à se faire? Martinez a justifié son éviction du onze par sa propension à jouer les box-to-box, ce qui ne cadre visiblement pas avec l’idée d’équilibre souhaitée par le nouveau sélectionneur.

Au niveau offensif enfin, on a pu voir Hazard et De Bruyne libérés, tandis que Romelu Lukaku a parfaitement rempli son rôle en inscrivant deux buts de vrai renard des surfaces.

Empêcher la reconstruction chez l’adversaire

La chose était particulièrement visible en première période: les Diables avaient reçu la consigne de ne laisser aucun répit à la formation chypriote et devaient presser le porteur de balle dès que celui-ci entrait en possession du cuir. Sans non plus aller jusqu’à un pressing «asphyxiant » à la façon Marcelo Bielsa, les Diables ne sont jamais restés observateurs ou passifs lorsque l’adversaire entrait en possession du ballon.

Il est d’ailleurs intéressant d’observer que, lorsque les Chypriotes tentaient de repartir de l’arrière, Romelu Lukaku recevait automatiquement le soutien de Hazard, De Bruyne, mais aussi de Witsel, afin d’empêcher toute solution de passe courte pour le porteur du ballon. Les Chypriotes ont donc régulièrement eu recours à la longue balle pour se dépatouiller de ce pressing, pain béni pour le quatuor composé des trois défenseurs axiaux et de la grande tignasse de Fellaini.

Ce type d’organisation demande certes beaucoup de dépense énergétique des joueurs offensifs en perte de balle mais a pour principal résultat d’empêcher la construction du jeu adverse.

Une animation offensive digne de ce nom

Offensivement aussi, la donne a changé. Si Romelu Lukaku s’est encore parfois retrouvé bien seul dans les 20 derniers mètres adverses, la construction du jeu offensif des Diables s’est enrichie d’un nouvel atout: l’apport quasi systématique des deux flancs qui libèrent Hazard et De Bruyne, pouvant désormais offrir chacun une solution véritable en zone de conclusion. En d’autres termes, au lieu de se retrouver à deux dans ou aux abords du grand rectangle, les Diables sont désormais trois ou quatre à pouvoir disputer un ballon de but.

Cela oblige désormais les attaquants à jouer avec leur tête. Afin de ne pas se marcher les uns sur les autres en zone de finition ou de trouver les intervalles de passe pour un partenaire démarqué. Romélu Lukaku l’a lui-même affirmé avant le match de mardi soir: «Avec Martinez, sans compter Monsieur Thierry Henry, les consignes sont beaucoup plus précises et contraignantes. »

 

Un jeu moitié catalan, moitié anglais

 

En conclusion, Roberto Martinez a donné ses premiers coups de griffes au système de jeu des Diables en bougeant ses pions sur le terrain de sorte à, d’une part, libérer des espaces en possession de balle et, d’autre part, empêcher l’adversaire de construire dès son grand rectangle.

On peut y déceler là quelques grands principes du jeu à la catalane, ce jeu fait de petites passes et de mouvements incessants tant en possession qu’en perte de balle, jeu que le Barça de Guardiola a élevé au rang de «meilleur système du monde ». Mais on y retrouve aussi quelques principes clés du football anglais que Martinez, le Catalan, connaît bien aussi après avoir coaché en Premier League à Wigan et Everton: une base défensive solide dont le seul but est de «cueillir», de récupérer les ballons perdus par l’adversaire à cause du pressing réalisé par les joueurs plus haut sur l’échiquier.

Oh, certes, et comme le dit le sélectionneur lui-même, «tout n’a pas été parfait» mardi soir. Mais ces premiers éléments de changement donnent des motifs de satisfaction. Après un match amical à oublier au plus vite face à l’Espagne, la première joute officielle des Diables rouges à la sauce Martinez a donc levé un coin du voile sur les caractéristiques tactiques nouvelles que le nouveau sélectionneur compte faire acquérir à l’équipe nationale belge. Reste à confirmer et, surtout, voir ce que cela donnera contre une équipe, sur papier, plus forte que Chypre…