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Une vague d’attentats ciblés pendant le ramadan? «C’est surtout symbolique»

Une vague d’attentats ciblés pendant le ramadan? «C’est surtout symbolique»

Deux attentats ont eu lieu en deux jours, à Orlando et Magnanville. AFP (Illustration)

Les attaques d’Orlando et Magnanville sont-elles les premières d’une longue série encouragée par l’organisation terroriste État islamique (EI) à l’occasion du mois du ramadan? Décryptage avec Didier Leroy, spécialiste des mouvements islamistes.

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Après les Etats-Unis dimanche, c’est au tour de la France d’être victime, ce lundi soir, d’une nouvelle attaque présumée terroriste. Selon Mathieu Guidère, spécialiste du monde arabe et musulman interviewé ce mardi matin sur «France Info», «Orlando apparaît comme le signal de départ d’une série d’attentats ciblés» encouragés par l’État islamique à l’occasion du ramadan. Un point de vue que nuance Didier Leroy, chercheur à l’Ecole royale militaire (ERM) et assistant à l’Université libre de Bruxelles (ULB) spécialisé dans l’étude des mouvements islamistes.

«Bien que l’enquête doit encore prouver que les massacres d’Orlando et Magnanville soient liés à Daech, les premiers éléments dévoilés jusqu’à présent par les autorités semblent indiquer que les tueurs étaient de jeunes sympathisants de la cause islamiste, note Didier Leroy. Sachant cela, ça ne coûte rien à l’État islamique de revendiquer ces attaques afin de se les approprier. Cela sert leur cause et nourrit leur discours en quelque sorte: c’est de la récupération. De là à dire que c’est l’EI qui est directement derrière ces tueries, c’est moins évident...»

Parce que les attaques d’Orlando et Magnanville ne sont pas aussi structurées que celles de Paris ou Bruxelles et qu’elles ont nécessité moins de «savoir-faire», il y a fort à parier qu’elles sont l’œuvre d’individus isolés. «Daech laisse beaucoup de latitude à ses membres subalternes, souligne Didier Leroy. L’ampleur et la cible de certaines tueries dépendent surtout de la frustration de ces personnes qui se sentent appartenir au projet de l’EI.»

Pas le premier appel du genre

«Selon moi, on sous-estime le facteur psychologique des tueurs, poursuit le spécialiste des mouvements islamistes. En plus des facteurs socio-économiques ou religieux, la radicalisation de ces jeunes dépend aussi de leur fragilité psychologique: tout le monde ne fait pas allégeance à l’État islamique parce qu’il est musulman, Arabe ou qu’il habite Molenbeek. S’ils sont radicalisés, c’est parce qu’ils manquent de repères et qu’ils sont endoctrinés dans des mosquées officieuses, en milieu carcérale ou sur internet.» Un discours qui trouve écho aux Etats-Unis dans les dernières déclarations du chef du FBI, James Comey, dont la conviction est que le tueur d’Orlando a été «radicalisé» en partie sur internet.

Reste que les deux dernières attaques revendiquées par Daech se sont déroulées à quelques heures d’intervalle, au début du ramadan, comme suggéré dans un enregistrement posté à la fin du mois de mai par l’organisation terroriste. «Le ramadan est très symbolique pour les musulmans, c’est une des périodes les plus importantes de l’année, note Didier Leroy. Du coup, ça peut sans doute rendre plus nerveux les sympathisants de l’EI les plus fragiles.» De là à penser qu’une vague d’attentats touchera bientôt les pays membres de la coalition internationale, le chercheur universitaire se montre plus prudent. «Ce n’est pas la première fois que Daech lance ce type d'appel. Il y aura encore certainement des projets d’attentats, que ce soit pendant le ramadan ou pas.»