AGRICULTURE

La pire année du blé depuis 1976

La pire année du blé depuis 1976

«On n’a pas connu pire depuis 1976, l’année de la grosse sécheresse. On est retombé à des rendements d’après-guerre », alarme Olivier Henroz, responsable céréales chez Wal.agri (groupe Brichart). AFP

Les moissons ont démarré hier. Toutes les prévisions sont au rouge. Dans les Ardennes, le rendement s’annonce à 4 tonnes de blé par hectare alors que la moyenne habituelle est entre 6 et 8 tonnes. Dans les «bonnes régions » du Namurois, on serait à 5 à 7 tonnes par hectare alors que d’habitude la récolte ramène entre 9 et 10 tonnes par hectare. Des rendements d’après-guerre.

La récolte de blé a commencé lundi. Une moisson qui sera une catastrophe. Le rendement est en baisse de 30 à 40%. Et les prix ne sont pas bons. La situation est jugée gravissime pour les agriculteurs wallons. «On n’a pas connu pire depuis 1976, l’année de la grosse sécheresse. On est retombé à des rendements d’après-guerre », alarme Olivier Henroz, responsable céréales chez Wal.agri (groupe Brichart). « Les résultats s’annoncent très moyens à médiocres », appuie Alain Masure, directeur du service d’études de la FWA (fédération wallonne de l’agriculture).

«Je n’ai jamais vu ça en 30 ans de métier. On va perdre au moins 30% de rendement. Mais peut-être bien plus, en espérant que ce ne soit pas 50%», confirme Jean Wart, négociant pour la SCAM (société coopérative agricole de la Meuse). «C’est vraiment catastrophique pour les fermes, je n’ai pas d’autre mot. D’autant que tout va mal: le lait, la vache, le cochon, la céréale. Tout. C’est une année à oublier », poursuit Olivier Henroz.

Trop d’eau, pas de lumière et des maladies en plus

La cause? La météo épouvantable. «Le printemps a été très mauvais, le début d’été très humide, indépendamment des excès localisés des orages », explique Alain Masure. «En plus diverses maladies de l’épi sont venues s’ajouter. » Avec l’excès d’humidité et deux années d’affilée d’hiver trop doux, des champignons se sont développés.

Et ce n’est pas tout. La floraison a été mauvaise au printemps à cause des fortes pluies. Le mois de juin a été pluvieux et très sombre. Or la céréale a besoin de lumière pour faire de la photosynthèse et ainsi remplir ses épis. «C’est juin qui remplit le grain. C’est foutu, commente Olivier Henroz. On a eu beaucoup trop d’eau. Et ce n’est pas que le blé qui a épongé. Le maïs, par exemple, est resté les pieds dans l’eau et n’a pas poussé. »

Un gros souci de commercialisation

Dans les Ardennes, le rendement s’annonce à 4 tonnes par hectare alors que la moyenne habituelle est entre 6 et 8 tonnes. Dans les «bonnes régions » du Namurois, on sera à 5 à 7 tonnes maximum par hectare alors que d’habitude la récolte ramène entre 9 et 10 tonnes par hectare.

L’orge ne fait pas beaucoup mieux que le blé avec un rendement en baisse de 30% aussi. « Le problème, c’est que rien ne va. Les foins, les céréales, les betteraves, le maïs: rien n’est bon. Pour le producteur, c’est une catastrophe financière», ajoute Jean Wart.

Le sud de l’Allemagne, les Pays-Bas, la France sont dans la même situation. Mais pas l’Europe de l’Est ni le reste du monde. Du coup, les prix pourraient ne pas remonter. Et surtout, «on est face à un gros souci de commercialisation puisque pour nos concurrents de l’Est, pour la Russie, tout va bien», explique Jean Wart.

Des agriculteurs atterrés

Le principal syndicat agricole français avait annoncé mercredi dernier que la récolte de blé française serait en baisse d’un quart. Du jamais vu. La France est le premier producteur et exportateur européen de blé. Les agriculteurs français sont «désemparés, atterrés » selon leur syndicat.

Les Wallons ne se portent guère mieux. La boucle infernale est bouclée. Le cercle vicieux est complet. «Chaque agriculteur se lève cette année chaque matin pour mettre son argent à la poubelle. Pour s’en sortir, ils vont devoir aller puiser dans leurs réserves d’argent, s’ils en ont encore », conclut Olivier Henroz.

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