ANALYSE

Brexit : pour Nicole Fontaine, « le risque c’était plutôt qu’ils restent »

Brexit : pour Nicole Fontaine, « le risque c’était plutôt qu’ils restent »

Ancienne présidente du Parlement européen, Nicole Fontaine reste convaincue que l’Union, si elle s’y met, peut sortir renforcée du Brexit.

Une catastrophe pour l’Europe le Brexit? La plupart des réactions le laissent craindre. Mais d’autres se réjouissent de l’issue du référendum. Ils y voient plutôt une chance. «L’intérêt bien compris des Britanniques, c’était d’empêcher que les autres avancent», explique l’ancienne présidente française du Parlement européen, l’avocate Nicole Fontaine.

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Madame Fontaine, vous étiez une des rares à dire que le Brexit ne serait pas une mauvaise chose pour l’Europe. Maintenant que le «out» l’a emporté, vous restez du même avis?

Oui, absolument. Je suis une Européenne convaincue, et je le reste, mais je souffre depuis des années de voir que l’Europe est malade. Je pense que ce Brexit peut être l’occasion d’un électrochoc, d’une clarification et d’un rebond, si les responsables européens s’engagent fermement à ouvrir le chantier de la refondation. Il y a un grand danger, un risque de dislocation et d’impuissance.

Justement. Des anti-européens comme Marine le Pen en profitent pour exiger eux aussi un référendum…

C’est absurde. Quand on va voir les conséquences économiques sur l’Angleterre, ça va vite calmer tous les eurosceptiques qui prônent d’autres Brexit. Oui ou non, l’Europe est-elle nécessaire? Je dis: oui, plus que jamais. On ne pourra pas résoudre tout seul les défis énormes qui nous attendent.

Quand même, la sortie des Britanniques ne risque-t-elle pas d’affaiblir l’Europe?

Le risque, c’était plutôt qu’ils restent: les concessions faites par l’Europe à Cameron pour que les Britanniques ne partent pas étaient très fortes. C’était un statut dans le statut. D’autres pays membres n’auraient pas manqué de revendiquer pareils avantages.

Vous êtes favorable à une nouvelle architecture pour l’Europe. Laquelle?

Je partage l’idée de la reconstitution autour d’un noyau dur, autour des pays fondateurs: la Belgique, la France, le Luxembourg, l’Allemagne… Un noyau dur éventuellement élargi. Mais cette fois, il faut surtout qu’on construise une Europe avec les citoyens. Ce déficit démocratique, on le paie au prix fort. C’est l’erreur la plus fatale et l’une des raisons fondamentales du désamour des peuples.

Les Britanniques ne sont pas les seuls coupables de cette Europe en panne.

Ce ne sont pas les seuls coupables mais dans les domaines où on attendait l’Europe, on n’a pas avancé parce que les Britanniques ne le voulaient pas. Dans toute une série de domaines, comme l’harmonisation fiscale, l’Europe sociale, la politique extérieure, on a été empêché de faire des progrès. L’Europe a montré une impuissance coupable et a piétiné. L’intérêt bien compris des Britanniques, c’était d’empêcher que les autres avancent. Si les Britanniques étaient restés, il n’y aurait eu par exemple aucune progression dans la zone euro.

Quelles doivent être, maintenant, nos relations avec eux?

Moi, j’étais persuadée qu’ils allaient rester. Punir les Britanniques, ce serait absurde. Il faut maintenant travailler à leur trouver un statut qui leur permette de garder des liens mais sans avoir leur mot à dire.

Vous ne craignez pas l’effondrement des marchés?

Les marchés, ils se remettront. L’économie ne se fait pas à la bourse.

Le Royaume-Uni ne risque-t-il pas aussi une dislocation quand on voit que l’Écosse et l’Irlande n’étaient pas favorables au Brexit.

Je suis assez surprise que cela n’a pas été davantage mis en exergue dans la campagne. Ça, c’est un risque très sérieux. On connaît les convictions européennes des Écossais. Ils ne supporteront pas d’être mis hors de l’Union. Cameron a pris un pari fou, et il restera dans l’histoire comme le «fossoyeur».

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