BINCHE

Champagne, huîtres et botte de paille : la journée d’un gille de Binche résumée en quinze images

Le mardi gras a clôturé trois jours de grande fête à Binche. Si la pluie est venue quelque peu gâcher les festivités du jour le plus attendu du public, les gilles ont finalement pu sortir leurs plumes dans l’après-midi sous le regard du prince Laurent.

Même s’ils avouent qu’elle n’est pas la journée la plus attendue de la part des gilles, «où alors seulement pour les moments d’intimités, entre amis, du début de journée», la dernière journée du carnaval binchois est celle qui attire généralement le plus de monde, notamment parce qu’il s’agit de l’unique journée durant laquelle, les gilles enfilent leur tenue traditionnelle.

Après deux jours de fêtes et quelques maigres heures de sommeil, les yeux de notre hôte ne sont encore guère ouverts alors que l’aiguille de l’horloge vient à peine de dépasser 4h du matin. Si Bruxelles quittée une heure plus tôt était encore complètement endormie, l’activité est déjà importante pour ce troisième jour de carnaval à travers les rues binchoises. La ville ne dort déjà plus.

Pour Hugues Halart, gille depuis 25 ans tout rond, c’est l’heure d’enfiler le costume. Rapidement passé, celui-ci doit ensuite être remplie de paille par le bourreur (1). «Mais chez nous c’est de l’artisanal, sourit Hugues Halart. Certains bourreurs enchaînent les gilles et font donc ça plus rapidement et moins minutieusement. Benoît est un ami. Il ne s’occupe que de mois.»

Après le travail appliqué de Benoît, c’est l’épouse de Hugues qui prend le relais pour attacher collerette et barrette (2). Pas le temps de traîner, dehors, déjà retentissent les tambours des compagnons de société venue chercher le gille à son domicile. Embrassades et aubade matinale devant la maison (3) puis verres de champagne à l’intérieur (4) sont au programme avant que la tournée ne se poursuive vers un (5). Déjà, malgré l’heure plus que matinale, les curieux sont nombreux à suivre l’étonnant et bruyant cortège (6). Des cortèges de ce type, il en existe des dizaines travers Binche pour récupérer tous les gilles, provocant de ça et là quelques embouteillages quand deux d’entre eux viennent à se croiser.

Après un bref passage par la Grand-Place binchoise, c’est déjà l’heure du déjeuner. Huîtres et saumon sont au menu de nos gilles (7). Le cortège peut déjà se remettre en route (8). Il prend cette fois la direction de la gare binchoise (9) et les sommets de la ville. Après un nouvel arrêt boisson et retrouvailles cette fois avec tous les compagnons de la société, plus de 85 pour les Réguénaires, celle de Hugues Halart, la troupe redescend vers le centre de la ville. Dans la descente, les gilles en profitent pour enfiler leur masque de cire typique. «Celui-ci cache toutes les classes sociales, nous sommes alors tous les mêmes», précise le gille binchois (10).

La troupe devenue cette fois très volumineuse arpente une nouvelle fois les rues binchoises avant d’aller recevoir les honneurs du bourgmestre à l’hôtel de ville. Avec d’autres membres de la société, Hugues Halart se voit décerner une médaille pour sa 25e participation au carnaval binchois. «La 25e dans la même société», insiste-t-il (11).

Pour les gilles, après déjà sept heures de festivités bien arrosées dans tous les sens du terme, c’est l’heure de faire une pause, de se retrouver en famille et entre amis autour d’un bon repas. «Pour nous la fête s’arrêtera ici, souligne des amis. Nous suivons les gilles depuis six semaines, les festivités de l’après-midi sont beaucoup trop populaires. Nous préférons la convivialité.»

Si la vie semble se calmer un peu sur Binche le temps d’une heure ou deux, pas question toutefois de s’arrêter pour Hugues Halait qui retrouve une fois de plus sa société une fois le festin englouti.

Après une visite furtive du prince Laurent, venu faire découvrir le carnaval à ses enfants (12), la fête peut reprendre ses droits. Après être tombée sans s’arrêter depuis huit heure du matin, la pluie semble enfin avoir quitté le ciel binchois. Le cortège peut reprendre de plus belle (13), alors que certains gilles n’hésitent pas à sortir les chapeaux de plumes malgré le vent, les badauds ont enfin délaissé les comptoirs pour venir admirer les costumes des gilles et recevoir les précieuses oranges (14).

Pour Hugues et les gilles la fête est loin d’être terminée (15). Après un nouveau cortège aux lumières et rondeaux, la fête se clôturera par l’embrassement de la Grand-Place et le feu d’artifice. «Après avoir découvert le carnaval de Binche, c’est impossible de ne pas revenir», glisse Hugues Halait avant de nous quitter. Difficile de lui donner tord, reste à espérer que la pluie n’aura pas la même idée.