ASSISES LIÈGE

«Par son geste, Rita Henkinet a cherché à régler son problème plutôt que ceux de ses enfants»

«Par son geste, Rita Henkinet a cherché à régler son problème plutôt que ceux de ses enfants»

- BELGA

Des responsables de l’institution dans laquelle étaient placés les enfants handicapés de Rita Henkinet ont critiqué ce vendredi matin devant la cour d’assises de Liège le geste qu’elle a commis à l’égard de ses enfants. Selon eux, Rita Henkinet a cherché à régler son problème plutôt que celui de ses enfants.

Les responsables et les éducateurs de l’institution verviétoise spécialisée dans laquelle les enfants de Rita Henkinet étaient placés ont détaillé les conditions de vie de ceux-ci. Ils ont apporté aux jurés une vision critique et différente de celle proposée par Rita Henkinet.

Un éducateur qui s’occupait d’Audrey a énoncé qu’elle demandait beaucoup d’attention et qu’elle était lourdement handicapée au niveau de la compréhension et du comportement. Elle avait des tendances automutilatrices et portait des gants pour éviter les blessures. Audrey ne pouvait sortir de son centre qu’accompagnée. Elle se plaignait souvent de maux de ventre et ne mangeait que de la nourriture mixée. Arnaud vivait pour sa part en autonomie dans l’institution.

Mais selon l’éducateur, les enfants n’étaient pas en danger et avaient leur avenir assuré au sein de l’institution. Cet homme a critiqué le geste posé par Rita Henkinet. «Par son geste, elle a cherché à régler son problème plutôt que de régler ceux de ses enfants. C’est une personne machiavélique plutôt que fragile. Elle se faisait plaindre et avait le tour pour faire croire qu’ils étaient malades et les rendre dépendants. Ce qu’elle a fait n’est pas un acte d’amour», a affirmé ce témoin qui, par ailleurs, a reconnu à l’audience avoir accordé à un quotidien un entretien préalable à sa comparution comme témoin.

Cet éducateur a manifesté au cours de son témoignage une certaine agressivité à l’égard de Rita Henkinet. La défense a constaté qu’il semblait exister un important problème de communication entre l’institution qui souhaitait appliquer ses propres méthodes et Rita Henkinet qui observait l’évolution de ses enfants avec le regard critique d’une mère.

Le directeur du centre dans lequel étaient hébergés les enfants a confirmé que Rita Henkinet et son frère Benoît se plaignaient régulièrement du manque de soutien et de collaboration à leur égard. Ils dénonçaient un manque d’encadrement de ces jeunes adultes. Selon le directeur, ces considérations n’étaient pas fondées.

Un certain nombre d’éléments tendraient à démontrer que les inquiétudes de Rita Henkinet étaient logiques face aux décisions fermes prises par les responsables du centre. Malgré un certificat médical qui imposait de mixer la nourriture d’Audrey, le centre aurait par exemple pris la décision de changer le mode d’alimentation en se basant sur ses propres constatations.

Une directrice adjointe du home a pour sa part confirmé qu’Audrey allait moins bien psychologiquement depuis le mois de janvier. Elle présentait des comportements inhabituels. Rita Henkinet avait déjà évoqué l’idée de l’euthanasie. Selon le témoin, un rendez-vous chez le psychiatre avait été avancé.

Les responsables du centre ont par ailleurs contesté le niveau de handicap des enfants tel qu’il a été décrit par Rita Henkinet. Selon la directrice adjointe, le terme «handicapés lourds» n’était pas adapté. Elle a évoqué un handicap modéré pour Arnaud et un handicap sévère (et non pas profond) pour Audrey.

Selon les éducateurs, Arnaud n’avait jamais évoqué d’idées morbides. Il n’avait pas manifesté son souhait de mourir, contrairement à ce que prétend Rita Henkinet.

Les auditions de témoins reprendront lundi matin.

Le procès de Rita Henkinet et de son frère Benoît a débuté le 17 février devant la cour d’assises de Liège. Tous deux sont accusés de l’assassinat des deux enfants handicapés de Rita Henkinet. Les débats au fond ont débuté lundi.

La nuit du 1er au 2 mars 2013, Rita Henkinet avait mis fin aux jours de ses deux enfants handicapés, Arnaud (24 ans) et Audrey (26 ans). Cette ancienne infirmière de profession, âgée de 57 ans, avait fait absorber à ses enfants un cocktail de médicaments et les avait ensuite étouffés à l’aide de couvertures.

Rita Henkinet avait ensuite tenté de se suicider en absorbant elle aussi un cocktail de médicaments et d’alcool. Elle avait été retrouvée inconsciente quelques heures après les faits. Son frère Benoît Henkinet (48 ans), qui l’avait toujours soutenue dans ses difficultés avec ses enfants, est suspecté de lui avoir apporté son aide, d’être le coauteur des deux assassinats et d’avoir voulu aider sa sœur à mettre fin à ses jours.

L’enquête a démontré qu’Arnaud et Audrey avaient été drogués avec de fortes quantités de médicaments que Rita Henkinet leur a fait absorber en les dissimulant dans de la mousse au chocolat. Rita Henkinet n’avait pas caché qu’elle avait voulu la mort de ses enfants et qu’elle les avait étouffés.

Rita et Benoît Henkinet sont accusés des assassinats des deux enfants. Ils comparaissent libres devant la cour d’assises de Liège et sont défendus par Me Alexandre Wilmotte et Me Emilie Van Stechelman.

L’avocat général Marianne Lejeune soutient l’accusation. La partie civile, le père des enfants, est représentée par Me Christine Collignon et Me Raphaël Weyenberg. Le procès présidé par Catherine Urbain devrait durer au moins 8 jours.