CULTURE

Intelligent et engagé, le message du dessinateur Riad Sattouf sur Facebook

Intelligent et engagé, le message du dessinateur Riad Sattouf sur Facebook

Riad Sattouf Reporters / Bpresse

C’est le propre des auteurs «habités». Ils ont le sens des mots, des images et s’inspirent du réel. Parfois ils mettent ces qualités au service de la fiction, parfois cette capacité de synthèse très personnelle renforce le débat public via une prise de positions éclairée. Riad Sattouf vient, intelligemment, de contribuer à cette deuxième démarche.

Rias Sattouf est une référence dans le monde de la BD. Depuis 16 ans, il livre des albums où malice et verve se disputent la vedette. Il a aussi réalisé plusieurs films. dont les «Beaux Gosses» qui lui vaudra le César du meilleur premier film en 2010. Pour l’anecdote on le retrouve en tant qu’acteur dans «Gainsbourg, vie héroïque», le film de Joann Sfar, autre auteur qui flirte avec le 9ème et le 7ème art. Il y jouait le rôle d’un gigolo.

Intelligent et engagé, le message du dessinateur Riad Sattouf sur Facebook
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En 2014, il a publié l’album qui l’a définitivement consacré comme auteur incontournable: L’Arabe du futur. Cette BD autobiographique le met en scène, enfant, en Syrie et en Libye.

«L’Arabe du futur» a été primé «meilleur album» à Angoulême en 2015. Cette année, toujours dans la capitale e la BD, il figurait dans la liste des auteurs éligibles pour le Grand Prix. Mais il avait refusé cet honneur. Ce qui le turlupinait? L’absence de femmes dans les nominés.

Bref, lorsqu’on a appris que Riad Sattouf recevait la médaille de chevalier des arts et des lettres, une question se posait. Allait-il aussi bouder cette récompense? Visiblement pressé de répondre à cette interrogation. Riad Sattouf s’est fendu d’un commentaire sur Facebook où il saisit la balle au bond pour faire passer plusieurs messages de façon claire et engagée. On vous le livre ici dans son intégralité.

Bonjour!

J’ai appris récemment que je m’étais vu décerner la médaille de chevalier des arts et des lettres.

On me presse de toute part pour savoir si je vais «accepter» ou «refuser» cette distinction.

Je l’accepte avec plaisir.

D’origine franco-syrienne, et venant d’un milieu modeste, j’ai grandi en étant aidé par l’État républicain: je lui dois plusieurs décennies d’allocations familiales, sans lesquelles je n’aurais pas mangé, plusieurs décennies d’aides au logement, sans lesquelles je n’aurai pas eu de toit, et plusieurs décennies de bourses scolaires diverses et variées, sans lesquelles je n’aurais pas fait d’études.

Grâce à ce soutien, aujourd’hui je fais ce que je souhaite: écrire et dessiner des bandes dessinées, et payer des impôts pour que d’autres puissent également continuer de bénéficier de ce fragile soutien.

En cette période où l’État républicain est attaqué et fragilisé de toutes parts, moi, j’ai plutôt envie de lui dire merci: j’ai mon sens de la reconnaissance.

Je profiterai donc de cette occasion, aussi, pour pouvoir parler directement à la ministre actuelle, de la réforme du RAAP et de l’appauvrissement des auteurs, et exiger des réponses claires de sa part.

Voilà, un message qui sur Facebook donne lieu a énormément de partages et de likes, signe de pertinence et d’à-propos dans les débats actuels qui secouent notre société (immigration, solidarité sociale...)