LEUZE-EN-HAINAUT

Le mystérieux Bon Dieu de pitié viendrait de Gembloux

Oublié depuis belle lurette, derrière la vitre poussiéreuse posée pour le protéger il y a une vingtaine d’années, le Bon Dieu de pitié est adossé à la collégiale Saint-Pierre de Leuze. Ses origines restent incertaines.

Le visiteur qui croise son regard reste marqué par l’expression de profonde tristesse qui s’en dégage. Il fait d’autant plus pitié, ce christ affligé – que les Leuzois appellent aussi « El’Djeu d’Giblot » – que plus grand monde ne semble s’y intéresser.

Même l’urne que les sœurs de Saint-François de Sales venaient régulièrement relever jadis reste désormais désespérément vide. Celle-ci est sertie sur la grille qui protège la statue en bois polychrome. Une grille sur laquelle on peut lire la date de 1681 mais qui ne correspond pas à la date de fabrication de la statue du « Bon Dieu de pitié ». Laquelle aurait été sculptée vraisemblablement au XVI siècle. Par qui ? On l’ignore également.

Ce surnom de « Dieu de Giblot » viendrait de la déformation patoisante de l’appellation « Dieu de Gembloux ».

Un peu avant la première guerre (14-18), Jules Deweert, féru d’histoire locale, a consacré plusieurs articles au rayonnement de l’abbaye de Gembloux dans notre région, dans les revues du cercle d’histoire et d’archéologie d’Ath. Cette abbaye était notamment propriétaire d’une grande partie du village de Tourpes. Or, si l’on en croit Jules Deweert toujours, il est vraisemblable que l’Ecce homo leuzois – qui est bien la copie d’une statue similaire de l’abbaye de Gembloux – se trouvait jadis vers l’ancien cimetière, sur la route du village  de Tourpes. Ancien cimetière que dominait autrefois l’église Saint-Martin aujourd’hui disparue mais dont on retrouve, encore de nos jours, des traces dans le sol du square du même nom.

La chapelle érigée -  sans doute en 1681 selon la date reprise sur la grille qui la protège – au pied de la collégiale comprend d’ailleurs, à sa base, un autel provenant de l’ancienne église Saint-Martin. Un socle en marbre rose frappé de la Croix de Malte.

Nous n’entrerons pas davantage dans l’histoire de cette statue qui conserve précieusement ses mystères. Précisons toutefois que son regard est dirigé vers une charmante petite ruelle située à deux pas de la chapelle et qui porte, elle aussi, le nom de « ruelle du Dieu de Giblot»…

Offrandes oubliées
Si on ignore tout de ses origines, « l’Bon Djé d’pitié » a inspiré un très joli poème à l’auteur patoisant leuzois Georges Jouret décédé à l’âge de 78 ans en 1978.
En voici un court extrait :

« I’est là, captif’è trisse, assis d’sus s’mont d’cayaux.
Parèl à n’in soudôrt, solitère dins s’guérite.
Prisonnier sans espwôr, derrièr’les nwôrs bôraux
De l’vieill’petit’capelle, qui d’puis des ans l’abrite.
I’est là, nu comme in vièrr’, n’ayant fonc pou s’couvri
Alètour de ses reins qu’eun’vieille loque de flânelle.
Jm’ei souvièt qu’tout jeonne, j’souffrî de l’vî eissi
Tout nu pa les grands froids ; co mèt’nant j’ei guerzelle ! »

Il n’y a pas si longtemps encore, des chrétiens – ou pas – venaient déposer des bougies sur les grilles de la chapelle dans l’espoir d’obtenir l’une ou l’autre grâce. Cette pratique a disparu aujourd’hui bien qu’il n’est pas rare de voir les étudiants des écoles proches venir allumer des bougies, mais dans l’église cette fois, et cela, tout particulièrement au moment des examens…