PONT DES TROUS

Pourquoi je soutiens le projet Bastin

Pourquoi je soutiens le projet Bastin

Olivier Bastin résout la quadrature du cercle, selon Louis-Donat Casterman. Com.

Conseiller communal MR, Louis-Donat Casterman est membre du comité de pilotage «Au tour du Pont» et administrateur de Pasquier Grenier. Il nous explique pourquoi il soutient l'esquisse aux trois arches proposées par l'architecte Olivier Bastin.

Inspirée ou non? Bénéfique à Tournai ou non? Respectueuse de la consultation populaire ou non? L’esquisse «aux trois arches» proposée par l’architecte Olivier Bastin, et soumise au conseil communal de ce 27 juin suscite des réactions en sens divers. […]

Grâce à la consultation

Soyons bien clair: sans la consultation populaire du 25 octobre 2015, déclenchée par un vote du conseil communal, nous ne serions pas là à pouvoir encore discuter de l’avenir du monument et nous réjouir – ou non – du projet d’Olivier Bastin. L’affaire, en effet, était pliée depuis la délivrance le 29 avril 2015 d’un certificat (de patrimoine) de la Région wallonne qui autorisait à établir entre les deux tours une structure métallique en treillis – pardon, en résille –, fruit imposé d’un processus qui n’avait rien de participatif.

Première réponse, donc, à ceux qui estiment que la consultation populaire n’a servi à rien. Au contraire! Elle a bel et bien servi à dire non à un projet insatisfaisant […].

Le triplet, cette signature

La consultation populaire, toute imparfaite qu’elle ait été dans ses détails, a permis de rendre évident le fait que les Tournaisiens restent attachés à une forme symbolique qui, pour eux, fait sens et doit continuer à prendre place entre les tours du Pont des Trous: celle de trois arches en pierre, qui sont les «arcs» de l’ancienne dénomination du monument (les Arcs d’en Bas, c’est-à-dire les arcs qui se trouvent en aval de la ville). Ces arches constituent le fameux «triplet» tournaisien, qui est une des signatures visuelles historiques de la cité des Cinq Clochers.

Formellement donc, la proposition d’Olivier Bastin, qui lance trois arches de pierre au-dessus de l’Escaut, répond au résultat de la consultation populaire et à l’histoire.

Cependant, bien des protagonistes de cette consultation disent avoir été dupés car ils ne retrouvent pas leur Pont des Trous, entendons par là un Pont des Trous «complet». De prime abord, on peut les comprendre. Mais il convient maintenant d’aborder le pourquoi nous en sommes arrivés là.

Un copier-coller à dépasser

Le 26 octobre 2015, le conseil communal avait reconnu que le choix des Tournaisiens s’était porté sur la pierre et un rythme ternaire des arches du Pont des Trous. Encore fallait-il s’accorder sur un dessin précis du nouveau Pont des Trous, tant il était vrai que la piètre image «pierre» montrée pour les besoins de la consultation populaire, n’était qu’un copier-coller de la version métallique et n’avait pas fait l’objet, de la part des concepteurs, du travail abouti que cette dernière version avait connu. Il fallait donc, dans l’urgence, remettre l’ouvrage sur le métier.

À cette fin, il fut décidé: 1° de faire appel à un architecte extérieur au bureau Greisch (chargé de la réalisation) pour apporter un souffle créatif nouveau; 2° d’organiser un processus participatif où devaient intervenir un comité de pilotage spécifiquement constitué ainsi que des ateliers citoyens ouverts à tous pour accompagner l’architecte dans son travail. Processus intriguant au départ mais qui, sous la houlette experte de Marie-Hélène Elleboudt et de ses collaborateurs de l’agence Faciliyo, s’est révélé une grande réussite, ouvrant de multiples perspectives d’avenir. […]

La double vérité de la charte de Venise

La Charte de Venise, adoptée en 1964, énonce quelques grands principes – on pourrait parler de bonnes pratiques – à respecter lorsque l’on touche à des monuments anciens. Le plus connu d’entre eux est celui qui consiste à ne pas faire du faux vieux quand on doit, pour une raison ou une autre, «compléter» un monument (article 9 de la Charte).

Mais un autre principe, un peu oblitéré par le premier, stipule que l’on doit aussi s’efforcer de conserver au monument sa valeur de témoin d’histoire (article 3 de la Charte).

Olivier Bastin résout la quadrature du cercle

Il se fait que la volonté des Tournaisiens de voir réapparaître trois arches de pierre correspond de manière assez exemplative à ce deuxième principe: celui de maintenir l’image de la porte d’eau et de lui voir conserver son visage singulier, celui du triplet tournaisien. Mais il convenait ensuite de respecter le principe le plus connu de la Charte de Venise, en proposant non pas une impossible et lourde reconstitution – qui aurait consisté à faire du «faux faux vieux», les arches actuelles étant elles-mêmes une reconstitution de 1948 – mais bien une réinterprétation subtile de la célèbre image.

C’est ici qu’intervient le coup de crayon de l’architecte. Olivier Bastin lance par-dessus l’Escaut trois arches de pierre dimensionnées en fonction des besoins et qui, par leur seul dessin épuré, témoignent de l’histoire du lieu. Tel quel, ce grand «signal» fonctionne du premier coup d’œil, tout en suggestivité. Approche originale, empathique et respectueuse. Respectueuse des Tournaisiens qui ont fait le 25 octobre 2015 l’effort de s’exprimer et respectueuse aussi des principes universels de la Charte de Venise.

Et donc, il se pourrait bien que l’on ait ainsi, à Tournai, sur les rives de l’Escaut, réussi la quadrature du cercle à travers l’envol d’un singulier rythme ternaire. Et il se pourrait aussi, en plus, que beaucoup de monde s’y intéresse. Que désirer d’autre?