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Brexit : David Cameron veut convaincre Boris Johnson

David Cameron espère obtenir le soutier du charismatique maire de Londres Boris Johnson.

Le charismatique maire de Londres, le député conservateur Boris Johnson, devrait mettre fin dimanche au doute qui plane sur sa position quant à l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne, quatre mois avant le référendum.

Cet aspirant à la succession de David Cameron ira-t-il gonfler les rangs des pro-Brexit aux côtés du chef du parti europhobe et anti-immigration Nigel Farage ou rejoindra-t-il le camp du oui au maintien dans l’UE? Le suspense devrait se terminer dimanche soir lors de la publication de sa tribune hebdomadaire dans le Daily Telegraph.

En tout cas, le Premier ministre britannique David Cameron l’a appelé dimanche à rejoindre le camp du «oui» au maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, à quatre mois du référendum.

«Je voudrais dire à Boris ce que je dis à tout le monde, à savoir que nous serons plus en sécurité, plus forts et plus prospères dans l’Union européenne», a déclaré le dirigeant conservateur lors d’une interview dans le cadre de l’émission politique dominicale de la BBC, The Andrew Marr Show. «La perspective de collaborer avec (le chef du parti europhobe Ukip) Nigel Farage et (l’ex-député) George Galloway et de faire un saut dans l’inconnu n’est pas la bonne voie pour notre pays», a-t-il ajouté.

La popularité de Boris Johnson donnerait du lustre à la campagne pro-Brexit, qui a pour l’instant été rejointe par cinq ministres et une secrétaire d’État du gouvernement conservateur, dont le ministre de la Justice Michael Gove, ami personnel de Cameron.

Le Premier ministre a profité de cette interview pour attaquer frontalement les arguments des pro-Brexit, qui arguent que le Royaume-Uni serait plus souverain en dehors du bloc des 28. «La souveraineté signifie être vraiment en mesure de faire les choses», a-t-il déclaré. «Si vous ne pouvez pas obtenir l’accès au marché unique pour vos entreprises, si vous ne pouvez pas assurer la sécurité des gens (...), alors vous êtes moins maître de votre destin.»

Qui est le maire de Londres ?

Avec sa tignasse blonde ébouriffée, sa façon de se tenir légèrement vouté et sa propension à dégainer des blagues à tour de bras, «BoJo» ressemble plus à un comique qu’à un futur Premier ministre.

Pourtant, personne ne se méprend sur ses ambitions, cultivées depuis son enfance. Né à New York en 1964, Alexander Boris de Pfeffel Johnson voulait être «roi du monde» dès son plus jeune âge, a confié l’une de ses soeurs à son biographe Andrew Gimson.

Au fil de son éducation, des plus élitistes, cet aîné d’une fratrie de 6 n’a eu de cesse d’affirmer ses rêves de grandeur, ayant décroché une bourse pour le prestigieux Eton College et le non moins glorieux poste de président du club de débat Oxford Union.

«Personne à (l’université d’) Oxford ne doutait qu’il serait un jour Premier ministre», pointe M. Gimson.

Pourtant, Boris a fait quelques détours professionnels avant de se lancer pleinement en politique. A sa sortie de l’université, vexé de ne pas avoir décroché la plus haute note, il entame une carrière journalistique qui aurait pu tourner court.

Embauché au Times, il est licencié à peine un an après pour avoir inventé une citation -- et surtout pour avoir menti sur le fait de l’avoir inventée.

Le Daily Telegraph le repêche et l’envoie rapidement à Bruxelles, où il se fait un nom en bousculant la couverture pépère et déférente que faisaient les correspondants européens en cette fin des années 1980.

A coup d’exagération et même parfois d’entourloupes, Boris relate par le menu les actions les plus insolites de l’exécutif européen (taille des saucisses, toilettes...), se faisant un véritable nom sur la scène médiatique britannique et devenant «le journaliste favori» de Margaret Thatcher, le Premier ministre conservateur de l’époque.

Bourdes légendaires

C’est également à Bruxelles --où il a passé une partie de son enfance-- que sa vie privée prend un nouveau tour: son premier mariage avec Allegra Mostyn-Owen, rencontrée à Oxford, se délite, tandis que Boris renoue avec une amie d’enfance, Marina Wheeler, aujourd’hui son épouse et la mère de ses quatre enfants.

De retour à Londres au milieu des années 1990, Boris entre en politique tout en continuant sa carrière journalistique --il devint notamment rédacteur en chef de l’hebdomadaire The Spectator-- et en courant les émissions de télévisions.

Première fois élu député en 2001, c’est surtout en réussissant à ravir la mairie de Londres aux travaillistes en 2008 que Boris acquiert une stature nationale. Réélu en 2012, il semble avoir survécu à un bilan jugé assez «maigre» par certains, surfant sur quelques réussites emblématiques comme les «Boris bikes» ou les jeux Olympiques.

Malgré des bourdes devenues légendaires, ses sorties grossières (il a comparé les djihadistes à des «tocards» sexuellement frustré) et plusieurs scandales (notamment sur des relations extra-conjugales), Boris est extrêmement populaire parmi les supporteurs tories, et au-delà.

Il a tenté ces dernières années de bâtir une stature plus sérieuse, sans perdre son redoutable sens de la répartie, qui fait qu’aux yeux de beaucoup il n’est pas