CYCLISME

Antoine Demoitié ne doit pas être mort pour rien

Antoine Demoitié ne doit pas être mort pour rien

Antoine Demoitié a payé de sa vie sa passion pour un métier qui lui procurait un maximum de satisfactions. BELGA

Le décès d’Antoine Demoitié à Wevelgem repose la question de la sécurité des coureurs, alors que c’est la dignité qui a cours dans son équipe.

On dira, encore une fois, que c’est la faute à la fatalité. Antoine Demoitié, grand espoir du cyclisme wallon (il habitait à Nandrin) a chuté sur Gand-Wevelgem, dimanche, et c’est une moto qui n’a pu l’éviter. Grièvement blessé à la tête, Antoine a été hospitalisé à Lille où les soins prodigués se sont révélés inefficaces.

Hier à La Panne, son équipe Wanty-Gobert, inscrite aux Trois Jours de la course éponyme, ne s’est pas présentée à la permanence. En d’autres mots, elle a déclaré forfait pour cette course par étapes.

Mais elle avait surtout la dignité de ne parler que de l’accident et de ne pas, déjà, polémiquer sur la sécurité des coureurs et sur le rôle des véhicules, autos ou motos en course, pourtant chargés… de protéger le peloton.

«Nous aurons bien le temps de parler sécurité plus tard, sans doute en convoquant une réunion avec les équipes, les organisateurs, sous l’égide de l’UCI », a confirmé Jean-François Bourlard, le manager de l’équipe Wanty.

Hier, le plus affecté était sans nul doute Hilaire Van Der Schueren, le directeur sportif qui officiait sur Wevelgem… et qui en a pourtant vu d’autres. Mais il n’a pu s’empêcher de sangloter en apportant son douloureux témoignage.

« Antoine m’a appelé à la radio pour des bidons, c’est la dernière fois que j’ai entendu sa voix… Puis j’ai été appelé pour remonter dans le second groupe. J’ai demandé au commissaire si je pouvais passer et c’est à ce moment-là que s’est produit l’accident. Notre mécanicien fut le premier à aller voir et m’a directement appelé. À ce moment-là, j’ai pensé qu’Antoine était mort, mais l’ambulance est arrivée très vite et l’hélicoptère d’urgence l’a tout de suite emmené à Lille. Il restait de l’espoir jusqu’à ce que l’organisation me demande l’adresse de la femme et de la famille d’Antoine.»

«À 21h, il était encore en vie, poursuit Hilaire. On est allé à l’hosto après la course, son papa nous a dit que c’était sans espoir. La presse est allée un peu vite pour annoncer son décès, notamment via les réseaux sociaux. Antoine a été déclaré officiellement mort après minuit.»

Du coup, le porte-parole des coureurs de l’équipe, Roy Jans, après concertation avec ses équipiers, a annoncé la décision de faire l’impasse sur les Trois Jours de La Panne. «Tant qu’il y avait de la vie, il restait de l’espoir, disait Roy. Mais ce matin (hier), c’était fini… Nous avons décidé que La Panne arrivait trop tôt. Nous n’avons pas la tête à la course et nous avons besoin de temps pour d’abord réaliser et ensuite digérer la nouvelle.»

Un don d’organes

Et si on parle de dignité dans cette tragédie, la famille d’Antoine y a contribué également. En décidant que la mort de leur fils pouvait aussi aider les autres, par un don d’organes.

Au-delà des réactions courroucées et parfois lapidaires de certains, il est un fait que le décès d’Antoine Demoitié doit désormais inciter tous les acteurs du cyclisme à œuvrer concrètement (les déclarations d’intention et les condoléances, elles viennent automatiquement) pour que pareil accident ne se reproduise plus.

On sait que le risque zéro n’existe pas et le nombre de coureurs tués en course, ou renversés par des véhicules, même à l’entraînement, est en augmentation. La balle est dans le camp de l’UCI.

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