BRUXELLES

Train en feu et pompiers dans le brouillard: impressionnant exercice catastrophe dans le tunnel Schuman-Josaphat

En 15 minutes, les pompiers sont intervenus sur un train en feu dans le nouveau tunnel Schuman-Josaphat. Pas de victime. Et pour cause: les 150 passagers étaient les figurants d’un exercice catastrophe qui doit valider le scénario d’urgence sur ce gros km de rails, avant une entrée en fonction le 4 avril. On a respiré les fumigènes de simulation.

«Votre attention s’il vous plaît: la station sera fermée à la demande des services de secours. Veuillez quitter la station immédiatement!»

L’antienne est scandée par les haut-parleurs de la nouvelle gare de Schuman. Des escalators à l’arrêt dégringole un peloton d’hommes casqués, en combinaisons oranges bardées de bandes fluorescentes. De leurs masques à oxygène, bocaux reliés à des bouteilles dans le dos, s’échappent les souffles étouffés et les instructions, franches. Les pompiers s’enfoncent dans le brouillard du tunnel ferroviaire, lampes-torches braquées sur les rails ou au plafond de béton. Parfois, ils s’agenouillent pour scotcher au sol une pastille lumineuse. Des images d’Hollywood surgissent.

Train en feu et pompiers dans le brouillard: impressionnant exercice catastrophe dans le tunnel Schuman-Josaphat
Soudain, un dégagement de fumée. celui-ci peut-être localisé par des fibres optiques, des caméras ou des détecteurs muraux. (EdA - J. R.) -
À 30 mètres dans le tunnel, un train est immobilisé. Une âcre fumée blanche s’échappe de ses entrailles. Les alarmes hurlent. Certains passagers aussi.

«Pas un mégot»

Pas de panique: c’est un exercice. Infrabel teste en effet la sécurité de son tout nouveau tunnel Schuman-Josaphat. Ce segment de 1,250 km relie le nouveau pôle multimodal de Schuman (sur la ligne 161 Bruxelles-Ottignies) et la ligne 26 vers l’aéroport, qui est épousée peu avant Meiser.

Il est 1h40 quand le signal d’alarme fictif est donné par le conducteur ce 26 février. Il descend de son train après le freinage d’urgence. Les pantographes sont repliés, c’est la procédure. L’inspection commence: d’où sort cette fumée? 150 figurants sont à bord. Pompiers, police et Croix Rouge patientent dans leurs quartiers. La sécurité de la Commission européenne est aussi du voyage souterrain: le QG des 28 est juste au-dessus. Au total, 300 personnes sont mobilisées. Le moment est capital: la réussite du scénario catastrophe conditionnera la mise en service du tunnel le 4 avril. D’ici-là, quais et voies flambant neufs resteront immaculés. «C’est nickel, hein. Pas un mégot entre les rails», note-t-on.

«Une fibre optique qui fond à la chaleur»

Train en feu et pompiers dans le brouillard: impressionnant exercice catastrophe dans le tunnel Schuman-Josaphat
Frédéric Sacré, d’Infrabel: «Si la chaleur grimpe, la fibre optique fond». (EdA - J. R.) -
L’équipement sécuritaire du tunnel satisfait aux normes actuelles les plus poussées. 20 à 30 millions d’euros y sont consacrés sur les quelque 355 engagés pour le creusement du tunnel et la mise à niveau du pôle multimodal Schuman. On est loin des équipements dépassés de la Jonction Nord-Midi.

«Il y a les pistes de services et les 7 sorties de secours. Vient ensuite la fibre optique pour détecter le foyer de l’incendie», énumère Frédéric Sacré, porte-parole d’Infrabel, pointant un fin câble noir qui court tout le long des parois. «Si la chaleur grimpe, la fibre optique fond. On compte aussi sur les détecteurs de position pour localiser le train à 10m près. Ainsi, les appareils de “désenfumage” soufflent dans un sens ou dans l’autre en fonction de la voie de secours empruntée par les passagers. Les sorties sont d’ailleurs placées en surpression pour empêcher la fumée d’y entrer».

Train en feu et pompiers dans le brouillard: impressionnant exercice catastrophe dans le tunnel Schuman-Josaphat
L’arsenal sécuritaire du tunnel Schuman-Josaphat. (EdA - J. R.) -
L’arsenal ne s’arrête pas là: des prises électriques, des armoires, des interphones, de l’éclairage sur batterie, des arrivées d’eau isolées de la chaleur et du gel et des «lorries», ces chariots amenant le matériel ou évacuant les blessés à même les rails, sont disséminés partout.

Train en feu et pompiers dans le brouillard: impressionnant exercice catastrophe dans le tunnel Schuman-Josaphat
La «control room» et son ciel fictif. (EdA - J. R.) -
«Control room» sous le ciel bleu

Et puis, 170 caméras braquent leurs lentilles sur le gros km du tunnel et les corridors de la station. Elles sont reliées à la «control room», derrière une porte dérobée de la gare. Une dizaine d’écrans y sont surveillés 24h sur 24, sous un ciel bleu aussi fictif que l’incendie, donnant aux contrôleurs l’illusion d’une verrière. «En cas d’incident, cette cellule localise le train grâce aux dispositifs de sécurité. C’est eux qui préviennent ambulances et pompiers», assure Frédéric Sacré.

Train en feu et pompiers dans le brouillard: impressionnant exercice catastrophe dans le tunnel Schuman-Josaphat
Des petites bornes fluo déposées par les pompiers pour signaler les endroits stratégiques. (EdA - J. R.) -
«Les pompiers interviennent en trois vagues», embraye Pierre Meys, porte-parole des pompiers de Bruxelles. «La première équipe arrive en reconnaissance et marque les points stratégiques avec de la peinture fluo. Ensuite vient l’extinction. Et enfin, quand la voie est libre, c’est au tour du sauvetage».

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Tout le rond-point Schuman était bouclé. (EdA - J. R.) -
Au pied du train, les figurants blessés gémissent. Dans les stridences, les pompiers les évacuent vers l’extérieur où la police a carrément bouclé le rond-point Schuman. Il est passé 3h. Dans le bleu des gyrophares, un bus de la STIB charge les passagers. «Les secours sont arrivés en un quart d’heure», retient Frédéric Sacré. «C’est bien, même si on avait tablé sur 10 minutes. Mais ça dépend aussi de comment le chauffeur communique».

La seule blessée très légère aura donc été, peut-être, la fierté des hommes du feu.