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Vincent Glowinski, des fresques XL de Bonom au théâtre XS

Vincent Glowinski, des fresques XL de Bonom au théâtre XS

Vincent Glowinski dans la forêt qu’il a fait pousser au Botanique. EdA - J. R.

Vincent Glowinski est l’une des têtes d’affiche du XS Festival, ce week-end au Théâtre National. Son nom ne vous dit peut-être rien mais il est l’un des chefs décorateurs les plus admirés de Bruxelles, derrière son masque de Bonom...

À Bruxelles, tout le monde connaît Bonom. Ou en tout cas, tout le monde connaît ses fresques, âmes hantées perchées à gros traits noirs et blancs sur les murs aveugles. Par contre, peu de Bruxellois connaissent déjà Vincent Glowinski. Bonom, c’est pourtant lui.

Le masque de ce Spider Man street art est tombé il y a trois ou quatre ans. Après une arrestation. Depuis, Vincent Glowinski travaille à visage découvert. Le personnage de Bonom est un peu mort, mais sa mémoire reste vive. Et sa notoriété ouvre à son marionnettiste des espaces nouveaux où son art resté éphémère, très physique et irrémédiablement lié à la vitesse, virevolte et s’enracine.

Descendu des toits, le Singe Boiteux se réchauffe ainsi auprès de sa maman dans les serres du Botanique. Cette expo matricielle entrechoque ses créatures squelettiques, monstres d’ossements cuirassés échappés des Sciences Naturelles, aux cocons calcaires créés par sa mère. C’est dans cette forêt de granit, survolée d’ombres préhistoriques, que Glowinski lève un voile pour nous sur ses créations scéniques, dont deux extraits secs seront montrés au Festival XS du Théâtre National.

+ XS Festival, Théâtre, Danse, Cirque (22 spectacles courts), 17-19 mars 2016 au Théâtre National et à la Bourse, 15€ (pass 1 jour) - 25€ (pass 3 jours)

+ Vincent Glowinski, Mater Museum, au Museum du Botanique jusqu’au 17/04, de 12h à 20h, 5,50€, 2€ avec un ticket de concert

Vincent Glowinski, des fresques XL de Bonom au théâtre XS
Au Bota, les créatures préhistoriques de cuir de Vincent Glowinski déambulent dans les forêts de calcaire de sa maman, Agnès Debizet. EdA - J. R.

«Peindre dans la rue, c’est se consumer»

Vincent Glowinski, vous passez des murs à la scène. Mais continuez les fresques éphémères. Quel dispositif utilisez-vous pour « Human Brush », où vous dessinez littéralement avec votre corps?

Le spectacle repose sur une captation des mouvements. Ma trajectoire, la trace dans le temps de mes pas, devient l’outil de dessin. Une caméra plafonnée au-dessus de la scène suit mes mouvements et projette l’image sur un écran, en temps réel. J’ai les mains, les bras et les épaules peints en blanc car ce sont les parties du corps qui «dessinent».

Pouvez-vous y «lever» votre crayon ou «effacer» un trait?

Le processus joue sur le temps d’exposition. Je ne peux pas lever mon crayon, non, mais peux augmenter ou diminuer l’intensité du trait par la rapidité des mouvements. Mon complice Jean-François Roversi étalonne alors l’image en temps réel, derrière son ordinateur: il ajoute du contraste, l’équilibre, fond un peu le pinceau si je crame une zone...

Black Light from Vincent G. on Vimeo.

« La Naissance de l’Ombre », l’autre spectacle à voir à XS, est davantage centré sur un processus de dessin plus classique.

Il s’agit là d’un dialogue musique-dessin, en trio avec Teun Verbruggen à la batterie et Jozef Dumoulin au piano. Des deux côtés, c’est de l’impro ou presque. D’un spectacle à l’autre, la trame entraîne des variations. Sur leur musique, je dessinerai par terre, sur une grande surface, à l’encre de Chine ou à la sanguine.

Vincent Glowinski, des fresques XL de Bonom au théâtre XS
La pieuvre des Brigittines vue depuis la rue de Nancy. EdA - J. R.
Depuis le graffiti, la vitesse est omniprésente dans vos créations.

A priori, le dessin est lent à l’œil mais je me plais à travailler rapidement. Bien entendu, il y a une rapidité nécessaire au spectacle. Mais surtout, ce qui m’interroge, c’est le phénomène d’apparition. Pour rendre le dessin puissant, il faut qu’il apparaisse dans un temps court. Comme dans la calligraphie chinoise où la lettre apparaît en un geste.

Vos fresques, leur gigantisme, en appellent aussi à la performance...

Sur le mur, c’est la trace du matériel, de l’outil, qui donne la corpulence à la bête. Donc effectivement, je pense que ce côté «performatif» existait déjà dans le graffiti, qui reste ensuite à lire par le dessin. J’y ai aussi ce positionnement avec le public d’un côté et moi sur une scène qui joue.

Vincent Glowinski, des fresques XL de Bonom au théâtre XS
La fresque érotique de Louise qui a fait beaucoup parler d’elle. EdA - J. R.
Il y a donc quelque chose de très «physique» dans votre art.

Dans les choses rendues publiques, oui. C’est un dessin à l’échelle du corps, où je fais entrer le performer que je suis pour créer un récit entre moi et mon œuvre. On voit mes mains, mon corps, un combat entre la créature et le créateur. Mais je pratique parfois un dessin plus mental. J’ai d’ailleurs des projets de murales pérennes où je veux m’effacer. Je n’abandonne pas ça du tout.

Ça vous demande plus d’efforts?

Sans doute, mais il faut ces moments de recherche plus mentale: je dois travailler cette chape de fond d’un dessin plus approfondi. Cela permet aussi de trouver des automatismes, des raccourcis dans le dessin, qui sont nécessaires pour les performances aussi comme dans « Duo à l’encre », dont est extrait «La Naissance de l’Ombre». Quand je dessine sur mes carnets d’observation, le rythme est d’ailleurs toujours assez lent au départ. Puis le chaos des gestes et l’énervement prennent le dessus quand la main s’échauffe.

Vincent Glowinski, des fresques XL de Bonom au théâtre XS
Le cycliste de la Petite Ceinture vu depuis la rue Berckmans. EdA - J. R.
La fin de l’anonymat a-t-elle bouleversé votre vie?

L’anonymat dans le street art, le personnage de Bonom, il s’est imposé malgré moi. Le voyant venir, je l’ai entretenu. Mes œuvres en ont gagné de la force. Maintenant, si chaque fois que je dessine, on voit une interview de moi sur le net, ça va changer cette perception.

Qu’est-ce qui vous a décidé?

Ce qui m’a freiné, c’est le corps, la fatigue physique, les accidents sans doute dus à une vie excessive, l’arrestation. Il a fallu que je me remette d’aplomb. Peindre dans la rue, c’est se consumer. Il y a eu beaucoup d’effractions, le risque, les peurs...

Quelles peurs?

Des peurs avec lesquelles je dois dealer. Celle de me faire agresser par des voisins, le vertige... J’ai largement le vertige! La peur de me faire arrêter aussi. Je ne suis pas du tout rassuré par la loi qui pourrait me tomber dessus. Je dois transcender ces peurs: en dépend la totale réussite de l’œuvre.

Vincent Glowinski, des fresques XL de Bonom au théâtre XS
En perdant le masque, Bonom est devenu Vincent Glowinski et a «lâché la pression». EdA - J. R.
A contrario, la perte de l’anonymat vous a aussi ouvert de nouvelles portes, non?

Quand j’étais anonyme, y avais toujours ce risque que la police se pointe pour me choper à la fin d’un spectacle. Je n’ai aucun regret car j’ai trouvé plein d’autres choses. Ce qui a été fait ne sera pas effacé. J’ai lâché la pression et je profite de la reconnaissance que j’ai accumulée.

Mais ressentez-vous les mêmes émotions dans une fresque de commande qu’en rappel dans la nuit et l’illégalité?

Une fresque de commande n’a rien à voir avec le graffiti, à part le rouleau et la peinture. Point de vue plaisir ou technique, c’est aussi différent que le dessin et la scène. Le chemin social n’est pas le même. Mais le double jeu était trop difficile à tenir.

+ « SkiA, LA nAiSSAnCe De L’ombre », dans le cadre du XS Festival, jeu. 23h10, ven., sam. 18h30, Grande Salle

+ « Human Brush », spectacle gratuit à la Bourse dans le cadre du XS Festival, samedi à 20h30

Vincent Glowinski, des fresques XL de Bonom au théâtre XS
L’homme nu de la Porte de Hal, l’une des dernières œuvres anonymes de Bonom. EdA - J. R.