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La démission de Joëlle Milquet est une « source d’inquiétude » pour le Pacte d’excellence

La démission de Joëlle Milquet est une « source d’inquiétude » pour le Pacte d’excellence

Illustration BELGA

Eugène Ernst, de la CSC-Enseignement, voit dans la démission surprise de la ministre de l’Education, Joëlle Milquet, une «source d’inquiétude», notamment pour la conclusion du Pacte pour enseignement d’excellence qu’elle a initié.

«Qui va manœuvrer cet énorme paquebot maintenant? C’est une source de beaucoup d’inquiétude», a-t-il commenté lundi interrogé par Belga, pointant l’investissement important des acteurs dans ce vaste projet de réforme de l’enseignement francophone.

Outre le Pacte, Eugène Ernst redoute également d’autres effets à court terme de cet «entre deux» provoqué par le départ de la ministre.

Notamment pour la mise en œuvre du cours de citoyenneté dès septembre prochain. «Beaucoup de profs de religions de morale attendent toujours de savoir à quelle sauce ils seront mangés à la rentrée», fait-il valoir.

Un autre dossier nécessite aussi des arbitrages urgents, à savoir la réforme de la grille horaire dans le secondaire technique et professionnel.

La précédente majorité avait décidé d’augmenter la formation générale dans ces filières aux dépens de la formation technique. L’application est prévue en septembre prochain, avec des conséquences sur la charge horaire des enseignants des cours techniques et professionnels.

«Beaucoup craignent de perdre leur emploi et (avec le départ de Joëlle Milquet) il faudra ici aussi encore patienter. La ministre s’était toutefois engagée à ne laisser personne en rade…», assure Eugène Ernst qui attend maintenant de connaître le nom du successeur de Joëlle Milquet.

Mais pour lui, «quelle que soit la personne, reprendre le dossier de l’enseignement après Joëlle Milquet ne sera pas chose aisée…».

Le SeGEC rend hommage à la «capacité de travail et de courage» de Joëlle Milquet

Le Secrétariat général de l’enseignement catholique (SeGEC), qui chapeaute l’ensemble des écoles catholiques en Fédération Wallonie-Bruxelles, a salué la personnalité de Joëlle Milquet qui a annoncé lundi sa démission après son inculpation.

Dans un entretien avec Belga, son directeur, Étienne Michel, a rendu hommage à «la capacité de travail et de courage ainsi que les excellentes intuitions» de l’ancienne ministre de l’Education.

«C’est quelqu’un avec qui on a toujours fini par s’accorder», a ajouté M. Michel qui avait pourtant eu des mots durs, fin 2015, face au projet de la ministre de renforcer le pilotage des écoles jugées sous-performantes.

A l’inverse d’autres acteurs de l’enseignement, le directeur du SeGEC n’est pas particulièrement inquiet de ce départ pour l’avenir du Pacte pour un enseignement d’excellence, ce vaste chantier de réforme lancé par la ministre Milquet et que son successeur devrait, selon lui, poursuivre.

«Le Pacte a déjà délivré un certain nombre de résultats. Nous sommes maintenant dans la phase finale avec encore des réunions cette semaine pour se mettre d’accord sur un projet d’avis de synthèse», a-t-il confié.

Joëlle Milquet était devenue ministre de l’Education à l’été 2014, soit un peu moins de deux ans d’exercice. Mais selon Étienne Michel, elle aura, au long de sa carrière politique, posé plusieurs actes significatifs en matière d’enseignement.

«En tant que présidente du PSC, c’est elle qui a négocié, alors qu’elle était dans l’opposition, les accords de la Saint-Boniface en 2001, qui ont permis le refinancement des pouvoirs organisateurs de l’enseignement à hauteur de 30%, ce qui a alors permis d’assurer la survie d’un certain nombre d’écoles fondamentales», loue Étienne Michel.

Selon son analyse, elle a aussi usé de son influence politique pour pousser à la création de nouvelles places scolaires à Bruxelles afin de faire face au boom démographique dans la capitale.

«Elle a très bien et très vite compris que la problématique des inscriptions ne se résoudrait pas seulement avec des décrets», décrypte M. Michel.

Enfin, le directeur du SeGEC lui sait gré d’être intervenue pour permettre aux fédérations des pouvoirs organisateurs d’entrer à la table des négociations sectorielles de l’enseignement, jusque là occupées par les seuls syndicats enseignants et le gouvernement.

CECP: «Ce n’est pas une bonne nouvelle»

Le Conseil de l’Enseignement des Communes et des Provinces (CECP), qui regroupe notamment tous les pouvoirs organisateurs des écoles fondamentales communales et provinciales de la Fédération, a accueilli avec regret le départ de la ministre Joëlle Milquet, qui a annoncé sa démission lundi.

«C’est une annonce que l’on n’avait pas envie de recevoir», a réagi sa secrétaire générale, Fanny Constant, interrogée par Belga.

«Ce n’est pas une bonne nouvelle», pointant «la force de travail et le tempérament» de Mme Milquet, engagée de manière «constructive dans une dynamique de changement» pour l’enseignement.

«C’est un personnage de premier plan qui s’écarte. Il va falloir à présent que quelqu’un reprenne les commandes avec le même talent pour fédérer tous les acteurs», poursuit Mme Constant qui espère que son successeur aura la même conviction «à faire bouger les choses».

«Même si nous n’étions pas d’accord sur tout, la relation avec Joëlle Milquet était excellente. Nous avions un partenaire de dialogue et un climat de confiance et d’écoute mutuelle s’était installé».

Selon la secrétaire de la CECP, la succession de Joëlle Milquet s’annonce difficile, le secteur de l’enseignement, très complexe, étant «difficile à embrasser». Sans compter l’ampleur des différents chantiers lancés.

«Ce costume de ministre de l’Education était en fait taillé pour Joëlle Milquet, et pas quelqu’un d’autre».

A l’instar des autres acteurs de l’enseignement, Fanny Constant attend maintenant de connaître son successeur.

«J’espère que ce sera quelqu’un d’aussi convaincu, capable de se faire entendre et de porter un projet. J’espère que ce successeur n’aura pas une carapace trop fine pour pouvoir apporter les réformes dont l’enseignement a besoin».

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