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Un 65e carnaval de Tilff… sans Porais

Un 65e  carnaval de Tilff… sans Porais

Les Porais, ADN du carnaval de Tilff, ne seront pas là cette année. Le torchon brûle entre le groupe folklorique et l’ASBL organisatrice. ÉdA – 21447425275

Le torchon brûle entre les Porais Tilffois et l’ASBL Folklore Tilffois qui organise et finance la saison carnavalesque. Mardi soir, le couperet est tombé: le 65e carnaval, ce 6 mars, se fera sans les Porais.

«Nous avons pris la décision en conseil d’administration extraordinaire, explique la porte-parole. On n’a pas eu d’autres choix car les Porais nous ont imposé leurs conditions et nous ne pouvions les accepter. On se passera donc d’eux, même si c’est regrettable car beaucoup de gens associent le carnaval de Tilff à ses Porais.» Depuis plusieurs années, les relations ne sont plus au beau fixe entre les deux groupements. Et là, suite à un différend financier, le divorce est consommé. «À l’occasion du 65e carnaval, les exigences financières du groupe des Porais sont devenues démesurées (soit une somme qui atteint presque le double du montant qu’ils ont perçu l’an passé) sans aucun rapport avec la dotation annuelle qui a toujours été versée à chaque groupe officiel du carnaval de Tilff», explique l’ASBL dans un communiqué. Une demande qui serait par ailleurs parvenue bien trop tard, alors que les budgets avaient déjà été bouclés par l’assemblée générale.

L’ASBL Folklore Tilffois insiste: elle ne veut pas favoriser un groupe plutôt qu’un autre. «On a toujours œuvré pour préserver l’ensemble du folklore local, qui ne peut se résumer à un seul groupe, quelle que soit sa notoriété. Si chaque groupe officiel du carnaval augmentait ses exigences dans la même mesure que les Porais Tilffois, l’ASBL serait dans l’incapacité financière de poursuivre l’organisation du carnaval.» Plusieurs autres groupes sont en effet inclus dans l’organisation comme Les Vieux Revenants, les deux écoles, les Sorcières Tilffoises.... «On ne veut pas faire deux poids, deux mesures. Ce ne serait pas équitable pour les autres groupes…» L’ASBL déplore cette situation et se sent «prise en otage».

Du côté des Porais, la version n’est pas la même… « Depuis 2004, la relation est difficile. Et ça s'est clairement déterioré ces dernières années. Ici, nous avons en effet fait une proposition de convention pour notre participation au carnaval de Tilff car nous refusons de continuer à nous soumettre aux conditions de participations imposées par les organisateurs actuels, sans aucune assurance, et qui n’étaient plus équitables», explique la secrétaire Michèle Maassen qui réfute l’aspect vénal de la nouvelle convention. «Loin de nous l’idée de se “ sucrer ”. Nous n’avons jamais gagné d’argent sur le carnaval de Tilff, au contraire, notre but étant toujours de donner le maximum pour les festivités. Les organisateurs ont décidé de se passer des Porais pour cette édition 2016, c’est triste…» On retrouvera toutefois les Porais le 25 septembre à Tilff, lors du 12e rassemblement de géants organisée par les Porais.

Reste à voir si pour les éditions suivantes, un accord pourra être trouvé. Car, sans les Porais, le carnaval perdrait son ADN. Et son public? «La balle est dans leur camp», indiquent les Porais.

La famille fondatrice des Porais : "On se sent dépossédés"

La famille Sluse est à l'origine du carnaval et des Porais, en 1954. Et elle est toujours à la tête du groupe folklorique. Pour eux, c'est la tristesse qui prime car cela fait... 62 ans qu'ils animaient le carnaval. "Là, on se sent dépossédés, indique un membre de la famille. Nous avons reçu de notre père, le fondateur, un héritage folklorique qui aujourd'hui est bafoué. Nous regrettons que les organisateurs veuillent tout - trop - gérer. Notre nouvelle convention était légitime et soutenue par la Commune. Nous avons 5 chars, une fanfare et plus de 100 participants dans le cortège et réclamons simplement des moyens proportionnels. On regrette aussi de voir que le carnaval a perdu de son âme et soit devenu une sorte de festival, de city-parade où beuverie et musique électro ont parfois pris le pas. C'est de moins en moins familial..."