SOCIÉTÉ

« Dans ta gueule » : ce commentaire à la source d’un harcèlement violent sur Facebook

« Dans ta gueule » : ce commentaire à la source d’un harcèlement violent sur Facebook

Horriblement risqué de se frotter à un ténor extrême des réseaux tel que Marsault. Doc

La page Facebook d’un dessinateur proche de l’extrême droite bloquée. Une internaute qui réagit sans détour: «Dans ta gueule». Et les nombreux aficionados du dessinateur qui se déchaînent, envers elle et ses proches. Ou comment les réseaux sociaux n’en finissent plus de générer harcèlement et violence virtuels.

Laura (prénom d’emprunt), et par la suite ses proches, pouvaient-ils s’attendre à ça? A pareil harcèlement sur Facebook? A ce point là, certainement pas. Jamais. Même si le gestionnaire de la page Facebook, depuis lors supprimée, l’avait timidement prévenue. Le gestionnaire, c’est Marsault, un dessinateur de BD pour le moins controversé. Connu notamment pour ses accointances avec l’extrême droite et quelques unes de ses figures de proue comme Alain Soral. S’il est controversé, Marsault n’en est pas moins apprécié par une communauté impressionnante d’internautes: quelque 220.000 personnes étaient affiliées à sa page Facebook avant qu’elle ne soit temporairement suspendue. Se les mettre à dos, fut-ce pour partie, peut avoir des effets violents et disproportionnés. Laura en a fait la triste expérience récemment. Chronologie d’un commentaire qui dégénère.

6 août: changement de page Facebook

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Doc
Le 6 août, Marsault annonce le lancement d’une nouvelle page Facebook, baptisée «Marsault 2».

La raison: sa page principale a été supprimée par Facebook qui estimait que son contenu «ne respectait pas les conditions d’utilisation de Facebook et les standards de la communauté».

Pas une première pour le dessinateur, qui avait déjà vu l’une de ses pages supprimées en février dernier.

Sa page était alors restée hors ligne pendant un mois.

7 août: le commentaire qui fâche

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Doc
Le lendemain, Marsault publie sur sa nouvelle page Facebook une capture d’écran montrant le commentaire de celle que nous appelons Laura. Cette jeune femme avait réagi à la suppression de l’ancienne page en disant: «HAHAHAHAHA DANS TA GUEULLLEEEEE»

Des contacts Facebook de la jeune femme abondent dans ce sens et proposent d’emblée de signaler la nouvelle page de Marsault: «on s’attaque à la 2?^^», «on signale tous les posts j’imagine?», ou encore «c’est génial!»

Marsault interpelle à sa façon: «Quand on affiche une connasse hystérique qui se vante de signaler et d’anéantir une communauté de 220.000 personnes, on est misogyne?» Et de la féliciter «pour [son] acharnement», tout en précisant: «tu vas peut-être recevoir 3-4 messages, hein».

9 août: la nouvelle page de Marsault dépubliée

«3 ou 4 messages», prévenait-il. Ironique, sans doute. Dans la foulée, Laura reçoit des centaines de messages d’insultes. Elle explique à BuzzFeed: «En quelques heures, j’ai reçu plus de 300 messages, avec des insultes sexistes, racistes, des menaces de mort, de viol… Ensuite j’ai arrêté de compter.» Elle garantit aussi n’avoir «jamais lancé de raid» contre la page de Marsault.

Qu’à cela ne tienne, la jeune femme, à l’engagement féministe, rapporte encore que des internautes ont publié l’endroit où elle vit et que ses proches ont également reçu des menaces. Face à l’emballement de l’affaire, d’autres communautés, dont « Paye Ta Shnek », prennent la défense de la jeune femme. A force de pressions, la nouvelle page de Marsault finit par être dépubliée le 9 août.

Une nouvelle législation «en gestation»

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Olivier Bogaert travaille en tant que commissaire au sein de la Computer Crime Unit de la police judiciaire fédérale à Bruxelles. Il est également à la barre d’une séquence radio sur Classic 21, intitulée «Surfons tranquille». Il évoque avec nous quelques pistes pour mieux protéger sa vie privée sur les réseaux et fait le point sur la législation en vigueur actuellement.

Olivier Bogaert, quels conseils vous donneriez aux utilisateurs des réseaux sociaux pour mieux se protéger?

La base est de ne pas donner trop d’informations personnelles. Dans le cas de ce harcèlement, il est dommage que les auteurs des menaces aient eu accès aux informations concernant le domicile de la victime. A cet égard, il est utile de lire attentivement les conseils donnés quant aux paramétrages des profils. Par exemple, vous avez la possibilité de n’autoriser que vous à publier sur votre mur. Il est bon aussi de faire le tri parmi ses amis.

Facebook comme Twitter sont actuellement sous législation américaine. Ne serait-il pas pertinent d’envisager des chartes aux niveaux européen et national?

Des choses sont en train de se passer... L’Europe, l’Allemagne en tête, exige de plus en plus que Facebook et Twitter se plient à la législation européenne. Ce n’est pas encore tout à fait le cas mais c’est en gestation. Google, par exemple, s’est déjà adapté en créant un droit à l’oubli. Par ailleurs, il faut garder à l’esprit qu’en acceptant les conditions d’utilisation de ces réseaux sociaux, nous renforçons leur marge de défense.