LIÈGE

Connaissez-vous bien la Tour cybernétique qui vient d’être rénovée?

Connaissez-vous bien la Tour cybernétique qui vient d’être rénovée?

La Tour cybernétique, située en bord de Meuse dans le parc de la Boverie, mesure 52 mètres de haut. ÉdA Hermann

La Tour cybernétique de Nicolas Schöffer vient d’être rénovée, à Liège. Il ne s’agit pas d’une antenne, contrairement à ce que peuvent penser certains Liégeois, mais d’une œuvre d’art de grande importance. Le public peut à présent l’actionner grâce à Twitter.

Cette tour de 52 mètres de hauteur intrigue bien souvent les passants, qui ne savent pas toujours qu’il s’agit d’une œuvre d’art du Franco-Hongrois Nicolas Schöffer. C’est même son œuvre la plus monumentale, témoignage majeur de l’art cybernétique, dont il était le fer de lance jusqu’à son décès. Sa rénovation sera inaugurée ce mardi soir.

C’est en 1961 que Liège a demandé à Schöffer de réaliser l’œuvre. «La Ville demandait à l’artiste de lui offrir une inscription internationale dans le monde de l’art contemporain», rappelle l’actuel échevin du Patrimoine, Michel Firket (cdH). la Tour cybernétique n’a cependant fonctionné que quelques années, après avoir suscité le mécontentement de riverains, pour se dégrader jusqu’au début du XXIe siècle.

Schöffer avait créé un cerveau électronique

Sa vocation consiste à être en mouvement, pourtant. Nicolas Schöffer, pionnier dans l’art de mêler technologie et expression artistique, avait imaginé un «cerveau électronique» muni de capteurs de luminosité, de vent, de pluie, de température, d’environnement sonore et d’humidité. Ces paramètres définissaient les mouvements que l’ordinateur commandait à la tour, celle-ci s’activant au moyen de ses pales, émettant des sons et de la lumière.

Le spectacle offert par la Tour cybernétique se voulait aléatoire, dans un mouvement permanent et imprévisible, mais surtout en interaction constante avec l’environnement extérieur. C’est là le principe de base de la théorie cybernétique: l’autorégulation des mécanismes à l’aide d’interactions.

Connaissez-vous bien la Tour cybernétique qui vient d’être rénovée?
Nicolas Schöffer avait créé un cerveau électronique, véritable bijou de technologique pour l’époque. ÉdA Hermann

3,3 millions d’euros investis!

Tout un programme qui était réduit au silence et à l’immobilité, donc, jusqu’à la récente rénovation. Les choses ont commencé à bouger en 1997, lorsque la tour Schöffer a été classée comme monument. Puis en 2007, avec son accession à la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. Les subsides ont suivi et la coquette somme de 3,3 millions d’euros a été dépensée pour la Tour cybernétique, mais aussi le local technique qui la commandait et les terrasses du Palais des Congrès.

Le bureau d’architecture liégeois Greisch était aux commandes. «Nous avons respecté l’œuvre et les principes originels de Nicolas Schöffer», explique son administrateur-délégué Jean-Yves Eischen. Deux dimensions majeures du projet devaient être prises en compte: «Les composants physiques, avec la tour, les pales, etc. Et puis tout le système technologique imaginé à l’époque.»

Connaissez-vous bien la Tour cybernétique qui vient d’être rénovée?
Une tour avec ses pales, ses jeux de lumières et ses sonorités émises en fonction d’algorithmes cybernétiques, eux-mêmes dépendants d’une série de paramètres environnementaux. ÉdA Hermann

Un petit débat autour de cette restauration

Tout cela a été remis au goût du jour, avec une certaine place octroyée à l’interprétation. Selon nos confrères du Vif/L’Express, certains spécialistes new-yorkais de la restauration d‘art contemporain et de l’ULg, voire même la veuve de Nicolas Schöffer, seraient plutôt insatisfaits du résultat. Les plans d’origine, introuvables selon l’Institut du Patrimoine wallon (IPW) la Ville et le bureau Greisch, se trouveraient en fait bien chez Éléonore Schöffer.

L’IPW assure avoir travaillé en collaboration avec Madame Schöffer durant tout le processus. Et le bureau Gresich estime que l’artiste se serait réjoui des adaptations technologiques réalisées, avec les moyens de 2016. Le principe serait donc bien respecté. «Une interprétation artistique fait toujours débat et je me réjouis que ce soit le cas», glisse même Jean-Yves Eischen.

Connaissez-vous bien la Tour cybernétique qui vient d’être rénovée?
La Tour cybernétique mesure 52 mètres. ÉdA Hermann
Deux capteurs au centre-ville

Pour le coup, les technologies actuelles ont bien été sollicitées, puisque des lampes LED sont désormais utilisées sur la tour. L’informatique permet toujours de tenir compte des paramètres d’environnement urbain choisis par Nicolas Schöffer pour activer son œuvre (vent, pluie, etc.).

Deux capteurs ont à présent été installés au centre-ville (pont d’Avroy et îlot Saint-Georges), pour mesurer l’activité urbaine (sons, ensoleillement, pression atmosphérique, température, etc.) et envoyer des signaux qui détermineront les mouvements des pales, les sons et les lumières émis par la tour.

Chacun peut paramétrer la Tour cybernétique à l’aide de Twitter

Un cap supplémentaire est même franchi en termes d’interactivité: les internautes peuvent envoyer des tweets à un compte créé pour la Tour cybernétique (@CyberTower), écrire «red» n «yellow», «green» ou «blue» dans leur message et activer des flashs qui correspondront à la couleur choisie.

Le mouvement, les lumières et les sons – qui sont ceux enregistrés par Schöffer, remastérisées – font leur retour aux abords du Palais des Congrès, sur cette grande œuvre dons les caractéristiques esthétiques font et feront encore débat. Le tout dans une interactivité constante avec la Ville, comme un dialogue permanent entre l’œuvre, la cité et dans l’idéal, ses habitants.

Connaissez-vous bien la Tour cybernétique qui vient d’être rénovée?
La Tour cybernétique se trouve aux abords du Palais des Congrès. ÉdA Hermann