TOURNAI

L’oaristys des Olympiades d’orthographe

La 21e édition du concours a rassemblé 350 participants de tous les âges. Ceux que ni le lexique, ni la syntaxe, ni la grammaire n’effraient.

La salle est comble. Alignés, silencieux et immobiles comme les soldats de Quin, les «Bernard Pivot» en herbe attendent leur dictée, bras croisés et coudes sur la table.

Les premiers mots brisent le silence et la concentration chasse l’appréhension. «J’avais un petit peu peur au début parce qu’il y a de beaux cadeaux pour le gagnant», confesse Matéo.

Ce jeune élève de 5e primaire de l’école de la Justice ne semble pourtant pas s’être laissé dépasser par «l’enjeu»: « Je pense avoir fait 5 fautes mais je ne suis pas sûr» avance-t-il prudemment. « J’ai hésité sur le mot “ dinombrable ” que je ne reconnaissais pas et puis j’ai compris qu’il avait un “ d ” apostrophe». C’est qu’une dictée réussie commence par une bonne compréhension du texte.

Et à ce petit jeu-là, enfants et adultes sont logés à la même enseigne à en croire le «à Miami» aperçu sur une copie du concours senior, au lieu de «ami-ami ». Le rire a donc bien sa place dans le petit monde de l’orthographe.

Les mots qui rendent bleu

Et ce rire est parfois jaune, comme celui des challengers seniors, après la lecture du titre de leur texte.

Le mot «oaristys » a du mal à passer à en croire les quelques râles s’échappant de la foule. «C’est un synonyme d’idylle », lâche comme indice l’espiègle Jean-Claude Bossut, ancien champion de Belgique d’orthographe et Maître Capello local. Celui qui a choisi le texte du concours se défend pourtant de tout «sadisme»: « C’est un problème de diversité du panel des concurrents. La dictée est ouverte tant aux amateurs qu’aux professionnels. Ma hantise est que les dix meilleurs finissent à zéro faute. Il est donc nécessaire de durcir le texte pour départager les meilleurs». Et pour ce faire, Jean-Claude Bossut ne manque pas d’imagination. Sa phrase destinée à arbitrer les ex aequo, ode aux belgicismes, est un véritable bourbier lexical. «Zythum », «zwanzeur », « cacochyme» et autre «apophtegme» permettront au moins aux candidats de faire un massacre à leur prochain scrabble.

L’on comprend dès lors mieux la couleur écarlate des joues de Christian à sa sortie du concours: « Ma tête a bien chauffé mais il ne faut pas s’arrêter à la difficulté du titre. Au final, je trouve que le corps du texte était plus simple que l’année passée», tempère ce vieux briscard des olympiades.

Un succès de foule

Philippe Robert s’est réjoui de l’affluence de cette 21e olympiade: «142 primaires, 79 ados et 129 seniors, c’est un record depuis de nombreuses années. Nous avons même failli devoir refuser du monde».

Reste que même Monsieur l’échevin de l’Enseignement hésite quant à la place du «y» dans ce désormais fameux «oaristys»: «Je n’ai jamais participé au concours. Je ne suis pas très bon en orthographe».

Saluons l’honnêteté de l’édile et reconnaissons que notre rédaction utilise un correcteur orthographique informatisé.