REGARDS SUR LA SEMAINE QUI PASSE

Filières techniques et professionnelles: revaloriser ou décourager?

Filières techniques et professionnelles: revaloriser ou décourager?

- Céline Demelenne

Voilà vraiment le genre de nouvelle qui fait douter que l’enseignement francophone parvienne un jour à remonter la pente. Pour revaloriser les filières techniques et professionnelles, nos pédagogues spécialistes en chambre ont décidé de diminuer le nombre d’heures de cours de pratique et d’augmenter le nombre d’heures de cours généraux (français, math, langues, etc.); autrement dit, les élèves de ces filières passeront plus de temps en classe et moins en atelier.

Si l’on comprend bien (et malheureusement il semble qu’il n’y ait guère de doute), des jeunes dont «le truc» n’est pas vraiment les études (mais qui ont une idée claire du métier manuel qui les attire) vont se retrouver à user leur pantalon sur des bancs et à regarder leur salopette prendre la poussière.

Sans être un spécialiste de la problématique, il nous semble que c’est tout l’inverse des discours diffusés depuis des années, à savoir faire un maximum pour les jeunes peu inspirés par l’enseignement général mais qui ont le profil (et la motivation) de répondre au défi de métiers en déficit de main-d’œuvre.

Vente de gré à gré ou de force?

Acte I: il était une fois une commune qui place le plus discrètement possible des avis relatifs à «la vente de gré à gré sur base d’appel d’offres d’une partie de la parcelle communale». L’intention est clairement affichée, au propre comme au figuré.

Acte II: les riverains ne s’y trompent pas. Ils se mobilisent en nombre pour signifier aux responsables de ladite commune que cet espace a toute son utilité comme lieu de rencontre et d’animations au village.

Acte III: l’échevin réputé compétent sort alors un discours alambiqué, évoquant «un cadre plus large», glissant du «planatologique» pour être sûr que personne ne comprendra rien.

Morale de l’histoire qui se déroule à Tournai mais est transposable en bien d’autres endroits: plus que jamais il appartient aux citoyens d’être attentifs et de se faire entendre car sans la mobilisation des habitants de Vaulx, je vous parie ma quinzaine que l’acte II aurait aussi été le dernier et se serait résumé par: une fois, deux fois, trois fois, adjugé, vendu!

The right man?

Cette semaine, le parlement bruxellois a mis en place une commission d’enquête chargée de se pencher sur la fameuse «affaire des tunnels» qui secoue tellement les esprits de la capitale. Admettons. Bien que l’on sait trop bien ce que «Commission d’enquête», «task force» ou autre «groupe de travail» recèle souvent chez nous en termes de tentative d’enfouissement…

Passons car il y a plus surprenant. À savoir que le président de la nouvelle commission sera Charles Picqué. Le même Charles Picqué qui fut ministre-président de la Région de Bruxelles-capitale de 1989 à 1999 puis de 2004 à 2013, soit au total pendant près de vingt ans.

Difficile de prétendre qu’avec une telle position dominante et un tel temps de règne, le ministre-président socialiste n’ait rien vu, lu ou entendu à propos des fameux tunnels.

Dans un autre contexte et toutes proportions gardées, c’est comme si les Carolos avaient désigné Jean-Claude Van Cauwenberghe pour présider la commission d’enquête sur les scandales qui ont ébranlé Charleroi à son époque…

Six mois pour neuf trous!

Alors que nos politiques ne cessent de nous seriner avec le renouveau de nos routes, il est bon de leur rappeler que les citoyens normalement constitués (c’est-à-dire non endoctrinés) ne sont pas (plus) prêts à tout avaler. Ils sont en tout cas capables de faire des constats en décalage (!) avec la bonne parole officielle.Ainsi, une portion de plusieurs kilomètres, d’une des autoroutes les plus fréquentées de Wallonie (Tournai-Mouscron-Courtrai), est réduite à une bande de circulation dans un sens durant six mois au moins, pour permettre de réparer… 9 trous! Pas un de plus, pas un de moins. Si c’est ça le renouveau…Et le comble, c’est qu’une fois ce chantier terminé, il sera temps de… recommencer car l’autre bande se dégrade à grande vitesse…

Un pays, deux mondes

Quoi qu’osent encore parfois prétendre nos ténors politiques francophones, Wallons et Flamands vivent peut-être encore dans le même pays, mais dans des contextes socio-économiques de moins en moins comparables. Un seul petit exemple tiré de l’actualité de cette semaine. En 2015, le Nord du pays a connu une progression de 10% du nombre de titres-services achetés, alors que la hausse n’est que de 4,2% en Wallonie. Pourtant, le prix facial de ces chèques est le même partout: 9 euros. Mais, suite à la réforme de l’État, les titres-services sont devenus une compétence régionale. Or, tandis que la Flandre a conservé un même taux de déductibilité fiscale (30%), la Wallonie l’a divisé par trois (10%); résultat, le coût net d’un même titre-service est désormais de 6,30 euros au Nord mais de 8,10 euros au Sud…On peut penser ce que l’on veut du principe même de ces titres-services, mais deux éléments sont irréfutables: – un, ils ont connu depuis leur création un succès fulgurant preuve qu’ils répondent à une attente; avec un renchérissement, une part de ces petits boulots a basculé (ou va basculer) dans le «black»; – deux, ils permettent de remettre dans le circuit un nombre considérable de personnes peu qualifiées; et dans quelle région du pays ce type de population est-il le plus présent? Encore un bel exemple d’une mesure qui va faire gagner 50 centimes d’un côté et perdre 1 euro d’un autre. Sans compter l’effet psychologique de voir, une fois de plus, le fossé s’agrandir avec la Flandre.