L'ÉDITO PAR THIERRY DUPIÈREUX

L’État et le chaos

L’État et le chaos

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L’État est-il soluble dans le chaos? Cette question pourrait se poser après lecture d’un article écrit par Jean Quatremer dans Libération.

Son sujet d’étude: la Belgique. Avec un constat sans appel: «Qui oserait nier que la Belgique a touché le fond et qu’elle est dirigée par des politiciens qui ont perdu tout sens de l’État, trop préoccupés qu’ils sont à accroître leurs prébendes locales? »En gros, le correspondant de Libération à Bruxelles estime que les extrémistes flamands vont parvenir à leur but, démontrer la faillite de l’État central et accélérer son évaporation. Et de lier tout cela aux attentats: «Les terroristes de tout poil peuvent se frotter les mains: quoi de mieux qu’une absence d’État pour prospérer? » Est-ce mieux pour autant en France, patrie de Quatremer? Sur le site du Figaro, Alexis Théa, présenté comme juriste et universitaire, s’inquiète de l’État français. S’épuisant dans un type de démonstration très prisé par des sites identitaires comme Français de souche, l’homme fustige en vrac les syndicalistes, les anarchistes, les bobos parisiens. Il se focalise aussi sur les migrants, les gens du voyage, etc. Et voilà qu’au détour d’un paragraphe déboule un constat un peu similaire à celui de Jean Quatremer: «Plus la société se désagrège dans la violence et l’anarchie, et plus les dirigeants paraissent s’agripper à leurs fonctions et à leurs mandats dans l’obsession d’en profiter le plus longtemps possible. » Tout cela génère un profond malaise. C’est comme si le chaos dans lequel on était plongé se transformait en une fatalité que les responsables politiques ne parviennent plus à gérer de façon responsable. Le plus inquiétant, là-dedans, c’est que le vacarme produit par ce désordre général empêche des réflexions intelligentes et sereines. Le consensus n’est plus de mise, favorisant l’émergence d’extrêmes prêts à utiliser la violence et à brider nos libertés pour exprimer, imposer leurs opinions. Nos démocraties à l’épreuve du terrorisme et de la crise migratoire, mais aussi des grandes iniquités mondiales, ont l’extrême faiblesse de ne pas se réinventer. Il faut se ressaisir. Le chaos n’est bon que pour les semeurs de troubles et ceux qui privilégient la force à l’intelligence, la dictature au débat. Définitivement, les États doivent penser global, agir de concert pour contrer une dangereuse dérive et faire mentir les oiseaux de mauvaise augure.