SANTÉ

Virus Zika : un spécialiste fait le point

Virus Zika : un spécialiste fait le point

Les cas enregistrés de microcéphalie des nouveau-nés au Brésil ont grimpé de 147 cas en 2014 à 4 180 depuis le 22 octobre 2015. Reporters/Photoshot

Jour après jour, de nouvelles informations tombent sur le virus Zika. Philippe Geeraerts, responsable de la Travel Clinic, à la clinique d’Ottignies: «S’il y a transmission interhumaine par voie sexuelle, ça change la donne», dit-il

Docteur Geeraerts, les informations tombent les unes après les autres sur le virus Zika. En fait, il ne menace pas que les femmes enceintes…

Le risque d’infection existe évidemment pour tout le monde: on parle d’un million de personnes infectées au Brésil. Mais jusque ici, c’était considéré comme une maladie assez banale et pas très fréquente. Aujourd’hui, non seulement elle s’étend, mais on constate un lien avec une malformation possible du fœtus… donc c’est pour ça que le cas des femmes enceintes est particulièrement souligné

Chez les adultes et les enfants, on parle aussi du risque de développer un syndrome de Guillain-Barré…

Généralement, c’est une maladie banale, mais chez certaines personnes, la maladie passe inaperçue et d’autres, il y a des symptômes plus ou moins sérieux… et certains auront parfois des complications. Beaucoup de maladies graves peuvent donner un syndrome de Guillain-Barré… Mais je n’ai pas encore lu de littérature scientifique à ce propos.

Ce qui est plus alarmant, c’est qu’on sait que ça cause une malformation du fœtus dans certains cas, surtout quand l’acquisition de la maladie se fait dans le premier trimestre de la grossesse. Et ce sont des malformations importantes: on parle de microcéphalie, donc d’enfants qui ont un retard important du développement psychomoteur.

Ce que je viens d’apprendre par la presse, mais sur laquelle je n’ai encore lu aucun article scientifique à ce sujet-là, c’est qu’il serait possible que le virus se transmette par voie sexuelle. Et là, ça devient inquiétant, bien sûr.

Qu’est-ce que ça change, que Zika soit transmissible par voie sexuelle?

Si c’est transmis par les moustiques, il n ‘y a qu’un seul vecteur: le moustique. Et on peut faire de la lutte anti-vectorielle. Mais ça se transmet par voie sexuelle, on peut imaginer une propagation vers même les zones qui ne sont pas infestées de ces moustiques. Mais ce mode de transmission reste encore à prouver.

Même si la maladie devait s’avérer exclusivement transmise par les moustiques, certains spécialistes annoncent qu’elle pourrait arriver cet été dans le sud de l’Europe.

Ça, ce sont des prévisions… Les moustiques de type aedes, qui piquent le jour, sont ceux qui transmettent cette maladie. Ce sont les mêmes qui transmettent la fièvre dengue, le chikungunya, la fièvre jaune…

Ce sont des maladies pour lesquelles ont n’a pas de vaccin. Et les moustiques sont des vecteurs que l’on trouve un peu partout. Déjà la propagation de la dengue et du chikungunya ces dernières années a été fulgurante, maintenant, il y a le virus Zika en plus, transmis par le même moustique… Ce n’est pas impossible qu’un moustique transmette plusieurs virus en une fois. Ça reste des suppositions, mais il y a eu quelques cas de transmission de la dengue autochtone dans le sud de l’Europe et le sud des États-Unis parce que le virus est présent. Il y a des millions de voyages. Il n’est pas impossible qu’une personne résistant dans le sud de l’Europe revienne avec la maladie, puis qu’elle se fasse piquer par un moustique et qu’il y ait ensuite une transmission autochtone dans le sud de l’Europe.

 

Le virus sévit en Amérique du Sud: actuellement, 25 pays sont touchés par Zika

 

Est-ce que la lutte antivectorielle marche aussi bien partout? En Amérique du Sud et en Afrique, par exemple?

On en fait partout dans le monde, mais c’est inégal d’un pays à l’autre. Ça dépend des infrastructures: déjà dans un pays en guerre, il ne faut pas s’attendre à des miracles de ce côté-là. Et puis, ce n’est pas sans conséquence écologique: on utilise des insecticides assez puissants, contre lesquels les insectes commencent à développer des résistances, d’ailleurs. Ce n’est pas si simple.

Mais la lutte antivectorielle ne consiste pas seulement à utiliser des insecticides. Il faut aussi éliminer les gîtes larvaires, empêcher que les moustiques de pondre dans les eaux stagnantes. Mais c’est compliqué aussi, parce que l’aedes est un moustique hyper résistant: il peut par exemple pondre ses œufs dans une boîte de conserve… L’eau s’évapore, mais s’il y a une pluie ses semaines ou mêmes des mois après, les œufs sont toujours viables.

La firme Sanofi Paster a annoncé cette semaine qu’elle se lançait dans la recherche d’un vaccin contre le virus Zika… Ça peut prendre combien de temps?

Les études ne vont faire que commencer, donc ça peut durer longtemps. Car même si les premières études semblent efficaces, il faut vérifier par des études sur des larges populations pour vérifier l’efficacité et l’innocuité, l’absence d’effets secondaires. On mène les recherches sur des animaux puis des humains, donc ça prend généralement plusieurs années. On ne sait jamais prévoir, parce qu’on trouve parfois des écueils. Un bon exemple, c’est celui de la fièvre dengue: on avait un vaccin prometteur, puis finalement, comme il n’était pas efficace contre toutes les sources de fièvres dengue, on a dû arrêter, parce qu’à la limite, c’était plus dangereux de vacciner.

Quand on voit le cas d’Ebola, ça a été très très vite au niveau de la recherche. Mais c’est parce que la maladie était tellement grave, avec un taux de mortalité tellement élevé que l’OMS était d’accord d’utiliser des vaccins et des médicaments expérimentaux avant d’être passé par toutes les phases prévues dans le développement d’un vaccin. Ce n’est pas du tout le même cas de figure ici. C’est en général une maladie qui n’est pas du tout mortelle.

Il était une fois Zica

Arnaud Fontanet, chercheur à l'institut Pasteur, a retracé pour le journal "Le Monde" les grandes dates du virus Zika

1947: il a été isolé pour la première fois en Ouganda chez un singe

2007: première épidémie en Micronésie, sur une petite île du Pacifique. Il n'y a alors qu'une centaine de cas, tous bénins: des gens qui ont un peu de fièvre, une éruption cutanée, des douleurs articulaires, de la conjonctivite… Tout rentrait dans l'ordre au bout de 2 à 3 jours.

2013-2014: en Polynésie française, le virus a infecté plus de 10 000 à Thaïti et sur les îles avoisinnantes. La plupart des cas était asymptomatiques, mais un type de complication s'est manifesté: des syndrome de Guillain-Barré (paralysie des membres avec atteinte respiratoire). 42 patients ont dû être hospitalisés, dont 16 en réanimation.