Polémique sur le cholestérol : Un livre peut-il tuer ?

Polémique sur le cholestérol : Un livre peut-il tuer ?

- -EDA

Le livre des professeurs Philippe Even et Bernard Debré: Le guide des médicaments utiles, inutiles ou dangereux aurait causé la mort de plusieurs milliers de personnes en France et en Belgique.

Voilà une accusation qui ne risque pas de passer inaperçue dans le monde de la santé. Les deux professeurs, dans leur ouvrage, affirmait l’inutilité des statines contre le risque d’accidents cardio-vasculaires chez les personnes souffrants d’un surplus de cholestérol.

C’était en 2012. Presque 4 ans plus tard, une étude menée par des chercheurs de l’université de Bordeaux veut démontrer que cette affirmation a causé l’arrêt de prise de statines chez 40% de patients supplémentaires. Par conséquent, l’augmentation des AVC aurait été à l’origine de 10 000 morts en France et 2000 en Belgique.

Depuis, les langues se délient et les critiques fusent de la part des deux camps.

La guerre des statines…

Revenons un peu en arrière. En 2012, les professeurs Even et Debré présentent un livre qui s’attaque de façon assez directe à l’industrie pharmaceutique. 4000 médicaments sont expertisés, de très nombreuses références (environ 20 000) et surtout un constat: 50% des médicaments sont inutiles mais 75% sont remboursés.

À l’époque, Le Nouvel Observateur a rencontré le professeur Even pour une interview vidéo où celui-ci dénonce l’incompétence de ceux qui prescrivent des statines. Pour lui, ces médicaments font partie des «inutiles».

Et Philippe Even n’est pas le seul à le penser. Sur son blog, le Docteur en Médecine et Chercheur au CNRS, Michel de Lorgeril a publié récemment un article critiquant vivement l’étude de Bordeaux. L’argument principal étant de pointer l’incohérence des calculs et d’énoncer qu’il est pratiquement impossible que 12 000 personnes soient mortes en 3 ans à cause d’un livre.

...ne fait que commencer

De l’autre côté du champ de bataille, il y a le journaliste Éric Coran. Dans un article publié pour Marianne en novembre 2012 (au moment de la parution du livre) il rappelle une bien étrange histoire à propos de Philippe Even. Le 29 octobre 1985, le professeur organisait avec deux collègues une conférence de presse pour vanter un remède miracle contre le sida. Tout ça en collaboration avec le Ministère des Affaires sociales.

Le problème, c’est qu’il n’y a pas eu de remède. En revanche il y a eu un énorme scandale après que le professeur ait tenté l’expérience d’administrer la molécule de ciclosporine à un patient atteint du sida. Sauf qu’il n’y a eu aucun résultat concluant et que Philippe Even est accusé alors d’avoir violé les règles de déontologie scientifique. La belle affaire.

Après vérification, difficile de dire si l’histoire d’Éric Coran est tout à fait véridique. Il reste très peu de références au sujet de ce scandale.

Le problème avec toutes ces histoires, c’est qu’on ne sait jamais qui est honnête ou pas. De tous les côtés, on vante les preuves scientifiques sans savoir ce qu’elles valent vraiment.

Au final, tout le monde est un peu perdu. Sauf, peut-être, les statines.