BRUXELLES

Au-delà de la crispation, Mayeur demande des rapports sur les incidents de la Bourse

Au-delà de la crispation, Mayeur demande des rapports sur les incidents de la Bourse

Deux visages qui cristallisent les tensions entre la police d’une part et les militants des droits de l’homme d’autre part. YouTube

La Bourse a de nouveau été le terrain de jeu peu glorieux d’oppositions «musclées» entre police et citoyens ce samedi. Alors que les manifs étaient interdites partout dans Bruxelles, des arrestations médiatisées mettent le feu aux poudres. Yvan Mayeur a demandé une enquête.

Un rassemblement pacifiste, une intervention policière décidée, une arrestation médiatique et médiatisée: tous les ingrédients étaient réunis ce samedi pour que naisse la polémique. Qui n’a pas manqué de rebondir sur les plateaux télé ce week-end, chez les Décodeurs de la RTBF notamment.

Au surlendemain des incidents, les discussions se cristallisent autour de deux personnalités. D’une part, le Président de la Ligue des Droits de l’Homme Alexis Deswaef, qui estime avoir été arrêté « pour l’exemple » et dénonce « une volonté d’humilier ». Et de l’autre, le commissaire Pierre Vandersmissen, habituel responsable de l’encadrement des manifs sur le territoire bruxellois. Ses opposants lui reprochent «deux poids, deux mesures» dans l’encadrement «complaisant» de la sortie extrémiste du 27 mars puis plus «musclé» du 2 avril, donc.

 

 

Sur les réseaux, sociaux, chaque camp déroule ses arguments. Une page (d’origine indéterminée) a été créée qui demande la démission du commissaire en question. Elle réunissait 1500 membres ce 4 avril à 13h et multiplie les posts relatifs à ce qu’elle considère comme des «violences policières». De l’autre, un groupe fermé administré par deux internautes est né qui prend la défense du responsable de terrain à la tête du déploiement policier du 2 avril. Ce groupe rassemblait 3200 membres ce même 4 avril à 13h.

Était-ce une «manifestation»?

Au-delà de la crispation, au-delà de l’émotion, que s’est-il passé à la Bourse ce week-end? Ce qu’on sait, c’est que l’arrêté pris vendredi par le Ministre-Président bruxellois Rudi Vervoort dans la foulée de ceux des bourgmestres de Molenbeek et Bruxelles s’appliquait explicitement à la manifestation «identitaire» prévue non pas à la Bourse mais à Molenbeek et, dans le même texte, aux éventuelles contre-manifestations. Ces interdictions portaient sur tout le territoire de la Région. Il s’agissait par là d’éviter que se répète l’indigeste incident néonazi de la semaine précédente, jamais jugulée par la police et qui, après quelques bras tendus au-dessus des bougies de la Bourse, s’est éteint dans les éclaboussures des autopompes.

Dès lors, l’intervention policière était-elle nécessaire ce week-end? Était-elle justifiée? En d’autres termes: le rassemblement citoyen de samedi est-il assimilable à une manifestation, alors que les marches du monument sont prises d’assaut depuis les attentats pour recueillir les hommages aux victimes? Ce n’est en tout cas pas l’avis d’Yvan Mayeur (lire ci-dessous).

Dès lors, assiste-t-on dans la Capitale à la douce dérive vers une police plus répressive? Ou bien la présence de militants à la Bourse doit-elle être assimilée à une «provocation» à laquelle la police n’a fait que répondre? L’enquête, d’ores et déjà demandée par le Bourgmestre de Bruxelles, devra le déterminer.

 

«Quand je prends un arrêté, ma police doit le respecter»

Le Bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur (PS) s’est indigné ce lundi 4 avril dans la presse flamande de la façon dont la police a géré les rassemblements citoyens de la Bourse ce dernier week-end. «L’interdiction de manifester ne portait que sur les rassemblements d’extrême droite. Je ne comprends pas pourquoi il y a eu autant d’arrestations administratives. Quand je prends un arrêté communal, ma police doit le respecter. Point».

Fabrice Voogt, vous êtes porte-parole du Bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur. S’agissait-il d’une manifestation ce samedi à la Bourse?

Selon ce qu’il en a vu, le Bourgmestre ne pense pas qu’on puisse parler ici d’une «manifestation» ni d’une «contre-manifestation». C’est pourquoi il s’est inquiété des circonstances de l’intervention policière. Il n’est pas question ici de savoir s’il s’agissait de militants de droite ou de gauche.

Quelles seront les suites?

Yvan Mayeur a écrit au chef de corps de la zone Bruxelles-Ixelles Guido Van Wymersch pour demander des rapports circonstanciés sur les deux événements qui posent question: la manifestation de l’extrême droite (le 27 mars) et l’intervention policière à la Bourse ce 2 avril.

Ce n’est donc pas le Bourgmestre qui a souhaité cette intervention samedi?

S’il s’interroge, j’imagine que les ordres ne venaient pas de lui.

Est-ce Yvan Mayeur qui a expressément demandé la libération d’Alexis Deswaef, comme ce dernier l’affirme?

Je ne peux pas confirmer mais le Bourgmestre n’a pas démenti cette information.

Peut-on parler, comme n’hésitent pas à le faire certains commentateurs et citoyens présents, de «deux poids, deux mesures» de la part de la police, envers l’extrême droite puis envers les pacifistes?

Le Bourgmestre n’évoque pas «deux poids, deux mesures» pour l’instant. Il exige cependant la clarté sur les interventions successives. Il réserve donc sa réponse.

 

«60% de militants d’extrême gauche»

Dans De Standaard, la zone de police Bruxelles-Ixelles répond au Bourgmestre Mayeur par la voix de son porte -parole Christian De Coninck. L’interprétation de l’arrêté de vendredi semble différente dans le chef de la police.

«L’interdiction valait pour toute manifestation et rassemblement en lien avec le 22 mars. Nous avons arrêté ceux qui ont contrevenu à ces recommandations. Ça s’est passé correctement. Des 140 arrestations effectuées à Molenbeek et à la Bourse, quelque 60% étaient des militants d’extrême gauche».

Le quotidien néerlandophone précise que De Coninck «ne croit pas à la simple présence pacifiste de riverains». «Nous avons intercepté des SMS qui appelaient à une contre-manifestation», assure le porte-parole. Le Président de la Ligue des Droits de l’Homme Alexis Deswaef reconnaît la paternité de ces SMS. «Comme les JOC et la FGTB, nous ne voulions pas laisser la rue à l’extrême droite», plaide ce dernier.


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