FRANCE

Les trois religieuses rescapées de Saint-Étienne-du-Rouvray tirent l’étonnant portrait de leurs assaillants

Les trois religieuses rescapées de Saint-Étienne-du-Rouvray tirent l’étonnant portrait de leurs assaillants

Sœur Danielle lors de la cérémonie d’hommage au père Hamel du 28 juillet. AFP

Les sœurs Danielle Delafosse, Hélène Decaux et Huguette Péron se sont livrées à l’hebdomadaire chrétien La Vie, évoquant la matinée du 26 juillet dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray.

Huguette avait salué l’un des terroristes avant qu’il ne passe à l’acte. Elle explique à une journaliste de La Vie qu’il demandait des renseignements et avait l’air inoffensif: «Avec son polo bleu ciel, je l’ai pris pour un étudiant. Il voulait savoir quand l’église était ouverte. Je lui ai dit de repasser dans dix minutes, après la messe.»

Il est revenu avec un ami, habillé tout en noir. «Ils avaient le style des terroristes qu’on voit à la télé. L’un portait un calot noir sur la tête et la barbe bien fournie. J’ai tout de suite compris», se souvient sœur Hélène.

Ils entrent en criant un slogan en arabe, jettent tout ce qui se trouve sur l’autel et mettent le curé à genoux. Ils posent une caméra dans les mains d’un fidèle. Le prêtre leur demande d’arrêter, et c’est là qu’il reçoit un premier coup. Ce geste est à l’origine de la fuite de Danielle, qui appelle aux secours.

L’horreur passée (prêtre égorgé et témoin grièvement blessé), les terroristes changent étrangement d’attitude. Huguette, qui était tenue fermement par l’un d’eux, a «eu droit à un sourire. Pas un sourire de triomphe mais un sourire doux, celui de quelqu’un d’heureux.» Les deux tueurs permettent à une fidèle âgée et à Hélène (83 ans) de s’asseoir, et tendent même sa canne à la religieuse.

Une discussion théologique irréelle

Les terroristes mettent à l’épreuve la foi des religieuses. Ils demandent à sœur Hélène si elle connaît le Coran. Celle-ci répond: «Oui, je le respecte comme je respecte la Bible, j’ai déjà lu plusieurs sourate. Et ce qui m’a frappé en particulier, ce sont les passages sur la paix.»

Ce dernier mot pique au vif un assaillant: «La paix, c’est ça qu’on veut. Quand vous passerez à la télévision, vous direz à vos gouvernants que tant qu’il y aura des bombes sur la Syrie, nous continuerons les attentats. Et il y en aura tous les jours. Quand vous arrêterez, nous arrêterons.»

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«As-tu peur de mourir?», enchaîne le tueur avec cruauté, ou peut-être avec curiosité. «Non», répond la sœur. «Pourquoi?», questionne son locuteur. «Je crois en Dieu et je sais que je serai heureuse», lâche-t-elle. «Jésus ne peut pas être homme et Dieu. C’est vous qui avez tort», assène l’autre terroriste de 19 ans. «Peut-être, mais tant pis», rétorque alors la sœur au physique frêle. «Je ne voulais pas mettre de l’huile sur le feu et ne pas renier ce que je pensais, glisse-t-elle. Pensant que j’allais mourir, intérieurement j’ai offert ma vie à Dieu.»

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La sortie de scène des terroristes se fait comme prévu: ils savaient qu’ils allaient mourir. Ils ont feint de se servir de leurs victimes comme boucliers humains, avant de quitter l’église. Huguette raconte son dernier échange avec les terroristes: «Moi j’ai bougé mon sac. La boucle métallique a fait un bruit. Le même qui m’a souri m’a alors dit: «Ne bougez pas. Restez là»»

La suite est connue: le duo fait face aux policiers et à la mort.