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Médocs, solitude et dépendance: «Je suis le cycliste masqué», la «vraie vie» des coureurs

Médocs, solitude et dépendance: «Je suis le cycliste masqué», la «vraie vie» des coureurs

Antoine Vayer, co-auteur de «Je suis le cycliste masqué», milite pour un cyclisme plus propre. YouTube

Quand l’un des visages les plus connus de la lutte antidopage se fait le porte-parole d’un cycliste professionnel sans tabou, ça donne plus de 250 pages d’un récit souvent explosif mais toujours authentique. Entre vérités dérangeantes et espoirs, «le cycliste masqué» dresse un portrait sans concession du peloton et de ses suiveurs.

Porte-parole de la lutte antidopage, Antoine Vayer, aussi connu pour avoir été l’entraîneur de l’équipe Festina jusqu’en 1998, lance un nouveau pavé dans la mare à quelques semaines du Tour de France grâce à un livre intitulé «Je suis le cycliste masqué».

Fruit d’une collaboration de plusieurs mois avec un cycliste pro toujours en activité «mais qui ne pouvait pas s’exprimer à visage découvert sans risquer de se suicider professionnellement», l’ouvrage d’Antoine Vayer éclaire le grand public sur la «vraie vie» du peloton. «Le coureur que j’ai rencontré souhaitait surtout faire connaître son quotidien à travers ce livre, explique le professeur d’EPS. Il voulait qu’on fasse une photo de ce qu’est la vie d’un cycliste en 2016, avec l’impact que sa passion pour le vélo peut avoir sur celle-ci.» Une vie qui, en résumé, n’est pas si drôle que ça...

«Comme l’explique bien «le cycliste masqué», presque la totalité des coureurs actuels subissent leur vie: ils aimeraient être au centre des préoccupations mais ils se rendent compte que ce n’est pas le cas, note Antoine Vayer. Le plus souvent, ils se sentent seuls et dénigrés par le grand public. Ils ont beau être une cinquantaine, staff compris, dans une équipe, ces sportifs ne peuvent quasiment jamais se confier à quelqu’un.»

Parce que c’est mal vu d’exprimer ses émotions, parce qu’ils ont peur de paraître faibles ou d’être déconsidérés, parce qu’ils craignent un retour de bâton, les coureurs ne peuvent souvent compter que sur une personne: leur femme.

Dans un milieu extrêmement concurrentiel, «Je suis le cycliste masqué» confirme qu’un entourage solide et lucide joue un rôle clé dans la réussite d’une carrière. Sans soutien, impossible de tenir le coup, même pour les meilleurs. Le tragique destin de Franck Vandenbroucke étant l’exemple le plus frappant de cette vérité.

Pointant aussi du doigt un milieu qui ne vit plus essentiellement que pour le pognon - «Aujourd’hui, les coureurs ne considèrent plus le vélo comme un rêve de gosse mais bien comme un métier où tout se monnaie ou presque», note d’ailleurs Antoine Vayer -, «le cycliste masqué» étonne peut-être plus encore lorsqu’il évoque les 70 médicaments qu’un pro peut avaler par jour durant un grand Tour.

«Ce qu’on apprend en lisant les anecdotes de ce coureur, c’est qu’ils sont finalement très peu à vouloir tricher d’emblée, souligne l’ancien entraîneur de Christophe Bassons et Jérôme Chiotti. À la base, ces gars-là veulent simplement faire du sport. Ils ne veulent pas passer leur vie dans une pharmacie! Mais comme ils sont influencés par l’encadrement médical des équipes qui leur proposent constamment des «mixtures» et qu’il existe toujours une certaine permissivité dans le milieu, ils se laissent tenter. Et c’est assez humain...»

Une lutte antidopage inefficace, un président de l’UCI «pas assez présent pour les coureurs», une génération 98 toujours omniprésente dans le peloton... «Le cycliste masqué» taille quelques costards et n’hésite pas à partager son vécu sur quelques sujets sensibles comme le dopage mécanique. «Même s’il reste assez discret, il m’a assuré qu’il avait déjà essayé les vélos électriques en 2011, confie Antoine Vayer. Il n’a pas voulu en utiliser durant sa carrière mais il m’a clairement dit que ça existait et que ce sont même les grands équipementiers qui les abordent.»

Tous pourris dans le cyclisme moderne? «Non», assure «le cycliste masqué». Entre la nouvelle génération, moins ébranlée par les affaires Festina et Armstrong, et la mondialisation du peloton qui fait évoluer les mentalités, les raisons de croire en une «vélorution» existent. Ouf !

«Je suis le cycliste masqué», Hugo Sport, 256 p.