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Paiement sans contact : quand la Belgique sortira-t-elle du désert ?

Paiement sans contact : quand la Belgique sortira-t-elle du désert ?

Approcher le téléphone du terminal pour payer : ce geste est courant aux USA. C’est loin d’être le cas en Belgique.

Payer à la caisse avec son smartphone est loin, très loin d’être un geste courant chez nous. La faute aux banques, aux Belges, aux terminaux, aux émetteurs de carte de crédit? Décryptage.

Aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en République Tchèque ou encore en Pologne, le paiement sans contact est… monnaie courante.

À l’heure de régler l’addition au supermarché, à la pompe à essence ou à la borne du parking, il suffit d’approcher son smartphone ou sa carte de banque compatible du terminal de paiement pour valider la transaction.

Et en Belgique?

Force est de reconnaître que notre pays est l’escargot du paiement sans contact en général, du paiement mobile en particulier. À qui la faute?

Sur le banc des coupables potentiels: les terminaux de paiement, les émetteurs de cartes de crédit, les banques, les Belges.

Décryptage.

Dans le camp de Worldine, la nouvelle génération du terminal de paiement Yomani est parfaitement compatible avec la technologie sans fil NFC (Near Field Communication), comme le rappellent le logo présent sur le côté gauche de l’appareil et cette vidéo:

Le NFC, c’est la clé de voûte de la mécanique du paiement sans contact déployée à l’échelle mondiale. Cette technologie assure la communication sans fil entre le terminal de paiement et le smartphone ou la carte de débit/crédit certifiée NFC.

Sur notre territoire, les bons vieux terminaux cubiques Xenta sont progressivement remplacés par des Yomani depuis deux ans.

Un tiers des terminaux belges de Wordline sont ainsi aujourd’hui compatibles avec les paiements sans contact. Objectifs: 60% d’ici fin 2016 et 90% en 2017.

De Visa à Mastercard, les émetteurs de cartes de crédit sont plus impatients encore d’accélérer l’adoption du «contactless» (sans contact) et du «tap & go» (taper et partir), ce geste rapide propre au paiement sans contact.

Paiement sans contact : quand la Belgique sortira-t-elle du désert ?
Au salon Mobile World Congress de Barcelone, Visa présentait ses solutions de paiement sans contact distribuées en Grande-Bretagne et bientôt en Espagne. Le bracelet, le porte-clés et l’autocollant sont porteurs d’une carte à puce, à associer à l’application de paiement sur smartphone via un code à six chiffres. Une fois l’association accomplie, le paiement s’effectue en approchant une poignée de secondes le «wearable » (bracelet, porte-clés, autocollant) du terminal de paiement. -

Les terminaux et les cartes de crédit blanchis, du moins partiellement pour les terminaux («seulement» 1/3 compatibles), qu’en est-il de la responsabilité de nos banques?

Aujourd’hui en Belgique, seuls Beobank et Monte Paschi proposent à leurs clients des cartes de débit et des cartes de crédit compatibles avec le paiement sans contact. KBC se cantonne aux cartes de débit. BNP Paribas Fortis, Hello Bank et bpost se replient sur des solutions de cartes prépayées.

En marge de cette frilosité, nos banques ont déjà tenté de développer des solutions alternatives, sans jamais convaincre.

Impliqué dans Sixdots, un coup d’épée dans l’eau qui rassemble 9 banques, le Néerlandais ING fait par ailleurs cavalier seul avec Payconiq, en test à Louvain.

Malgré ses qualités, notamment le paiement direct du compte du client à celui du commerçant, ce système articulé autour d’une application à installer sur son smartphone est loin d’être aussi souple que le «tap & go» pur et dur.

Paiement sans contact : quand la Belgique sortira-t-elle du désert ?
L’édition de janvier/mars 2016 du magazine ING Entreprise publie un article qui vante les mérites du système maison de paiement mobile Payconiq avec, en introduction, une question surprenante: «L’avenir est-il au paiement par smartphone? ». Exclusivement dédié à Payconiq, le papier ne fait jamais mention des alternatives les plus évidentes, comme Samsung Pay et Apple Pay. -

À l’image du géant ING qui se demande si l’avenir est au paiement par smartphone (voir ci-dessus), le secteur bancaire belge est-il sclérosé par ses doutes passéistes?

La Belgique à la traîne du paiement sans contact: la Febelfin nuance et pose la question de la demande réelle.

«Je dirais oui et non», détaille Rodolphe De Pierpont, porte-parole de la fédération belge du secteur financier. «Nous sommes dans une situation où le paiement avec une carte de banque fonctionne plutôt bien. L’un dans l’autre, les besoins sont remplis. Ces technologies sans contact vont-elles répondre à des besoins? C’est aussi une question d’offre et de demande. Il faut que les terminaux soient compatibles pour éventuellement créer la demande. C’est notamment aux commerçants de faire leurs choix.»

Aux antipodes de ce discours pour le moins prudent vis-à-vis de l’ère du temps, MasterCard se fend d’un communiqué accompagné d’une étude qui clame haut et fort que «un Belge sur trois souhaite sortir son smartphone à la caisse (35%). »

 

«

Un Belge sur deux (52%) est prêt à adopter de nouvelles méthodes de paiement en magasin. Le paiement par identification biométrique est l’innovation la plus attendue.

»

 

Bien que convaincu que «l’avenir des paiements électroniques passera via les apps, via la technologie sans contact, via l’authentification biométrique (voix, œil ou empreinte digitale) et les wearable», BNP Paribas Fortis estime a contrario que «les Belges continuent de s’accrocher aux paiements cash», dixit le porte-parole Valéry Halloy.

«Pourquoi? Cela peut s’expliquer par l’étendue du réseau d’agences bancaires et le nombre élevé de distributeurs. Retirer quelques billets demande peu d’efforts.

Il en va tout autrement en Suède/Danemark, où pas moins de 95% des paiements se font dès lors par voie électronique…

Autre élément de réponse: dans de nombreux endroits le Belge ne peut payer par carte parce qu’aucun terminal de paiement n’est à disposition. Le coût annuel élevé du terminal de paiement est l’une des explications.»

Quid des millions de cartes de banque «basiques» en circulation chez nous? «On ne décide pas à légère de les remplacer du jour au lendemain», concède Rodolphe De Pierpont (Febelfin).

 

 

Les trois méthodes de paiement sans contact

 

Trois méthodes principales se partagent dans le monde le marché du paiement sans contact.

1. La carte de débit ou de crédit certifiée sans contact. Il suffit de l’approcher du terminal compatible pour valider instantanément le paiement, sans besoin généralement d’entrer son code PIN. À cause de la sécurité relative, la transaction dans cette formule est souvent limitée aux petits achats (25€ maximum), avec obligation de valider de temps à autre via le code PIN en cas d’achats rapprochés dans le temps.

2. Le «wearable», soit un objet à approcher du terminal pour valider le paiement. Il prend la forme d’une bague, d’un porte-clés, d’un bracelet, d’une housse de smartphone… Il est associé à une application spécialisée installée sur le téléphone.

3. Apple Pay et Samsung Pay. Disponibles sur les téléphones haut de gamme des deux constructeurs, ces plates-formes injectent la reconnaissance des empreintes digitales dans l’équation. Étapes: lancer l’application Apple Pay ou Samsung Pay, débloquer l’option de paiement via l’empreinte digitale, approcher le téléphone du terminal de paiement pour valider la transaction.

Visiblement attablé avec les banques belges, Samsung espère officialiser Samsung Pay en Belgique d’ici la fin de l’année 2016, au plus tard en 2017. Les négociations sont en cours, même s’il nous a été impossible d’obtenir une confirmation digne de ce nom auprès du secteur bancaire.

Et Apple Pay? Nous attendons la réponse de la «pomme».