COMMENTAIRE

"Même quand on s’appelle Bande, on se doit d’éviter la débandade"

"Même quand on s’appelle Bande, on se doit d’éviter la débandade"

EdA

Chaque vendredi, Daniel Jonette, chef des sports de l'Avenir Luxembourg commente l'actualité.

Vous l’avez sans doute vu ou lu. Roger Schmidt, le coach de Leverkusen, expulsé de la zone neutre le week-end dernier, a refusé de quitter celle-ci, contraignant l’arbitre à arrêter (momentanément) la rencontre. La presse et certains dirigeants de clubs d’Outre-Rhin, où ne badine pas avec la discipline, n’ont pas été tendres avec l’entraîneur teuton, qualifiant même son attitude de scandaleuse. Chez nous, c’est le phénomène inverse qu’on a observé. Une équipe, celle de Bande en l’occurrence, a décidé de quitter le terrain à l’heure de jeu à Vaux-sur-Sûre, où elle était menée 9-0. Justification du coach bandurlin: «Entre le terrain et le vent, c’était injouable et l’arbitre était plutôt de mauvaise foi. Les joueurs ont préféré sortir pour éviter d’accumuler les cartes jaunes et l’énervement.» L’entraîneur ajoute même que son groupe en est sorti plus soudé.

Et puis quoi, encore? Eh bien ceci, de la part du gardien et président de Bande: «Lorsque vous êtes dernier et que vous commencez à prendre l’eau au sens propre comme au figuré, il faut comprendre.» Désolé, mais on ne comprend pas du tout.

Déjà en décembre, Meix-le-Tige, réduit à dix et mené 2-0 chez son voisin rachecourtois, avait jeté l’éponge dès la mi-temps. Mais où va-t-on si chaque équipe prend la liberté de quitter les lieux dès lors que la tournure des événements l’incite au découragement? Quel manque de respect pour l’adversaire et les spectateurs même si ceux-ci se font plutôt rares! Si notre mémoire est bonne, Vesqueville, qui a pourtant encaissé correction sur correction pendant des années, n’a jamais abandonné ainsi la surface de jeu. Décisions arbitrales contestables ou pas, grosse défaite en vue ou pas, tout sportif qui se respecte se doit d’aller au bout de son effort. Sauf si bien sûr une blessure ou tout autre motif du genre l’en empêche.

On entend d’ici les Bandurlins rappeler que la formation de Cobreville avait déserté la pelouse en octobre lorsqu’elle leur était opposée. Le contexte n’était pas le même. Les Cobrevillois ont montré ce jour-là leur désapprobation face à un joueur qui faisait régner la terreur sur la pelouse, à un tel point que l’arbitre n’osait plus intervenir (joueur qui a d’ailleurs été écarté du club depuis lors).

L’équipe de Bande – comme celle de Meix-le-Tige avant elle, ou comme celles qui déclarent forfait parce qu’elles n’ont qu’une infime chance de gagner – a agi à la manière du cycliste qui met pied à terre ou de l’athlète qui quitte la piste parce que le(s) coureur(s) qu’il croyait concurrencer a (ont) pris une trop large avance. C’est inélégant et peu fair-play. Comme lorsque Justine Henin, menée 6-1, 2-0 et 30-0, a abandonné en finale de l’Open d’Australie 2006 en prétextant des maux d’estomac. Amélie Mauresmo, son adversaire ce jour-là, a d’ailleurs avoué, dix ans plus tard, qu’elle a mis beaucoup de temps à pardonner son geste à la Rochefortoise. «Parce qu’elle m’avait volé un moment», a-t-elle expliqué. Les joueurs de Vaux-sur-Sûre et de Rachecourt n’ont pas apprécié non plus de s’imposer sans devoir combattre jusqu’au bout.