Dinant : le deuil difficile du père de Sacha et Mathys

C’était il y a un an. Vincent Hébette perdait ses deux enfants, de 11 et 12 ans, emportés dans la mort par leur mère. Il ne va pas bien.

Le drame s’est produit le 14 aout 2015. L’ex-épouse de Vincent Hébette a mis fin à ses jours, emportant avec elle Mathys et Sacha, les enfants qu’ils avaient eus ensemble. Dans des circonstances horribles (lire par ailleurs). Le 21 août prochain, à 10h30, une messe du souvenir sera célébrée à l’église d’Anseremme. Le père, toujours dévasté, aimerait y voir son ex-belle-famille. «Qu’on puisse faire notre deuil ensemble». Car, dit-il, tout pont a été rompu: «Plus aucun membre de cette famille ne me dit bonjour». L’analyse du policier de la zone Haute-Meuse: «Je comprends qu’ils ont du mal à accepter ce que leur fille ou sœur a commis comme acte. Son suicide en plus de l’assassinat des deux enfants, c’est difficile à admettre. Ils ne sont responsables de rien. Pas davantage que moi . Aux yeux de certains, je suis coupable de m’être battu pour conserver la garde alternée, garde qui devait le rester, selon la juge de la famille et la sociothérapeute».

Tout le monde sera le bienvenu à la cérémonie du souvenir du 21 août. En tout premier, ceux qui connaissaient les petites victimes. Beaucoup ont été marqués. Comme ce gamin qui roulait régulièrement à vélo avec Mathys et n’a pas ressorti sa bécane depuis un an.

Vincent Hébette ne le cache pas, il va mal. Il a repris le travail (au sein du Service d’Enquêtes et de Recherches), cela vaut mieux, car sinon, il gamberge dans sa maison où tout lui rappelle les gosses. «En jardinant, je suis tombé sur deux briques, j’ai fondu en larmes. Elles servaient aux enfants, à fabriquer un tremplin». Les cendres des petites victimes, il les a répandues dans sa propriété: «Elles ont été dispersées dans le jardin, parmi les roses et autres fleurs qu’ils aimaient cueillir». Dans la maison, une armoire sert de mémorial, avec des peluches, des souvenirs, des photos. «Franchement, je ne vais pas bien. Je suis suivi par des psys. Je suis sous médication. Je suis en dépression».

«Parents désenfantés»

Le père meurtri trouve quelque soulagement en fréquentant l’ASBL «Parents désenfantés» , basée dans le Brabant wallon. Elle organise des groupes de parole pour ceux qui ont perdu un enfant, de maladie, d’accident, de suicide etc. « On se raconte par exemple ce que chacun fait lors des dates difficiles». Celles des anniversaires des disparus. Ou celles qui correspondent au jour où tout a basculé. Pour Vincent Hébette, un an après la tragédie, la charge émotionnelle est lourde.

Le Dinantais cherche toujours à comprendre. Laurence, son ex-femme, avec laquelle il a été marié durant 5 ans, vivait très mal la garde alternée. Mais jamais, au grand jamais, il n’aurait cru qu’elle pouvait en arriver à de telles extrémités. «Mathys et Sacha ont payé le prix fort pour un amour exclusif».

Au point de vue judiciaire, le dossier est toujours à l’instruction. «En tout cas, je n’ai pas d’autre information venant de mon avocat». De toute façon, c’est clair, on va vers l’extinction de l’action publique. L’ex-femme de Vincent Hébette est décédée. «Moi, j’ai pris perpétuité, sans remise de peine et sans congé pénitentiaire».

Dans de telles circonstances, «faire son deuil», c’est difficile, «surtout quand certains me soupçonnent, entre les lignes, d’être la cause du décès de mes enfants». Vincent Hébette n’a pas retrouvé la paix. Son ex-belle-famille non plus. Mais est-ce possible?

 

 

Un dramatique 14 aout, l’année passée

 

Nous sommes le vendredi 14 aout 2015. Les pompiers font une macabre découverte sur un parking, à Thynes, un village des hauteurs de Dinant. Dans une voiture calcinée, trois corps. Celui de Laurence Tumerelle, de Sacha et de Mathys. La quadragénaire a emporté ses enfants dans la mort. Un geste extrême, dans le cadre d’un combat de la dame pour la garde unique des enfants. Un combat devenu obsessionnel… et de toute évidence perdu. Ce n’est pas vers cette option que se dirigeait le tribunal de la famille, préférant la garde alternée avec l’ex-époux, Vincent Hébette. Lui, a posteriori, parle «d’aliénation parentale», une sorte d’appropriation… aux conséquences épouvantables et extrêmes.

Les experts judiciaires ont démontré que c’est bien la maman qui a drogué les enfants, écrit une lettre d’adieux et bouté le feu à l’auto. Tout est dit. «Il est tellement plus facile de chercher un coupable» que d’admettre le tragique processus psychologique qui a mené à l’horreur, soupire le père des victimes.