SAUTE D’HUMEUR

Le « point de non-départ », ou comment ne pas se faire licencier

Le « point de  non-départ  », ou comment ne pas se faire licencier

Chez AXA, on restructure car tout va bien! Tiens, et chez OXO, quelqu’un a des nouvelles? -

Si votre entreprise marche trop bien, elle risque d’avoir envie de s’offrir une restructuration. Si elle ne marche pas assez, elle risque de fermer. Dans les deux cas, de nos jours, vous êtes menacé...

L’autre matin à la radio, j’ai entendu un chroniqueur économique expliquer qu’une entreprise devait toujours restructurer au moment où tout allait bien pour elle financièrement.

Oui, parce que ça coûte cher de «restructurer » (comprenez licencier en masse), ça prend du temps, il faut négocier longuement, et puis surtout indemniser au prix fort. Et donc, mieux vaut le faire quand ça tourne bien et que les caisses sont pleines.

Bref, tout ça, pour le salarié moderne, c’est super-rassurant.

Cas de figure 1. Vous êtes dans une entreprise, on vous annonce que oui, tout va bien. Vous ne pouvez que commencer à stresser. Si ça va trop bien, ils vont en profiter pour faire le grand nettoyage, au prétexte qu’ils doivent rester «numéro 1 de leur secteur » ou que «s’ils ne le font pas maintenant, ils devront faire pire dans deux ans ». Et donc votre poste est potentiellement menacé.

Cas de figure 2. Vous apprenez que la boîte qui vous emploie va mal, ben vous stressez aussi. Car quoi, on va vers quoi? Faillite? Mise en liquidation? Fermeture? Revente à une multinationale? Et donc vous stressez également, car votre poste est potentiellement menacé lui aussi.

En résumé, que ça aille bien ou pas, vous pouvez être viré d’un jour à l’autre. C’est merveilleux, désormais, il n’y a plus aucune sécurité d’emploi nulle part dans le privé (et même le privé dont l’État est actionnaire). Même dans les entreprises qui semblent les plus pérennes. Même dans celles qui ont des enseignes brillantes et des bâtiments prestigieux genre AXA ou ING. Pas étonnant que le burn-out au travail soit en train de devenir la maladie du siècle!

Si ça va trop bien, on a les moyens de vous virer.

Si ça va trop mal, on vous vire parce qu’on n’a plus les moyens de vous garder.

«

Si vous avez une idée géniale qui peut faire la fortune de votre employeur, ne lui dites pas

»

Que faire donc? Et bien s’organiser collectivement pour trouver ce point d’équilibre subtil où l’entreprise marche trop bien que pour tomber en faillite, mais pas assez bien que pour avoir les moyens de «restructurer ».

On va pas appeler ça non pas le «point de non-retour », mais plutôt le «point de non-départ ».

Donc si vous êtes un employé encore performant, soyez prudent. Avec vos collègues, veillez à ce que votre entreprise tourne bien, mais pas trop. Sinon, vous vous mettez vous-même en danger.

Et si, par hasard, vous avez une idée de génie qui pourrait rapporter une fortune à votre employeur, surtout gardez la pour vous! Ce serait créer votre propre siège éjectable!

Ah! C’est trop génial le nouveau capitalisme sauvage!