Floreffe

ARCHIVES | De Renaud à Manu Chao et Patti Smith, 40 ans de musique à Floreffe

Esperanzah! commence ce vendredi: rencontre avec l’organisateur et retour sur l’ancêtre du festival, «Le Temps des cerises», avec le concert de Renaud en 1977

Dans les années 1970, il y avait Le Temps des cerises, festival floreffois qui a d’ailleurs inspiré l’organisateur d’Esperanzah!, Jean-Yves Laffineur. Renaud a notamment chanté sur le site de l’abbaye de Floreffe en 1977, lors de la seconde édition.

Le festival était organisé par Bernard Gillain, Jean-Louis Sbille et Philippe Grombeer. L’idée: proposer la rencontre de la culture wallonne avec d’autres cultures minoritaires des régions d’Europe. L’émission de la RTBF «Les Années belges» est revenue sur cet évènement qui a marqué ceux et celles qui l’ont vécu. En voici un extrait ainsi que deux autres archives de la Sonuma et disponible sur le site www.sonuma.be.

Quinze ans d’Esperanzah!

Créé en 2002, Esperanzah a grandi, s’est bonifié et a surtout résisté à la concurrence de plus en plus rude dans le secteur… Tout ça en ayant su conserver son identité de festival engagé, métissé et convivial. Retour sur l’aventure avec Jean-Yves Laffineur, la tête pensante de l’événement.

Jean-Yves Laffineur, si on vous avait dit, en 2002, qu’Esperanzah vivrait sa quinzième édition avec, en tête d’affiche, une légende comme Patti Smith, vous l’auriez cru?

C’était inimaginable. Au début, quand nous avons lancé le projet, on nous demandait sans cesse ce qu’on ferait l’année suivante. On ne savait pas répondre, on avançait sans stratégie. Encore aujourd’hui, il n’y a aucune stratégie, Esperanzah reste un projet de cœur. Et puis il y a Patti Smith, qui incarne l’engagement dans la musique et qui a bercé ma jeunesse…

Un artiste qui a joué un rôle majeur dans l’histoire du festival, c’est Manu Chao. Ce n’est donc pas un hasard de le retrouver au programme de ce quinzième rendez-vous?

Avec Manu, c’est une merveilleuse histoire. C’est lors d’un de ses concerts que m’est venue l’idée de créer Esperanzah. J’ai très vite voulu le rencontrer, je me suis rendu à Barcelone. Et puis, j’ai fait sa connaissance et nous sommes devenus amis. Je l’invite tous les ans sur le festival. Et cette année, nous programmons Calypso Rose. Elle joue avec des musiciens de Manu et c’est d’ailleurs lui qui a produit son album. Quand il a su qu’elle serait là, il a insisté pour être lui aussi à l’affiche du festival.

D’autres célébrations anniversaires prévues?

Il y a bien sûr le concert de Dub Inc, en clôture du festival, le dimanche. Ils auront carte blanche et ils se produiront avec des invités. C’est tout simplement le groupe de reggae français le plus populaire. Mais quand ils sont venus la première fois à Esperanzah, c’était une découverte. Ils incarnent à merveille l’identité du festival qui est de faire découvrir des choses au public et de faire la part belle aux artistes indépendants et engagés.

Justement, aujourd’hui, y a-t-il encore assez d’artistes étiquetés «engagés» pour envisager un festival de l’ampleur d’Esperanzah tous les ans?

On ne programme pas que des artistes engagés, c’est l’identité artistique qui prime. Personnellement, je fonctionne aux coups de cœur. Il y a par exemple des gens comme Dizzy Brains, ce sont des punks malgaches qui sont interdits dans leur pays. On recherche des sonorités d’aujourd’hui qui viennent d’ailleurs.

L’identité du festival, c’est aussi le prix du billet… Esperanzah est le rendez-vous le plus démocratique de l’été.

C’est vrai, nous sommes le festival le moins cher. Nous avons pourtant dû augmenter nos tarifs. Parce qu’économiquement, c’est de plus en plus dur. Les cachets des artistes augmentent, la sécurité augmente, les infrastructures aussi. On ne fait aucun bénéfice. Pour atteindre l’équilibre budgétaire, on doit afficher complet.

En 15 ans, les festivals se sont multipliés sur le territoire. Êtes-vous victime d’une certaine concurrence?

Tous les festivals souffrent de la concurrence et beaucoup finissent par en perdre leur identité. Quand on a commencé, il y avait pour ainsi dire quatre gros festivals du côté francophone: les Francos, Dour, Couleur Café et Esperanzah. Nandrin était déjà sur la fin. Tous avaient leur créneau et la concurrence était saine. Aujourd’hui, la plupart des événements programment les mêmes têtes d’affiche et déploient des moyens démesurés. Les artistes font alors des choix financiers et vont plus volontiers vers les structures qui proposent de plus gros cachets. Ce n’est pas bon pour la culture.

 

 

Les immanquables de l’édition 2016

 

L’affiche de cette quinzième édition du festival est tout simplement à tomber à la renverse. Les programmateurs ont mis les petits plats dans les grands afin d’offrir aux festivaliers un joli voyage à travers les musiques contemporaines. Pas facile de savoir quand s’absenter pour aller chercher sa portion de nouilles sautées ou pour soulager sa vessie. La rédaction de l’Avenir vous livre ses trois immanquables du week-end. En toute subjectivité bien sûr.

1. Lee «Scratch» Perry. Le rock’n’roll a les Stones, le heavy metal Black Sabbath et la country a pu compter sur Johnny Cash. À chaque style musical ses légendes. En matière de reggae, outre Bob Marley, il y a Lee «Scratch» Perry. Auteur, compositeur et producteur de génie (de Marley justement mais aussi de Max Romeo, à qui il a offert le mythique Chase the Devil, samplé par Prodigy), a écrit à lui tout seul plusieurs chapitres de l’histoire de la musique jamaïcaine. Après avoir fourni quelques pépites ska et rocksteady dans les années 60, Lee Perry explore d’autres sonorités à partir de la décennie suivante, et devient l’un des pionniers du dub. En 2016, le regard toujours un peu vitreux et les rastas parfumées à la ganja, l’artiste s’offre un nouveau tour d’honneur à l’occasion de ses 80 ans. À voir le vendredi 19 h, côté jardin

2. Patti Smith. En parlant de légende, il en est une qu’on ne présente plus. Patti Smith, marraine du mouvement punk à la fin des années 70, est aujourd’hui la mamy de tous les artistes engagés. L’interprète d’Horses et People Have the Power est aussi peintre, poétesse et photographe de talent. Plutôt rare sur les scènes belges, la présence de Patti Smith à Floreffe est exceptionnelle. Elle s’y produira en acoustique dans un set mêlant musique et poésie. À voir le dimanche 19 h, côté jardin.

3. Renato Baccarat & Utz. Qui sait, si vous avez le ventre creux, peut-être serez-vous amené à franchir le seuil du Ballodrome. N’hésitez pas à vous y attarder tant la petite scène découverte n’a pas à souffrir de l’ombre des grandes scènes. Ainsi, pourrez-vous partir à la rencontre de Renato Baccarat, ce citoyen du monde qui soufflera le vent et les élans du Brésil, le pays où il est né. Amateur d’histoires et de musique qu’il marie dans un métissage tout personnel et néanmoins festif. Pétillant, coloré, se prêtant aussi à l’humour, l’univers de Renato Baccarat devrait vous séduire. À voir le dimanche 16 h45, sur la scène Découvertes.