PHOTOS ET VIDEO| André Brasseur, phénoménal papy funky du Pukkel

Inutile de chercher quelle sera la révélation de ce Pukkelpop 2016. C’est un gamin de 76 ans qui vient de rafler la mise. André Brasseur, son orgue Hammond et cinq incroyables musicos viennent de donner le tournis à un Marquee blindé massacre.

«Avant le concert, j’avais dit à mes gars: qu’il y ait du monde ou pas, on s’en fout! On joue!’ Et ils ont joué, les gaillards.» Premier à monter sur la scène du Marquee, peu avant 13 heures, André Brasseur, costume bleu roi, fine cravate et bottillons… sans chaussettes, est d’une zénitude absolue.

«Il est parfois nerveux avant les concerts », explique sa compagne qui, dans les coulisses, ne manque rien de ce moment d’histoire musicale. «Mais ce matin, il a mangé des fruits. C’est une première: il veut vraiment être en forme. » Ce fut le cas. Une trompette, un sax, une section rythmique incroyablement groovy, un guitariste aussi doué que souriant et un bonhomme tout simplement heureux, assis face à son orgue, face à sa troupe. André donne le tempo.

Et il est élevé. Ça pulse, ça balance du lourd. «André Brasseur est resté un monument en Flandre. Ses disques collector se vendent très cher. Mais quand on a été le rencontrer pour lui proposer de refaire une tournée, on s’est rendu compte qu’il n’était pas conscient de l’aura qu’il avait conservée dans le Nord du pays. Il est comme ça: à vivre au jour le jour, sans se prendre la tête », explique Jan Delvaux, l’un de ceux qui ont soufflé sur les braises.

«Quand on l’a vu jouer, tout seul avec son orgue, dans un petit café de Bruxelles ou de Namur, on sentait que le groove était toujours là. Mais ça sonnait un peu plastique. » Avec l’appui de Stefaan Vandeberghe, mage très influent dans le milieu musical, les coaches ont commencé par recruter les musiciens. «Ce sont des pointures», insiste Jan Delvaux. L’un joue régulièrement avec Balthazar, groupe flamand hype du moment, un autre a collaboré avec Daan… Les références sont nombreuses. Mais ce sont surtout les chouettes personnalités qui donnent aussi une autre dimension à Brasseur. En «band», on est plus fort. Mais de là à faire le Pukkel…

Ce pari fou a pourtant été largement gagné. Aux premiers rangs, quelques jeunes agitent un drapeau sur lequel on peut lire «We love you, André». Barbe fine et grand sourire, André Brasseur dégage des ondes incroyablement positives. Et ses mélodies éternelles, de Early Bird revisité à la sauce Peter Gunn à The Kid, agissent comme un aimant sur les festivaliers un peu curieux qui déambulent le long du Marquee.

 
Pukkelpop : André Brasseur par lavenir-namur

«C’est incroyable ce qui se passe. C’est peut-être un de mes plus beaux concerts», lâche-t-il en sortant de scène. Un rappel, des applaudissements à tout rompre, un salut en équipe. L’émotion est grande. «Je vous aime et je sais que je vous reverrai tous», lance ce gamin qui fêtera ses 77 ans en décembre. « Il a prolongé la garantie: il est reparti pour dix ans », rigole Jimmy Dewit, l’un de ceux qui a cru aussi au retour du Namurois. «Oui, je suis reparti», confirme le principal intéressé. « Je fais de nouveaux arrangements et je compose de nouveaux morceaux. »

Le funk et le groove, ce n’est pas comme Tintin. Ce n’est pas de 7 à 77 ans. C’est jusqu’à la mort. Et bien au-delà. «We love you, André». Un petit drapeau qui résume tout.