SANTÉ

Ostéopathes, dentistes ou comportementalistes pour animaux, les vétérinaires sont contre

Ostéopathes, dentistes ou comportementalistes pour animaux, les vétérinaires sont contre

La dentition du cheval doit-elle être seulement l’affaire des vétérinaires? -

Dentistes ou ostéopathes pour animaux, physiothérapie, troubles du comportement,… de plus en plus de «spécialistes» s’emparent de la santé animale, sans avoir le titre de vétérinaire. L’Union professionnelle de ces derniers s’insurge. Pour défendre un pré carré médical? «Nous faisons des métiers parallèles», répliquent ceux qui sont visés.

«Moi, ce que je fais dans la bouche d’un cheval, c’est similaire à ce que fait un maréchal-ferrant. C’est aussi une profession qui n’est pas reconnue en Belgique», nous confie un dentiste équin. De «l’entretien des tables dentaires» donc, plus que des soins curatifs. Certains actes, d’ailleurs, sont légalement réservés aux vétérinaires. C’est le cas de la sédation, ou de l’extraction des dents. Des actes que certains dentistes font, reconnaît notre interlocuteur. «Et ils ont raison de le faire, on nous l’apprend.» Aussi parce que, dit-il, faire venir le vétérinaire juste pour la sédation, c’est compliqué question agenda, et ça double la facture pour le client. Souvent un privé, qui regarde à la dépense pour entretenir son cheval.

Charlatans et vétérinaires ratés

L’Union professionnelle vétérinaire, elle, s’insurge. «Même si dans la plupart des situations, les soins que ces amateurs prodiguent aux animaux sont sans danger et sans efficacité, on nous rapporte de plus en plus de dommages provoqués par ces «thérapies», met en garde le syndicat, qui lance un avertissement au public. «Trop de charlatans, trop d’incompétents détournent le diagnostic vétérinaire et nuisent au bien-être animal et à la réputation de certaines thérapies. Parfois avec des conséquences très graves pour la santé des animaux.»

Notre dentiste équin reconnaît que les soins donnés par certains de ses «confrères», peu ou mal formés, peuvent être catastrophiques. Mais selon lui, ce sont plutôt les «vétérinaires ratés», qui n’ont pas vraiment de spécialité, qui «mettent la pression sur nous.» «Je comprends la réaction de l’Union, mais tous les dentistes ne peuvent pas avoir le matériel pour faire tout. Nous, on aimerait que notre profession soit reconnue et qu’on puisse travailler en toute légalité. Y compris sédater. Mais là, on peut toujours rêver. Ils ne laisseront pas faire cela.» Ce qui n’empêche pas certains vétérinaires, dit-il, de... fournir les produits sédatifs.

«Dans l’air du temps»

Pour le syndicat des vétérinaires, il n’y a pas de pré carré à défendre. Il n’y a tout simplement pas de place pour les non-vétérinaires. «Que ce soit dans le domaine du comportement des chiens et des chats, l’ostéopathie, la dentisterie, mais aussi l’acupuncture ou l’homéopathie, on voit beaucoup trop de gens qui s’essaient à tout sans connaître la base de la médecine vétérinaire et disposer d’une formation académique. Nous sommes formés pour tout cela, et certains vétérinaires se spécialisent», explique son président Marcel Renard.

«C’est vraiment dans l’air du temps, dit-il. Avant, on ne râpait les dents des chevaux que si nécessaire et maintenant on voit des chevaux qui après quelques années n’ont plus de dents. Certains se revendiquent d’une école de ceci, ou de cela, mais ils peuvent passer à côté de maladies qui sont dangereuses. Relever des symptômes et déterminer un dysfonctionnement relève de l’acte vétérinaire.»

Un problème de communication

« Ils réagissent comme cela parce que les gens qu’ils rencontrent sont mal formés. Mais j’ai plus de 50 vétérinaires avec qui je travaille», réagit Mathieu Urban, ostéopathe équin. «C’est surtout un gros problème de communication avant d’être un problème de déontologie. Nous ne faisons pas le même métier, mais des métiers parallèles. C’est comme en médecine humaine, tout le monde doit collaborer pour le bien du patient. Les vétérinaires sont à peine formés pour la dentisterie, ils n’ont pas la pratique. Quand chacun garde bien sa position, il n’y a pas de souci.»

«C’est la vieille querelle qu’il y a eu dans les années ‘60 au niveau de la santé humaine. On en est là. Mais il faut comprendre que nous venons en accessoire, c’est du paramédical», enchaîne aussi Sébastien Buxant, autre ostéopathe équin. «Je travaille avec plein de vétérinaires, et certains sont des amis. L’ostéopathe n’est pas là pour poser un diagnostic, pour dire si votre cheval a de l’arthrose. Quand je détecte un problème sur un animal, je peux en référer au vétérinaire, et inversement s’il juge que les soins d’un ostéopathe sont utiles.»

«Leur crainte, c’est le manque à gagner financier. Ils disent qu’on n’est pas formés. Ce qui est vrai pour certaines personnes. Moi, j’ai une formation en kiné et en ergothérapie, une spécialisation animale et des années de pratique. Il faut faire le tri. Alors oui, il y a des charlatans, des gens qui sortent des règles. Mais aussi des formations reconnues, comme c’est le cas depuis peu en France. Nous avons justement créé une Fédération belge d’ostéopathie animalière, la FBOA, pour que le consommateur sache à qui il a à faire.»

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