SAINT-GILLES

Le Moeder Lambic mue et annonce 33 bières au fût «à emporter»: «Y a 10 ans, on ne vendait que de la pils de merde»

Le Moeder Lambic mue et annonce 33 bières au fût «à emporter»: «Y a 10 ans, on ne vendait que de la pils de merde»

Le Moeder Lambic a entamé sa mue. EdA - J. R.

C’est un café historique de Saint-Gilles qui va changer de peau. Depuis le 31 janvier, le mythique Moeder Lambic a entamé sa mue. 33 pompes le garniront et des brunchs séviront. Mais le bar prévient: «Nous ne changeons pas l’atmosphère».


Les soiffards nocturnes et quelques pans de murs porteurs ont disparu du Moeder Lambic. Mais ne vous affolez pas: si le bar culte de la rue de Savoie, à Saint-Gilles, est fermé depuis le 31 janvier, c’est pour mieux accueillir les quelque 1000 amateurs de bière qui le fréquentent chaque semaine. Et qui se font de plus en plus nombreux à une époque où l’amertume n’a jamais eu autant la cote.

Ainsi l’institution saint-gilloise annonce-t-elle sur Facebook que le cellier de dégustation sera «ouvert en permanence», qu’il y aura «plus de place» et que le confort sera amélioré («nouvelles toilettes, nouvelle ventilation, nouveaux châssis, nouveau chauffage...»).

«Ça sera un “bruin café” qui ne sera plus dans son jus», nous confie Jean Hummler, cofondateur du Moeder Lambic. «Ces travaux, on veut les faire depuis qu’on a repris l’endroit. Le look général ne changera pas beaucoup: on gagnera juste du volume». L’objectif est aussi de se mettre à niveau. «Ce n’était tout simplement pas rentable. C’est difficile de travailler avec des outils de pointe et d’offrir un bon service de la bière dans un lieu où on retrouve des vieilles portes toutes pourries derrière des cloisons. Il fallait actualiser le bâtiment». L’homme assure que l’investissement à Saint-Gilles «est supérieur» à celui consenti à Anneessens pour ouvrir la seconde adresse de l’enseigne.

«À emporter»

Ainsi, le Moeder Lambic va doper son offre à la pompe avec «33 bières artisanales au fût à consommer sur place ou à emporter». L’amateur sera invité à ramener chez lui un «growler», sorte de cruchon à l’américaine permettant de consommer la bière dans un état proche du service à la pompe. Prix annoncé: «la moitié du prix sur place».

C’est davantage une surprise: la gentrification semble aussi avoir son impact sur le bar, qui résistait jusque-là à l’envahissante influence des voisins horeca pour garder cet esprit indé, quasi étudiant, qui faisait son image depuis 10 ans. Ainsi, on apprend que «vins naturels, thés glacés maison et café» seront à la carte à la réouverture. Plus fort: on attend «même» des brunchs le week-end. Comme quoi, rien n’est immuable. «Mais honnêtement, quand on voit les brunchs qu’on sert ailleurs et ce que nous, on sert sur nos planches, dans le centre notamment, on ne doit pas hésiter», estime Jean Hummler. L’offre dominicale sera complétée, «en saison hivernale», par des soirées raclette «dans le cellier qui s’y prête bien».

«Au début, on n’avait que de la pils de merde»

Que les habitués, les beer-geeks ou les touristes d’un jour se rassurent: pas question cependant de changer la philosophie. Ainsi, «tables rustiques, BD, carrelage en damier noir et blanc et BD» restent du package. Comme la compétence du staff, qui est l’une des forces de ce temple brassicole.

Et puis bien sûr, «les fromages qui puent et la sélection de bières pointues» ne disparaissent pas. Parce qu’évidemment, la carte reste le maître atout du Moeder. «Y a toujours des habitués qui sont contre le changement. Mais vous savez, y a 10 ans on n'avait que de la pils de merde de chez Moortgat au fût, et de la Duvel et de la Leffe sucrée. Donc le changement a du bon».

Fin du chantier prévue le 15 mars.