A mi-mandat, le changement est déjà visible à Charleroi

A mi-mandat, le changement est déjà visible à Charleroi

Le campus de l’UT pour accueillir la Cité des Métiers et un pôle universitaire, c’est le grand projet des prochaines années. EdA

La première moitié de cette mandature s’impose comme celle de la mueà Charleroi, sous l’égide de l’exécutif PS-MR-cdH.

Une mue sur tous les plans. Politique avec la mise en place de la collégialité. Urbaine avec les multiples chantiers de rénovation en cours ou à venir, trop concentrés sur l’intra-ring au goût de l’opposition. Opérationnelle avec des moyens d’action (marché stock, délégation de maîtrise d’ouvrage, projets en «in house») et une administration plus efficaces, selon Magnette.

À mi-mandat, en tout cas, le changement est déjà visible: Charleroi réinvestit dans ses fondamentaux. Voiries, écoles, équipements collectifs, il faut remonter loin dans l’histoire politique pour trouver de tels budgets et un taux d’exécution si élevé. «En pratique, ces investissements ont induit des projets privés comme Rive Gauche ou River tower (NDLR: des tours de logements près de l’Helios) », note Magnette. Trop présents dans l’intra-ring et pas assez dans les autres quartiers? Le bourgmestre ne partage pas l’analyse de Luc Parmentier (Écolo): la conception mayorale du développement urbain s’articule sur un découpage du territoire en cinq districts de 40 à 45000 habitants, au centre et aux quatre points cardinaux. «À terme, chacune de ces zones doit disposer de toutes les fonctions urbaines: une maison communale, un commissariat de police, un CPAS, des infrastructures sportives, des écoles, etc. Nous y travaillons.»

Reconstruire l’immatériel

Mais au-delà des briques, il y a tout un travail de reconstruction sur l’humain et l’immatériel. «Nous l’avons amorcé en travaillant dans les champs de la culture et des événements festifs.» Le résultat est tangible, avec un impact positif sur l’image de la ville même s’il reste beaucoup de pain sur la planche. «Charleroi attire à nouveau l’attention des investisseurs et des entrepreneurs. Les regards évoluent.»

Force est de constater qu’en trois ans, plus de choses ont bougé et changé qu’au cours des trois mandatures précédentes. Et ce n’est pas fini: le programme Charleroi DC va transfigurer la ville-haute, et y renforcer l’offre de formation et d’enseignement qui n’étaient pas à la mesure des besoins. C’est ce que Paul Magnette considère comme le pan le plus important de l’action de son collège: une cité des métiers, un campus technologique, des universités sur un futur campus des arts, des sciences et des métiers.

Les projets seront dévoilés dans les semaines à venir. Vous avez dit bling-bling? C’est l’avis de l’opposition PTB-Écolo qui condamne certains choix. Celui de financer la création d’un port de plaisance devant la gare par exemple: n’y avait-il pas mieux à faire avec l’argent de la collectivité?

Régler les contentieux

Les contentieux minent la gestion publique. Pour la première ville de Wallonie, le poids à supporter était tout sauf négligeable. L’une des premières décisions du collège avait donc été de sortir de cette spirale: les procédures judiciaires à rallonge sont coûteuses et contre-productives. Elles paralysent les dossiers. Et leur issue est toujours incertaine. «Nous nous sommes donc attelés à régler les principaux litiges toujours pendants», note Paul Magnette: Sporting de Charleroi (tant au niveau du club que des riverains), Marcinelle-en-Montagne, piscine Helios et place de la Digue avec l’entrepreneur, chantiers Phenix, projet Rive Gauche empêtré dans les problèmes juridiques. «Nous en avons fait une priorité d’action. Tous ces dossiers sont finalisés ou en bonne voie. Nous les avons sortis de l’ornière.», conclut le bourgmestre.

Les mentalités ont changé

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La tripartite du collège communal travaille en parfaite entente, en créant même des synergies entre les échevins. C’est l’une des vraies réussites de ces trois premières années de mandature. EdA
Ce que Paul Magnette a parfaitement réussi, c’est à changer les mentalités et les modes de fonctionnement des membres de son collège. Longtemps, les échevins ont fonctionné de manière autonome, porté seuls leurs projets pour en retirer leurs propres dividendes électoraux.

Ils travaillent désormais en équipe, recherchent la transversalité. «Des synergies se mettent en place, et ça marche», selon Magnette qui cite en exemple le binôme Julie Patte/Philippe Van Cau. «D’autres collaborations mettent plus de temps à se concrétiser: Éric Massin/Serge Beghin notamment, ou Éric Goffart/Serdar Kilic, mais ça vient.»

Depuis le début de la mandature, le collège communal a connu un remaniement, avec le départ à la Région wallonne de deux des échevins installés à la suite du scrutin d’octobre 2012: au PS, Anthony Dufrane a été remplacé par Julie Patte, le meilleur espoir féminin de l’exécutif communal. Au cdH, Véronique Salvi a laissé la place à Mohamed Fekrioui.

Pour Luc Parmentier, «la plus value est moins visible». S’il admet que la cohésion politique s’est renforcée sous cette mandature, le chef de file Écolo ajoute: «C’est autant le fruit d’un nouveau style de gouvernance que de l’hyper-domination d’un bourgmestre empêché dont le rôle se limite à présider le conseil communal et les séances protocolaires. Tout en dirigeant la ville par téléphone depuis l’Élysette à Namur.»

Pour lui, l’administration reste encore trop largement inefficace, avec des sous-effectifs ici et des équipes en surnombre là-bas. Sans parler de ses directeurs généraux qui ne sont pas nommés, et ne disposent donc pas de l’indépendance requise pour assumer leur fonction.

Opposition: bilan en demi-teinte

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Selon les partis d’opposition, la Ville prend trop de retard dans ses chantiers d’écoles, comme ici à Lodelinsart-Ouest. EdA
Chef du groupe Écolo de l’opposition, Luc Parmentier se montre très critique vis-à-vis du bilan de la majorité: les projets réalisés comme la tour de police, les Écuries de Charleroi-Danses ou le CHU Marie Curie, pour ne citer que ceux-là? «L’équipe de Paul Magnette récolte les fruits du travail des prédécesseurs, qui ont initié ces dossiers!»

La cité des métiers, le BPS 22 ou l’université ouverte? «La Ville n’intervient qu’à la marge dans leurs financements, son rôle est celui d’un ensemblier et d’un facilitateur. Pour ce qui est de sa compétence comme l’entretien et la rénovation des routes, la priorité va à l’intra-ring urbain. En périphérie, on ne répond qu’aux urgences».

Plusieurs échecs épinglés

Et sur les bâtiments: «C’est loin d’être le nirvana quand on voit l’état de ce patrimoine, qui tombe littéralement en ruines comme d’anciennes maisons communales annexes à Jumet ou Marchienne».

Enfin, il y a les écoles, qui provoquent également l’ire du conseiller vert: «C’est en retard que Charleroi met en œuvre ces projets. Elle peut dire merci à Jean-Marc Nollet qui en a validé la subsidiation dans le précédent gouvernement.»

Sofie Merckx (PTB) estime, de son côté, que la politique du logement est en échec: à La Sambrienne, le nombre d’inoccupés a doublé en deux ans. Et de nombreux logements construits par la Ville restent désespérément vides.

Quant au service au citoyen, il est en recul alors que les tarifs augmentent (garderies scolaires, piscines, etc.). Logique quand on sait que deux départs d’agents sur trois ne sont pas remplacés. « La sécurité et la propreté ne s’améliorent pas, selon Parmentier. Jamais la police n’a compté aussi peu d’agents».

Le top et le flop, selon Paul Magnette

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Pour Magnette, il reste beaucoup d’efforts à fournir pour lutter contre l’incivisme au quotidien. EdA
Le top de Paul Magnette, c’est le renforcement de l’offre de formation et d’enseignement pour les jeunes. «Avec les outils qui se mettent en place à Charleroi, les études supérieures vont devenir beaucoup plus accessibles, et la ville devrait combler son retard en la matière. Voici quelques années, un jeune carolo sur deux n’entreprenait pas d’études supérieures à Charleroi. Ce chiffre s’est déjà réduit à un sur trois, preuve d’une amélioration. Mais il y a encore une belle marge à gagner si l’on regarde les statistiques dans le Brabant wallon ou à Namur. La formation, c’est la clé de l’emploi: elle offre le choix de son métier et de son destin. Charleroi veut en rehausser le niveau.»

Son flop, c’est la lutte contre l’incivisme. «Le Carolo n’est pas bien éduqué. Stationnement, propreté, urbanisme, logement: les domaines sont nombreux où il ne respecte pas les règles, néglige l’environnement et la qualité de vie sans se soucier des autres». Pour Magnette, c’est le défi le plus difficile et le plus long à relever. «Pour y apporter ma pierre, je me rends moi-même à la demande dans des écoles secondaires pour y sensibiliser les jeunes. Sans doute faut-il également renforcer les moyens de répression. Nous y réfléchissons là où cela est possible…».

Le top et le flop, les avis de l’opposition

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Pour Luc Parmentier (Écolo), la mise en place des conseils de participation est bien trop lente. TTLAgency
Pour la conseillère PTB, «Le top, c’est la retransmission intégrale des débats du conseil communal». Sofie Merckx se félicite: «C’est notre parti qui a initié cette démarche. Depuis un an, les débats sont filmés et mis en ligne sur le site internet de la Ville. Le citoyen peut les suivre en différé dans son fauteuil.» Écolo estime que cette transparence cache beaucoup d’opacité: en 2016, l’accès aux données et aux informations politiquement sensibles comme des rapports ou études en interne reste compliqué pour les conseillers communaux de l’opposition. Or, ces documents leur sont indispensables pour assurer leur mission de contrôle. «Il faut absolument améliorer cela.»

Côté flop, le PTB épingle «la suppression des repas chauds et des transports gratuits vers les plaines de jeux communales. Mais aussi la hausse des coûts des garderies scolaires, et la gestion antisociale du contentieux: on envoie les huissiers aux parents qui n’ont pas pu payer. En ce faisant, la ville s’attaque aux citoyens les plus fragiles, les enfants des familles précaires!». Pour Luc Parmentier, le rythme de mise en place des conseils de participation prête à sourire: on en est au troisième en trois ans. «À ce train-là, il faudra encore 52 ans pour les installer tous.», conclut le conseiller Écolo, réputé pour ses traits d’esprit.


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