Huy

11 personnes exclues de la centrale nucléaire de Tihange: «Je ne saurais pas vous dire s'il y avait un réel danger»

 11 personnes exclues de la centrale nucléaire de Tihange: «Je ne saurais pas vous dire s'il y avait un réel danger»

Des mesures de sécurité ont été prises pour assurer le site de la centrale nucléaire de Tihange. Heymans

Onze accréditations ont été retirées à des personnes travaillant à la centrale nucléaire. Le bourgmestre de Huy l'avoue: «Je ne saurais pas vous dire s'il y avait un réel danger qui justifie qu'ils ont été écartés».

Plusieurs travailleurs de la centrale nucléaire de Tihange ont été privés de leur habilitation. Et cela, deux jours après les attentats de Bruxelles. Y a-t-il un lien de cause à effet? Difficile de ne pas le penser. Mardi soir, au conseil communal de Huy, l'écolo Rodrigue Demeuse a posé la question. Onze travailleurs qui se voient privés de leur badge d'accès au site, c'est interpellant. Sept d'entre eux l'ont été dans la foulée de la fusillade de Forest du 15 mars, quatre autres suite aux attentats du 22 mars.« On sait que les centrales nucléaires sont des cibles potentielles pour des actes terroristes », a noté le conseiller écolo.

Depuis plusieurs semaines d'ailleurs, l'armée a déployé ses hommes pour en assurer la surveillance. Les frères El Bakraoui, auteurs des attentats de Bruxelles, ont ainsi surveillé les allées et venues d'un responsable du centre nucléaire de Mol. Et « plusieurs études démontrent que les sites nucléaires sont malheureusement vulnérables». Le 18 mars, Electrabel et l'AFCN, l'agence fédérale de contrôle nucléaire, ont rencontré les conseillers communaux hutois. "Ils ont apporté par mal d'informations instructives mais ils se sont bien gardés d'évoquer le retrait des habilitations qui avaient déjà eu lieu.»

Alors? Quelles sont les raisons de ces retraits d'habilitation? Ont-ils un lien avec les attentats de Bruxelles? Ces personnes représentaient-elles un danger pour la centrale nucléaire? En d'autres termes, «une menace terroriste particulière pèse-t-elle sur la centrale nucléaire de Tihange»?

Des réponses, le bourgmestre Christophe Collignon en avait, même s'il a prévenu qu'il ne pouvait pas tout dévoiler. Le sujet nécessite une certaine réserve qu'il veut respecter. Déjà, « ce n'est pas moi qui décide le niveau de la menace en Belgique. C'est l'OCAM qui s'en charge et qui fait rapport au gouvernement fédéral ». Dans un premier temps, les sites nucléaires n'ont d'ailleurs pas été retenus comme « sites particulièrement visés mais le risque zéro n'existe pas non plus». C'est d'ailleurs ce qui a justifié le premier refus à la demande d'une présence militaire sur le site de la centrale nucléaire. Lorsqu'on a appris que le directeur de Mol avait été pisté, « il s'est dit que peut-être, les sites nucléaires étaient potentiellement des sites visés». Depuis, l'armée a déployé des militaires à Tihange et le Kern a décidé de la création d'un corps de police spécialisé. Le bourgmestre Collignon se veut rassurant: « il ne faut pas dramatiser. Il y a un effet positif à tout cela: des mesures ont été prises et la sécurité est optimale ».

Il y a quand même ces 11 accréditations retirées à des personnes qui travaillent sur le site nucléaire. «Tous les jours, on retire des accréditations, affirme le bourgmestre. Il suffit que quelqu'un n'ait plus la cetification nécessaire, qu'il n'ait plus un casier vierge car il vient d'être condamné pour un fait de roulage par exemple.» Le discours du même bourgmestre était pourtant moins rassurant lorsque nous l'avions interrogé le 24 mars dernier : « Des retraits de badges, ça arrive parfois. Mais ici, le nombre est important et nous ne savons pas si c’est lié à l’enquête. Le chef de corps de la police de Huy et moi-même devrions quand même être informés.»

 

2 employés d'Electrabel, 5 sous-traitants mais les 4 autres ?

 

Y a-t-il un lien entre ces onze retraits d'autorisation et les attentats ? «On n'a pas l'information, mais on n'a pas la contre-information non plus.» Tout ce que le bourgmestre Christophe Collignon sait, ou a bien voulu dire, c'est que deux de ces personnes étaient directement employées par Electrabel et cinq l'étaient par des entreprises sous-traitantes. Et les quatre autres? "Le bourgmestre n'en sait rien. Ou il a l'info et il ne veut pas le dire...», expliquait, ce matin, après réflexion le conseiller Rodrigue Demeuse.

Hier soir, le bourgmestre l'a dit et redit: «il ne faut pas générer un sentiment d'insécurité dans la population. Les mesures qu'on devait prendre l'ont été.» Il a néanmoins ajouté: «Je ne saurais pas vous dire s'il y avait un réel danger qui justifie qu'ils ont été écartés...»

 

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