TRIBUNAL CORRECTIONNEL

L’agriculteur a harcelé sa mère : quatre mois de prison

L’agriculteur a harcelé sa mère : quatre mois de prison

La maman affirme qu’elle ne voulait qu’une chose: un partage équitable entre tous ses enfants. AFP

Grosse tension familiale dans une ferme proche de Florenville. On en est venu aux mains. Un des fils a été condamné ce lundi, à Arlon.

Hier lundi, le tribunal correctionnel d’Arlon présidé par la juge Sarah Coisne a prononcé une peine de 4 mois d’emprisonnement, assortie d’un sursis de trois ans, contre un agriculteur de 45 ans environ, originaire de la commune de Chiny mais habitant désormais de l’autre côté de la frontière, en France.

Pour être reconnu coupable de faits de harcèlement envers sa propre mère et de violation du domicile de celle-ci, le prévenu devra payer à la plaignante, au civil, une somme de 1000€ majorée des intérêts compensatoires ainsi que 715€ d’indemnité de procédure.

Au civil encore, l’agriculteur devra payer 100€, avec les intérêts, et une indemnité de procédure de 440€, à son neveu, pour des coups qu’il a portés à celui-ci.

«C’était mon bétail, mon matériel»

Comment le climat familial s’est-il dégradé à ce point dans ce milieu agricole?

Le prévenu prétend que les tensions ont monté d’un cran après la mort de son père. «J’habitais à une douzaine de km de la ferme de ma mère, mais où travaillait aussi mon frère. Comme nous étions en association, je continuais à aller tous les jours sur place car j’avais dans la ferme familiale mon matériel, des clefs et des documents à moi», raconte le prévenu.

En 2006 ou 2007, il était paru nécessaire de complètement remettre aux normes l’exploitation, mais le frère du prévenu s’y serait opposé. «J’ai décidé alors de tout rénover moi-même, j’ai investi dans la ferme familiale jusqu’en juin 2014», explique le prévenu. Il estime donc avoir une légitimité à pénétrer dans la ferme de sa mère.

Un premier incident survient avec sa maman lorsque le prévenu arrache à celle-ci les cartes «silhouettes» du bétail, afin qu’elle ne vende pas. « C’étaient mes bêtes et je ne voulais pas qu’elle les vende à mon insu».

Autre délit: la maman change la serrure et le barillet de la porte de la ferme, mais le prévenu réussit à pénétrer tout de même dans l’exploitation en s’introduisant par escalade (échelle) et par effraction (en forçant une plaque de bois qui obstruait l’entrée d’un grenier ). «Il fallait bien que je rentre dans la ferme pour travailler. C’et ma mère qui m’empêchait d’accéder à mon travail», commente le prévenu, très disert.

Un 3e incident met aux prises le prévenu avec l’un de ses neveux. Il frappe ce dernier qui conduisait un tracteur. «C’est moi qui payais les réparations et les assurances du tracteur», insiste le prévenu.

«On a tous peur de lui»

La maman, sur un ton indigné, s’en est prise à l’audience au prévenu: «On a tous peur de lui. J’ai un autre fils handicapé, Il a levé son poing sur lui. Il ne fait que dire des mensonges. Les cartes silhouettes étaient à mon seul nom, il a forcé la vitre de l’armoire avec un pied-de-biche pour emporter ces cartes.»

Me Denis Bosquet, du barreau de Bruxelles, conseil de la maman et des autres membres de la famille, dira du prévenu qu’il «se comporte comme un justicier pour une cause qui n’est pas juste».

«Les revendications du prévenu sont injustes et exagérées. La maman ne voulait qu’un partage équitable des biens entre tous ses enfants, dans un souci d’égalité», ajoute l’avocat des parties civiles.

Le tribunal, hier, a tenté de rétablir cette équité.