Ses photos d’oiseaux sont comme des tableaux

Une photo tableau d’un oiseau pourtant commun: une simple pie bavarde dans un paysage d’automne. Michel d’Oultremont

Quand Michel d’Oultremont attend immobile l’instant où il poussera sur le déclencheur, il s’imagine parfois être le tronc d’un arbre. Comme lui, il attend ce qui va advenir. «Car dans la nature, quelque chose ne manque jamais d’arriver.» Il se demande seulement quand cela va se produire. Il guette, jusqu’à ce que se présente l’événement espéré. Ce photographe (un peu poète et un brin philosophe) passe son temps à attendre d’avoir fini d’attendre. « Mon métier, c’est traquer ce qui peut naître et non constater ce qui n’est déjà plus.»

Dans le milieu animalier on le surnomme «Le p’tit Michel.» C’est vrai qu’il n’est pas bien grand. Mais quel talent.

Ses photos d’oiseaux sont comme des tableaux
Michel d’Oultremont, jeune photographe brabançon épris de nature sauvage. -
Michel d’Oultremont, 23 ans à peine, accumule les prix internationaux. Il est à ce jour le seul à avoir cumulé le Rising Star Award et le Fritz Polking Award Jr, deux distinctions prestigieuses dans le milieu de la photographie nature, la même année, en 2014. C’est dire la marge de progression de ce jeune photographe du Bravant wallon.

Reconnu comme un des meilleurs de sa génération, Michel d’Oultremont a réalisé sa première photo d’oiseau en 2007, à Genappe. C’était une mésange huppée qui s’était posée dans le sapin de son jardin. Ce fut un vrai déclic. Depuis lors, il vadrouille, en Belgique ou dans des contrées bien plus lointaines.

«Au début, je partais avec un ami à vélo avec mon sac à dos. Je n’allais donc pas bien loin… Je me souviens avoir construit avec lui une cabane dans les arbres rien que pour pouvoir observer des lapins…»

À Genappe, il a été un des premiers à avoir pu observer et photographié un butor étoilé (un échassier). Il devait avoir 14-15 ans… «Je travaille encore beaucoup en Belgique. Dans le Brabant wallon, c’est plus monotone. C’est un peu toujours les mêmes espèces. Par contre, dans les Ardennes, on peut avoir de bonnes surprises.»

Bavard et buvard

Après des études en photographie à l’Inraci (Bruxelles), Michel d’Oultremont décide de faire de sa passion son métier.

Comme il est un bavard, il sollicite alors un tas de photographes, ornithologues, spécialistes des animaux. Il participe activement à des conférences, des forums, des festivals. Et comme Michel est aussi un buvard, il intègre ces données techniques et pratiques dans son travail sur le terrain. Tout doucement, très naturellement, il arrive à traduire en photo ses émotions. Plus il avance, plus il se rend compte aussi qu’il est davantage artiste que photographe, poète plutôt que reporter.

«Je ne cherche pas la rareté. J’ai vécu des moments géniaux avec de simples mésanges. À force de les côtoyer, j’étais devenu leur perchoir. Je n’étais plus un danger.»

Son objectif n’est pas de photographier coûte que coûte mais de partager des moments avec les animaux.

«Je peux m’amuser à photographier le même rouge-gorge pendant deux ou trois mois.»

Ses photos d’oiseaux sont comme des tableaux
Michel d’Oultremont a déjà publié un premier ouvrage, «À l’affût», dont sont tirées ces quelques photos. Paul Hermant, poète jardinier connu pour ses chroniques radiophoniques sur La Première, signe les textes.Un livre rare, simple et puissant tant par la qualité de ses mots que celle de ses photos.144 pages, 29€www.micheldoultremont.com © Michel Doultremont
À l’inverse des «cocheurs», ces photographes qui cherchent à photographier toutes les espèces (certaines personnes arrivent à 5 000 oiseaux par an), Michel d’Oultremont vise la qualité de sa relation avec l’animal.

«Certains de mes collègues ne restent devant un oiseau que 20 secondes. Puis passent au suivant de leur liste. Pour moi, l’animal est secondaire. L’important, c’est le moment. Ce que j’aime, c’est surprendre un morceau de vie de l’animal puis repartir sans être vu.»

L’adrénaline, Michel d’Oultremont va la trouver dans les conditions de prise de vie. «Plus c’est pénible, plus j’aime. Je suis souvent frappé par la sérénité de l’animal dans la tempête, dans les grands froids. Il n’a aucune protection et a une résistance incroyable. On se sent vraiment tout petit avec notre bonnet, nos gants et nos écharpes.»

Photographe animalier professionnel, Michel d’Oultremont vit aujourd’hui de son art. Et peut se permettre d’élargir son champ d’action. En Roumanie pour traquer le loup. En Norvège, pour jouer à cache-cache avec les rennes. Des photos qui font le bonheur des galeries ou des magazines spécialisés. Mais ce sont surtout les particuliers qui lui achètent ses photos. Un peu comme on achète un tableau.

Plus d’infos et de photos sur www.micheldoultremont.com

Jumelles et briquet

Michel D’Oultremont utilise exclusivement de grandes focales. Un boîtier (Canon EOS 5D Mark III) et deux ou trois objectifs (Canon 400 mm F2.8). «Cela me permet de rester loin des oiseaux et des mammifères que je photographie. Cela diminue aussi le dérangement que je peux occasionner sur le terrain.»

Il ne sort jamais sans ses jumelles, tout aussi indispensables que son appareil photo. «Elles permettent d’observer de loin, sans déranger. J’ai commencé avec une longue-vue et un compact. Puis des jumelles bon marché de chez Décathlon. Mais à l’usage, mieux vaut investir dans du matériel solide et 100% fiable. Les Swarovski Optik, c’est la Rolls des jumelles. Il en existe 22 modèles! C’est un peu cher (entre 700 et 2 700 €…), mais elles peuvent absorber des chocs, tomber dans l’eau ou être utilisées dans des conditions extrêmes.»

Dans son sac, du camouflage (filet, cagoule, gants… ) pour se fondre dans le paysage. «J’ai toujours aussi un sécateur avec moi pour fabriquer rapidement un affût avec des branchages morts.»

Dernier outil très utile, «un briquet, pour voir d’où vient le vent».