ESSAI AUTO

La Ford Focus RS en mode « drift »

Se lancer, pied au plancher, dans des drifts de «malade», dans les hurlements du train arrière, la fumée et les odeurs de gomme brûlée, est le genre de plaisir automobile qu’on préfère éviter si on n’a pas quelques milliers d’euros à claquer dans son budget pneus. Alors quand l’occasion vous est offerte, pour un essai de la nouvelle Focus RS, pourquoi ne pas laisser ses inhibitions au vestiaire?

Les deux responsables de Michelin, qui disposent d’un stock appréciable dans le bahut garé juste en bord de piste, n’ont pas l’air de la trouver mauvaise. À leur sourire, on dirait même plutôt que le jeu les amuse. Alors en piste pour quelques tours de manège. Le temps de vérifier qu’avec les conseils de l’instructeur de Ford assis à mes côtés et le mode «Drift» enclenché (c’est prévu pour ça), on trouve assez vite le «truc» pour garder le nez de l’auto pointé au centre, tandis que l’arrière trace des cercles noirs en narguant les cônes. On se régale, mieux qu’à visionner une vidéo de Ken Block.

Aux oubliettes, le sous-virage

De quoi confirmer, surtout, l’impression ressentie un peu auparavant en parcourant une dizaine de tours du technique circuit de Valence: cette Focus est une vraie machine à gommer le sous-virage. Et pas seulement parce que, contrairement à la précédente RS, elle dispose de la transmission intégrale. Sa devancière offrait déjà une tenue de route et une précision de cap bluffante. Ici, on pourrait parler de «diablerie» si on ne connaissait le secret mécanique: plutôt qu’un classique différentiel Haldex, Ford a opté pour une solution plus complexe de deux embrayages implantés de part et d’autre de l’essieu arrière. Ce qui permet, l’arbre de transmission restant en permanence en mouvement et chargeant le train «propulsion» avec une vitesse de rotation plus élevée, de reporter instantanément un maximum de couple sur la roue extérieure, et d’ainsi d’appuyer la trajectoire en virage. L’électronique gère tout, en fonction des paramètres de conduite.

La Ford Focus RS en mode « drift »
Un aileron proéminent, mais le choix d’une cinq portes. -
C’est si efficace que cette Focus RS aurait même tendance à exagérer l’entrée en courbe. Une légère correction est parfois nécessaire si on a visé son point de corde idéal. Par contre, il faudra s’être magistralement loupé pour aller se «vautrer» dans le bas-côté en sortie. Le mode «drift» n’est certes pas le plus efficace sur circuit, mais on s’y amuse comme avec une propulsion. Et malgré les 350 chevaux du moteur 2.3l (le 4 cylindres turbo de la Mustang, vitaminé), cette nouvelle RS se révèle très rapidement rassurante, bien aidée par la monte en Michelin Pilot SuperSport.

Infatigables, les freins

Plutôt qu’une boîte robotisée, a priori plus rapide, Ford a préféré le goût du client: une boîte six manuelle, mais judicieusement étagée en regard d’un couple moteur linéaire et hyper-disponible, que l’aiguille se trouve tout en bas du compte-tours ou quasi au rupteur. Choix de légèreté aussi, la Focus conservant un poids certain sur la balance. Les freins Brembo, allégés eux aussi mais surdimensionnés, peuvent malgré tout être sollicités 30 minutes sur circuit sans trahir un signe de fatigue.

Seul le mode «track» permet de durcir l’amortissement à son maximum, et de déconnecter totalement l’ESP. Le mode «sport» préserve, lui, une direction durcie, précise, ainsi que les «pops», les «burbles» et les «bangs» qu’éructe l’échappement au lever de pied, pour amuser la galerie. La sonorité a fait l’objet d’un soin tout particulier.

La Ford Focus RS en mode « drift »
Habitacle de la Focus mais, du volant au sièges baquets, en plus sportif. -
Reste le mode «confort» qui rend ce bolide plus utilisable au quotidien. Et il l’est d’autant plus que Ford a, cette fois, opté pour la carrosserie 5 portes. Sans, non plus, négliger nes fessiers, avec des baquets efficaces et qui, quoiqu’un peu hauts, restent appréciés sur longue distance. La ligne de la Focus RS n’a pas perdu en agressivité, sans «en faire trop», sauf à choisir ce bleu «nitrous» qui plairait sûrement à Marie-Lou. Et puis 39 300€, c’est un tarif sans concurrence au regard des performances offertes, qui sont littéralement hors du commun.