Un tournoi des sans-abri à l’abri des regards à Tournai

Un tournoi des sans-abri à l’abri des regards à Tournai

«Je vous attends nombreux à notre tournoi national le mercredi 27 avril… sur le terrain du Hall des Sports!» Com

«Je vous propose un bref résumé de mon histoire…», écrit Mickaël dans un courrier des lecteurs notamment pour regretter l’attitude de la Ville de Tournai.

Moi, Mickaël, 38 ans, sans-abri, joueur de l’équipe Homeless de Tournai…

Voilà ce que j’entends lorsqu’on définit un «sans-abri»:

«Une personne alcoolique, droguée, sans-papiers ou réfugiée, un mendiant agressif et violent, qui refuse toute aide, tout accompagnement. Une personne qui vit au crochet de l’État, qui ne veut pas travailler. L’hygiène est le cadet de ses soucis…»

Préjugés, mentalités erronées qui ne reflètent pas la réalité quotidienne du plus grand nombre de sans-abri!

Je vous propose un résumé de mon histoire…

Originaire de La Louvière, je vis une enfance somme toute classique. Adulte, je deviens dépendant… aux jeux. Cette addiction me conduit à commettre des vols. Je m’endette, je ne peux plus assurer le paiement de mon loyer, mes factures courantes.

Je suis certain que, dans chaque famille, ce genre de problématique existe. Me concernant, je n’ai pas eu le soutien adéquat et je me suis enfoncé davantage dans la précarité.

Aujourd’hui, j’ai payé ma dette à la société, je me reconstruis avec l’appui de mes éducateurs au sein du centre d’accueil «Aux Chênes de Mambré». J’ai suivi différentes formations dans le domaine de la cuisine, formations qui ont débouché sur des contrats de travail. Reprendre une vie autonome, j’y pense mais cela reste une angoisse pour moi…

Depuis deux ans, je participe au projet «Homeless Cup». Ce projet est une compétition pour les sans-abri et les sans chez soi de Belgique. Autour de la pratique du football, j’ai pu développer des valeurs importantes telles que la solidarité, la motivation, la confiance en moi. Établir un lien, échanger sur nos difficultés quotidiennes, rencontrer des personnes d’horizons différents, c’est ce que j’aime dans cette initiative. Et puis, le sport me permet d’améliorer ma condition physique.

Grâce à ce projet, j’ai pu visiter les installations de Sclessin, à Liège et jouer sur l’un de leurs terrains annexes. À Gand, le tournoi s’est déroulé dans le centre-ville avec la découverte du Stade Ghelamco Arena.

L’année passée, le staff de Tournai m’a annoncé qu’un tournoi national aurait lieu dans notre ville: l’occasion pour moi et mon équipe de représenter les couleurs tournaisiennes mais aussi de discuter de la problématique du «sans-abrisme», d’évoquer les amalgames, d’interpeller la presse. Être sans-abri n’est pas une réalité hivernale mais annuelle!

Ce tournoi, annoncé sur la Grand-Place de Tournai dans la gazette, était l’occasion de réunir tous les facteurs précédemment énoncés, de faire une fête autour de la pratique du football.

Malheureusement, à un mois de la compétition, des réactions de certains commerçants, combinées à une volte-face des politiques contraignent nos éducateurs à délocaliser l’événement sur le terrain synthétique du Hall des sports. Les différentes alternatives proposées comme la Place Crombez ont été refusées.

Pourquoi bloquer les rues, pendant deux jours, pour un Tournoi Homeless? pour ces gens-là?

Depuis bien longtemps, je ne crois plus à la politique, de droite comme de gauche, dans les domaines liés à l’emploi, au logement… Naïvement, lors d’une manifestation Homeless organisée en septembre dernier, la présence de la presse locale, des politiques, des photographes, des beaux discours ont fait, qu’un bref instant, j’ai cru aux promesses faites!

À Tournai, le tournoi des sans-abri doit être à l’abri des regards tandis qu’à Bruges, le Club de Bruges a proposé à ses fans de passer la nuit au stade Jan Breydel afin de récolter des fonds pour SON équipe Homeless… Quel gouffre au niveau des mentalités!

Et lorsque je vois le règlement sur la mendicité pris par les pouvoirs politiques tournaisiens, faire de quelques cas isolés une généralité, je me dis qu’ils ne connaissent en rien notre quotidien….

Moi, Mickaël, 38 ans, joueur de l’équipe Homeless de Tournai, je suis fier de participer à ce projet et je vous attends nombreux à notre tournoi national le mercredi 27 avril… sur le terrain synthétique du Hall des Sports….


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