ÎLES FEROE

Îles Féroé: dauphins et baleines massacrés dans les fjords

Îles Féroé: dauphins et baleines massacrés dans les fjords

Chaque année, le «grind» ensanglante les fjords des îles Féroé. -

C’est une «tradition» qui fait couler le sang. Chaque été, lors des traditionnels «grindadrap», des dizaines de dauphins et cétacés sont massacrés dans l’archipel danois des îles Féroé. L’association Sea Shepherd dénonce, une fois encore, cette coutume d’un autre âge sur laquelle les autorités locales tentent de jeter un voile.

La traduction littérale du mot féroïen Grindadráp est «mise à mort des baleines». Nommée plus simplement «grind», cette tradition culturelle de chasse aux dauphins et aux baleines continue à exister dans les îles Féroé, alors qu’elle a disparu dans d’autres archipels de l’atlantique nord, à Terre-Neuve ou au Groenland.

«Le calvaire a commencé lorsque des locaux ont aperçu un groupe de 100 à 150 globicéphales passer non loin de Svínoy», raconte Geert Vons, un militant de Sea Shepherd. Plusieurs bateaux ont alors conduit le groupe de dauphins à environ 11 km de Hvannasund, sur l’île de Viðoy, où les cétacés «furent contraints de se diriger vers la plage, puis massacrés par des locaux». Selon l’ONG, les médias féringiens ont confirmé qu’entre 30 et 50 globicéphales avaient été tués lors de cette première «grind» de l’année.

Les autorités «essaient d’étouffer»

Quand le groupe de cétacés est repéré, les chasseurs entourent d’abord les animaux avec un large demi-cercle de bateaux. Ceux-ci rabattent alors les globicéphales ou les dauphins lentement dans une baie ou au fond d’un fjord pour amener les cétacés au bord d’une plage autorisée pour l’abattage. La manœuvre n’est pas difficile: les globicéphales, surnommés «baleines pilotes», ont l’habitude de suivre les embarcations en nageant à leur proue. Une fois le groupe de cétacés coincé dans une baie, les individus sont hissés sur la berge à l’aide de crochets insérés dans l’évent de l’animal puis abattus rapidement, à l’aide de couteaux traditionnels. Tous les individus du groupe capturé sont tués sans exception, y compris les jeunes et les femelles gestantes.

«C’est exactement ce genre d’atrocités que les autorités danoises et les îles Féroé essaient d’étouffer en refusant aux équipages de Sea Shepherd d’entrer sur l’archipel», explique Geert Vons. «Et c’est précisément pour cette raison que nous persistons à soutenir la vague mondiale grandissante appelant à mettre un terme à cette pratique brutale et sanglante.» Certains habitants des îles, eux-mêmes, défendent un tourisme qui serait plutôt basé sur l’observation des cétacés, et non leur massacre.

Dans cette tradition qui remonte aux siècles où l’homme devait survivre dans ces fjords inhospitaliers, le grind était réalisé au moyen de barques manœuvrées à la rame. On allumait des feux pour signaler les dauphins. De nos jours, les globicéphales sont repérés par des sonars puis pourchassés par des vedettes rapides.

La viande à peine consommée

Cette chasse à la baleine est réglementée par les autorités des îles Féroé, entité indépendante du Danemark et non-membre de l’Union européennes. 23 sites légaux d’abattage ont été définis, répondant à des critères précis: pente douce, eaux peu profondes. Les espèces chassées ne sont, normalement, pas en voie de disparition. «Quelques centaines d’animaux seulement sont tués, sur une population estimée à 750 000», arguent les autorités locales. «La pêche à la baleine fait partie de la vie féringienne et la viande et la graisse de dauphin baleine constitue un précieux complément alimentaire pour les familles de l’archipel», a fait valoir un responsable du ministère féringien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les défenseurs des animaux critiquent, eux, une pratique jugée cruelle et inutile. La plupart des cétacés abattus ne sont pas consommés. Leur viande n’a plus la valeur d’autrefois, elle est même déconseillée par les autorités sanitaires. Partagée au sein de la communauté en fin de chasse, elle n’est en principe pas revendue, sauf dans les restaurants qui en proposent pour les touristes.

En 2014, Sea Shepherd avait mené des opérations afin de faire cesser cette tradition et seuls 53 globicéphales et 5 baleines à bec avaient été tués lors de la saison de chasse, contre plus de 1 500 cétacés abattus l’année précédente. Mais en 2015, l’équipage du Bob Barker, le bateau de l’ONG «pirate», s’est vu refusé l’entrée aux îles Féroé par le Danemark. En 2016, une nouvelle loi a été votée dans l’archipel, stipulant l’obligation pour les volontaires de Sea Shepherd d’obtenir un visa s’ils veulent pénétrer sur le territoire féringien. L’association a par conséquent modifié sa stratégie, et compte porter la lutte contre le grindadráp sur le terrain politique, au cœur des institutions féringiennes et danoises «qui continuent de soutenir cette coutume d’un autre temps».