LETTRES

Sécurité : « à cette sécurité-là / messieurs dames qui pour nous gouvernez / je n’y crois pas »

C’est un texte cruellement d’actualité où l’obsession de la sécurité est raillée. Ce sont des mots qui replacent une autre sécurité (celle que l’on dit «sociale») au centre des priorités. Laurence Vielle, poétesse nationale, livre une deuxième fulgurance littéraire très en verve après son intronisation survenue en janvier dernier. Écriture chantante, musique des mots, l’art de l’écrivaine sonne à l’oreille comme il stimule les neurones.

sécurité

tranquillité

d’esprit

donnez-moi un peu de

tranquillité d’esprit

messieurs dames sans état d’âme

moi j’ai besoin

d’un toit

de quoi manger pour mes enfants

des soins et peut-être un

jardin à cultiver

nommez dans mon pays

un ministre au bonheur

pour ma sécu/sérénité

et coeur ouvert à l’autre

et voyager aussi

guetter biches et nuages

des chemins pour marcher

relier sans boucan

des bancs jolis pour se parler

des arbres à nos côtés

pour nous pousser à demeurer

apprenez-moi musique

apprenez-moi poèmes

avivez nos désirs

de beauté

vous dites chaque jour

«il faut oser encore

faire des économies

le coût de la sécu

il ne fait que grimper

arrêtons cette hausse»

et la sociale sécurité

qui partage bien-être

pour tous, forts et fragiles

qui porte paix à l’âme

s’étrique encore un peu

tandis que meurt de froid

un homme dans ma cité

l’autre sécurité

vous nous la brandissez

tanks tanks sur nos pavés

«citoyennes citoyens

pour votre bien nous débloquons

millions millions d’euros

sécu sécucu sécurrr

sécuritétététététété tétététététététété

c’est pour votre sécucurrritétététététététété»

père mère toute la famille

devant télé a peur

reste chez soi

à cette sécurité-là

messieurs dames qui pour nous gouvernez

je n’y crois pas

 

© Photo : Manon Walkise